Samedi 25 avril 2026, entre la place de Trocadéro et l’ambassade de Mauritanie à Paris, se mettait en marche le noyau dur du refus de l’oubli. Une poignée d’une centaine d’hommes et de femmes qui se sont souvenu des 120 000 noir.e.s déporté.e.s en avril 1989 au Sénégal et au Mali.
Ils s’appellent Thierno Tandia, Mariame Kane, Babayel, Hammadi Soh, Abou Fall, Ibrahima Dia…ils battent le pavé sans discontinuer depuis que le Colonel Taya a endeuillé la Mauritanie.
Ciré Ba, malgré une santé fragile, était là, sa présence remplissait l’espace laissé vide par les nombreux absents.
Pourquoi ont-ils été chassés de leur pays il y a 37 ans ? Parce qu’ils étaient noirs et non arabes, la plupart était des fulɓe (peuls). À l’époque la Mauritanie comptait à peine 2 millions d’habitants. Aujourd’hui, la population a plus que doublé, les déportés aussi. Beaucoup sont nés au Sénégal ou au Mali, d’autres ont émigré, mais tous ont la Mauritanie des jours de paix dans leur cœur.
En 2009, le rapatriement volontaire sous l’égide du HCR des mauritaniens déportés au Sénégal fut la reconnaissance officielle aux yeux de la communauté internationale de ce crime d’État. Vu les mauvaises conditions d’accueil des réfugiés, seuls 24 000 seront candidats au retour. C’est environ 10% de nos compatriotes exilés de force au Sénégal.
Le crime d’État de déportation est le début du génocide contre les fulɓe de Mauritanie, principale ethnie visée par l’élite militaro-civile des maures blancs, un acte prémédité de longue date par les suprémacistes arabes nourris à la sève du panarabisme et obsédés par le changement de la donne démographique en Mauritanie. Il avaient apporté une réponse hitlérienne à la question « comment dénégrifier cette terre des blancs( trab el beïdhan)? ». La déportation des noirs vers l’Afrique noire.
Après le faux conflit sénégalo-mauritanien, qui servit de top aux massacres, tout fut mis en œuvre pour broyer du noir. Il ne manquait que les étoiles jaunes pour marquer les fulɓe, les trains pour les acheminer vers les camps de gazage. Ce plan d’extermination a été stoppé net par la défaite au Koweit de Saddam Hussein, principal soutien de la suprématie arabe en treillis à Nouakchott. C’est cette junte mauritanienne raciste, en place depuis 1978, qui a empêché nos manifestants pacifiques à Paris d’approcher son ambassade. Pourtant, ils n’étaient porteurs d’aucune violence, ils voulaient symboliquement glisser dans la boîte aux lettres du 5 rue Montévidéo la sempiternelle demande pour un retour digne et organisé des désormais près de 300 000 déportés mauritaniens au Sénégal et au Mali, qui se sont réfugiés jusque en Europe et Amérique.
Cette marche est en souvenir de leur longue errance sur des terres qui leur sont étrangères, en quête sans fin du chemin du retour au bercail. Plusieurs déportés sont morts dans leur exil, sans qu’il y ait eu réparation des préjudices subis, ils n’ont pas retrouvé leurs villages, ni leurs biens. À ceux et celles qui vivent encore, et à leurs descendance, cette marche était pour leur réaffirmer que nous continuons de cheminer avec eux/elles. Ce dossier ne sera épuisé que le jour où le dernier déporté sera revenu sur la terre de ses ancêtres, complétement rétabli dans ses droits et en sécurité.
L’ambassade a fait le nécessaire pour que le noyau dur de la contestation venue à cette manifestation soit accueillie comme des « casseurs » par plusieurs fourgons de la police française. Le vrai fauteur de troubles c’est l’État mauritanien, auteur d’un génocide et qui continue sa tentative vaine de blanchiment de sa population.
26 avril 2026
Siree KAN (Sammba NDEET)
(Reçu à Kassataya.com le 26 avril 2026)
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