Mauritanie – Dialogue : Le pas en avant de la majorité

Le Calame Depuis quelques semaines, les pôles de l’opposition participant aux préliminaires du   dialogue en gestation étaient suspendus à la réponse des partis de la majorité présidentielle. Celle-là est tombée, mercredi dernier, à travers un courrier adressé au coordinateur national du dialogue, Moussa Fall. Cette missive remise par les partis de la majorité présidentielle constitue une réponse à la dernière tentative de sortie de crise du processus de dialogue, en préparation depuis plus d’une année.

Celui-ci achoppait jusqu’ici sur la question des mandats présidentiels introduite dans la feuille de route initiale, ce qui avait entraîné le blocage du processus, l’opposition faisant des réformes constitutionnelles une ligne rouge. Ne s’avouant pas vaincu, Moussa Fall a concocté une nouvelle proposition à travers un « Référentiel de cadrage » qui contourne habilement la question des mandats pour se concentrer sur les urgences structurelles.

Ce texte ne se contente pas de lister les thématiques : il énonce de manière rigoureuse les modalités d’organisation, les mécanismes d’arbitrage et le format de gestion de l’évènement. Il prévoit notamment la fondation de commissions thématiques paritaires, un secrétariat technique indépendant et, surtout, un calendrier d’exécution strict, séquencé par étapes (jalons de mise en œuvre), ainsi que la mise en place d’un Comité de suivi et de garantie post-dialogue. Si l’opposition a rapidement approuvé ce document méthodologique, la majorité avait émis des réserves, révélant des divergences en son sein. Après deux réunions intenses, les partis de la majorité ont fini par s’accorder sur une position commune qu’ils ont remise au coordinateur.

Dans son courrier, celle-là ne remet pas en cause le processus engagé. Elle réaffirme, au contraire, son soutien clair à sa continuation, tout en formulant une série d’observations sur le cadre méthodologique proposé par le coordinateur. En se calquant sur l’architecture des commissions voulue par Moussa Fall, les principaux axes qui se dégagent des propositions de la majorité sont les suivants.

Le soutien au dialogue national comme cadre unique : engagement de la majorité à faire du dialogue le cadre privilégié de règlement des grandes questions politiques et institutionnelles, conformément au mécanisme de prise de décision par consensus préconisé par le référentiel ; le renforcement de l’unité nationale et de la cohésion sociale : présenté comme une priorité absolue, ce volet s’inscrira dans la première commission thématique du dialogue ; l’amélioration du système électoral : refonte technique visant à consolider la transparence, la révision des fichiers et la confiance dans les processus démocratiques à venir. Le renforcement de la gouvernance institutionnelle et de l’État de Droit : modernisation de la justice et consolidation des contre-pouvoirs ; le traitement du passif humanitaire et des séquelles de l’esclavage : poursuite des politiques d’inclusion et d’apaisement mémorielles ; l’accent sur l’éducation et les vulnérabilités : une attention particulière accordée aux groupes vulnérables, ainsi qu’au développement de l’école républicaine.

Rapprocher les propositions

Il s’agit, comme on le note, de l’essentiel des questions traitées dans la feuille de route des acteurs politiques. Ce contenu est sensiblement conforme à la dernière mouture du coordinateur qui insiste sur une approche par étapes et un calendrier précis des livrables pour éviter l’enlisement des débats. Il apparaît ainsi que la majorité présidentielle adopte une position favorable, mais pose ses conditions : le dialogue doit se poursuivre dans un climat de responsabilité. Pour la majorité, le rôle de Moussa Fall sera de rapprocher les propositions, afin d’aboutir à un document consensuel unique. Surtout, la majorité rejoint ici une demande maintes fois réitérée par l’opposition : les travaux doivent déboucher sur des réformes concrètes, juridiquement applicables, dont l’exécution sera placée sous la surveillance rigoureuse du Comité de suivi, et de garanties pour s’assurer du respect des engagements pris. Elle présente ainsi la réussite de ce cadre comme un facteur-clé de stabilité politique et de consolidation des institutions.

Reste à savoir si ces observations de la majorité seront acceptées par le coordinateur et les deux autres pôles de l’opposition dont copie de la réponse a été remise au coordinateur, suivie, le lendemain, par celle de la majorité. L’opposition avait exprimé sa position, favorable, elle – remarquons-le au passage –, au contenu du référentiel. C’est dire que les longues nuits de Moussa Fall ne sont pas prêtes de s’achever. Il devra poursuivre ses efforts pour harmoniser les positions en vue d’entamer la dernière phase du processus. Le bout du tunnel reste encore loin pour cet homme considéré comme patient, fin connaisseur des rouages politiques et qui porte aujourd’hui la redoutable tâche de faire converger ces contre-propositions vers le modèle de gouvernance et le rétro-planning du référentiel.

À en croire certaines confidences, la réponse de la majorité pourrait toutefois débloquer la situation. Elle offre une base de discussion concrète qui respecte l’esprit du document du coordinateur. Les réunions préliminaires devraient s’intensifier très prochainement en vue de valider le format définitif du référentiel, ouvrant ainsi la voie au démarrage effectif et tant attendu du dialogue national.

 

Dalay Lam

 

 

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Quitter la version mobile