Agence Ecofin – Le pays cherche à tirer parti du potentiel de croissance du commerce électronique en Afrique. Selon TechCabal Insights, la taille du marché continental devrait passer de 55 milliards de dollars en 2024 à 112,73 milliards de dollars en 2029.
La Mauritanie prépare la mise en place d’un système national d’adressage numérique alors que le pays s’apprête à adopter sa Stratégie nationale du commerce électronique. Le dispositif doit principalement faciliter la localisation des destinataires et la livraison des colis, deux éléments nécessaires au développement du commerce en ligne. Une première version pilote est attendue d’ici fin 2026.
Le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’administration a présenté le projet, le mardi 30 septembre à Nouakchott. Il est financé par la Banque mondiale dans le cadre du Projet régional d’intégration numérique en Afrique de l’Ouest (WARDIP).
Selon le communiqué du ministère, le futur système doit permettre de localiser avec précision chaque parcelle, chaque bâtiment, chaque équipement et chaque porte sur l’ensemble du territoire. Il reposera sur un découpage du pays en zones de codes postaux et sur une méthode d’adressage adaptée aux espaces urbains comme aux zones rurales. Les autorités prévoient également une grille de référence commune, ainsi qu’un portail cartographique, un portail de gestion des adresses et des applications mobiles pour gérer et exploiter ces données.
Le défi du dernier kilomètre
Le projet du système national d’adressage numérique intervient alors que, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la qualité des services logistiques et de la livraison du dernier kilomètre constitue une réelle entrave au développement du commerce électronique en Mauritanie.
Dans son évaluation de l’état de préparation au commerce électronique du pays, publiée en mars 2024, l’organisation explique que cette situation est aggravée par l’absence d’un système d’adressage physique fiable et d’une infrastructure postale solide et digitalisée. Cette situation complique l’acheminement des colis jusqu’au domicile des destinataires, qui sont souvent livrés dans les bureaux de poste.
« Au moment de la passation de la commande, les clients indiquent généralement le nom du quartier. À la livraison, nous demandons aux clients de partager avec nos livreurs leurs localisations géographiques via les réseaux sociaux. Cependant, pour que l’opération de livraison réussisse, le client doit rester, tout au long du processus, connecté à Internet et joignable par téléphone, ce qui n’est pas souvent possible », a déclaré Koné Desry, PDG de la start-up de livraison à domicile Addnam, dans un entretien accordé à la CNUCED dans le cadre de cette évaluation.
L’adressage ne suffira pas à lui seul
Il convient toutefois de rappeler que plusieurs incertitudes persistent concernant la mise en œuvre effective du projet. Si la phase pilote est attendue d’ici fin 2026, son calendrier précis n’est pas encore connu. Les autorités doivent encore finaliser le zonage des codes postaux, la méthode d’adressage et les modalités de partage des données entre les différentes institutions concernées.
Par ailleurs, le déploiement de ce système ne suffira pas, à lui seul, à lever les contraintes qui pèsent sur le développement du commerce électronique en Mauritanie. La CNUCED en identifie plusieurs autres. L’un d’eux concerne l’accès à des services télécoms et Internet de qualité. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), les réseaux 3G et 4G couvraient respectivement 85 % et 80 % de la population mauritanienne en 2025. En 2024, le taux de pénétration d’Internet était de 45,8 %, d’après la même source. Les opérateurs télécoms sont d’ailleurs régulièrement interpellés sur la qualité des services fournis aux citoyens, jugée insuffisante.
La CNUCED relève également une utilisation encore limitée des services de paiement numérique, qui peut compliquer les transactions en ligne. Elle souligne la faible appropriation des outils numériques par les petites et moyennes entreprises et le besoin de renforcer les compétences dans des domaines comme le marketing numérique, la gestion de la chaîne logistique, la logistique électronique et la cybersécurité.
L’organisation pointe enfin des besoins en matière de financement, de cadre réglementaire et de protection des consommateurs. Elle recommande surtout de renforcer le cadre applicable aux transactions électroniques et de mettre en place une protection spécifique des consommateurs en ligne, ce qui peut renforcer la confiance dans les services. La dématérialisation des procédures du commerce extérieur est présentée comme un moyen de faciliter les transactions transfrontalières.
Isaac K. Kassouwi
Source : Agence Ecofin
