Initiatives News – Chaque année, les chiffres du baccalauréat sont attendus avec impatience. Ils alimentent les conversations, suscitent les commentaires, puis disparaissent rapidement de l’actualité. Pourtant, derrière ces statistiques se cachent des milliers d’histoires personnelles, des familles qui placent leurs espoirs dans l’école et un pays qui prépare, sans toujours en avoir conscience, les femmes et les hommes qui façonneront son avenir.
Cette année, 64 532 candidats se présenteront aux épreuves du baccalauréat dans 195 centres répartis sur l’ensemble du territoire. À première vue, il ne s’agit que d’un bilan chiffré. En réalité, ces données racontent beaucoup plus : elles révèlent les aspirations de la jeunesse mauritanienne, les choix des familles et les priorités, parfois implicites, de notre système éducatif.
Un premier constat s’impose : la série des sciences naturelles demeure, de très loin, la plus prisée. Avec plus de 37 000 candidats, elle rassemble près de six élèves sur dix. Ce choix est compréhensible. Dans l’imaginaire collectif, devenir médecin, pharmacien ou ingénieur reste l’une des voies les plus sûres vers la réussite sociale et la stabilité professionnelle. Beaucoup de parents encouragent ainsi leurs enfants à emprunter cette voie, parfois davantage par souci de leur assurer un avenir que par réelle prise en compte de leurs talents ou de leurs aspirations.
À l’autre extrémité, les filières mathématiques et techniques continuent d’attirer un nombre très limité de candidats.
Or c’est précisément dans ces domaines que se dessinent les métiers de demain. La révolution numérique, l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables ou encore l’industrialisation exigent des compétences scientifiques et techniques que la Mauritanie devra développer si elle veut accompagner les grandes transformations économiques en cours.
Pour autant, il serait réducteur d’opposer les filières scientifiques aux disciplines littéraires. Une nation ne se construit pas uniquement avec des ingénieurs et des médecins. Elle a tout autant besoin de magistrats, d’enseignants, d’économistes, de journalistes, de diplomates, de chercheurs et de spécialistes des sciences humaines. Le développement est une œuvre collective qui exige la complémentarité des savoirs bien plus que leur mise en concurrence.
C’est sans doute là que réside le véritable enjeu : retrouver un équilibre.
L’objectif ne devrait pas être de pousser tous les élèves vers les mêmes filières, mais de permettre à chacun d’exprimer pleinement son potentiel tout en répondant aux besoins du pays. Une politique d’orientation efficace est celle qui parvient à concilier les aptitudes des élèves, leurs ambitions personnelles et les exigences du développement national. Car un déséquilibre durable entre les différentes filières finit toujours par produire des pénuries de compétences dans certains secteurs et des difficultés d’insertion dans d’autres.
Le défi dépasse d’ailleurs largement l’organisation des examens. Il commencera véritablement lorsque ces milliers de nouveaux bacheliers chercheront une place à l’université, puis un emploi. C’est à ce moment-là que se mesurera la capacité du système éducatif à transformer les diplômes en compétences utiles, et les compétences en moteur de développement.
Au fond, les statistiques du baccalauréat ne sont pas de simples données administratives. Elles nous parlent de la société que nous sommes et, surtout, de celle que nous voulons devenir.
Derrière chaque chiffre, il y a un visage. Derrière chaque candidat, il y a une famille qui espère. Derrière chaque orientation, il y a un choix qui pèsera, demain, sur l’avenir du pays.
Lire ces chiffres avec attention, c’est donc regarder bien au-delà d’un examen. C’est s’interroger sur la Mauritanie que nous préparons aujourd’hui pour les générations de demain.
Ahmed Mohamed Hamada/Écrivain et analyste politique
Source : Initiatives News (Mauritanie)
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