Mauritanie – Après le dernier round du mercredi : Un dialogue mort-né ?

Le Calame – Le dialogue national mauritanien est-il en état de mort clinique ?  La réunion restreinte du 3 Juin 2026 entre le coordinateur national, Moussa Fall, et les chefs de file des différents pôles politiques s’est soldée par un échec prévisible. Aucun compromis, aucune avancée. Chaque camp se mure dans ses certitudes. Jusqu’ici, les efforts du facilitateur se brisent sur le mur des égoïsmes partisans. Face à ce surplace chronique, une question taraude les observateurs avertis : Mohamed ould Ghazouani veut-il réellement ce dialogue ? Initiateur du processus et chef d’une majorité hégémonique, le président de la République avait pourtant affiché de grandes ambitions en remettant sa lettre de mission à Moussa Fall, ainsi que s’en félicitait celui-ci lors de sa première conférence de presse en Avril 2025. Quatorze mois plus tard, la mayonnaise n’a jamais pris. Les discussions préliminaires sur la feuille de route s’enlisent. À ce stade, ce n’est plus de la lenteur, c’est une fin de partie qui ne dit pas son nom.

Le contraste est saisissant avec l’euphorie des débuts. À l’origine, la classe politique avait unanimement salué l’initiative présidentielle et la méthode Fall. Reçus en audience au palais de la République, les chefs de parti en étaient sortis rassurés par les promesses du « Raïs », qui s’engageait alors à appliquer scrupuleusement les résolutions consensuelles qui naîtraient des prochaines discussions. L’alignement apparent des agendas et l’urgence des réformes laissaient présager un dénouement historique. Moussa Fall lui-même théorisait cette rupture avec les grandes messes du passé : « Contrairement aux dialogues précédents, le Président n’a pas voulu imposer une structure rigide. Il a défini des objectifs, laissant aux acteurs politiques et civils la co-responsabilité du contenu ». Porté par un optimisme volontariste, il affirmait alors que l’état d’esprit des Mauritaniens avait changé, exigeant une concertation sincère et féconde.

Aujourd’hui, le réveil est brutal. Le capital confiance est dilapidé. Si le coordinateur promet une ultime réunion de la dernière chance, le scepticisme est général. L’histoire bégaye : chacun garde en mémoire le fiasco de 2023, où le dialogue avait capoté à la veille de son lancement, face au boycott intransigeant de poids lourds de l’opposition comme Messaoud Ould Boulkheïr et Biram Dah Abeïd. Mais, cette fois, le blocage n’est pas venu de l’opposition : il est imputé au camp présidentiel.

Si ce nouveau processus s’effondre, la responsabilité des élites politiques sera immense. À commencer par celle du chef de l’État. Rien n’obligeait le président Ghazouani à ouvrir ce chantier, si ce n’est la poursuite de sa stratégie de décrispation entamée dès son élection en Juin 2019. Ses partisans aiment à le rappeler : le pays ne traverse aucune crise institutionnelle majeure et le pouvoir s’appuie sur une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Dès lors, un second échec consécutif sonnerait comme un aveu de faiblesse politique. L’opinion publique y verrait le signe inquiétant d’un président qui ne contrôle plus ses propres troupes. Quant à l’opposition, elle s’apprête à rater le coche. Incapable d’imposer un rapport de force favorable par les urnes ou dans la rue, elle rate une occasion en or de graver ses priorités dans un agenda consensuel. En restant inflexible, ne se prive-t-elle pas du seul levier qui lui aurait permis d’aborder les prochaines échéances électorales avec un minimum de sérénité ?

 

 

Dalay Lam

 

 

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

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