Mauritanie : à Dar Naim, une salinisation des terres destructrice pour l’habitat [3/3]

En Mauritanie, un fléau silencieux gagne du terrain et détruit un peu plus chaque jour : salinisation des terres. Dans certains quartiers périphériques de Nouakchott, comme à Dar Naim par exemple, des maisons se désagrègent, le sel qui remonte du sol ronge les murs et fait tomber les briques une à une, jusqu’à rendre les habitations inhabitables. Dans ce quartier, des rues entières se vident car de nombreuses familles ont fui.

 

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Des centaines de maisons alignées à Dar Naim, mais la plupart abandonnées. À l’intérieur, des familles vivent encore dans la détresse. Le sel gagne du terrain et ronge les maisons, tout le monde en parle. Mais personne n’a de solution. Une situation qui se dégrade de jour en jour, comme nous l’explique Amadou Samba Ba, habitant du quartier : « Cela s’aggrave de jour en jour. Nous habitons sous des toits et le sel ronge les maisons sans que l’on s’en rende compte. Tout Dar Naim est attaqué par ce fléau ».

Adama Ndiaye a presque 60 ans. Assise devant sa maison, le visage marqué par l’inquiétude. Faute d’argent, elle ne peut pas partir. Elle est condamnée à rester avec le sel qui monte : « Nous vivons une situation difficile, mais nous sommes obligés de faire avec. Parce que nous ne pouvons pas mettre toute notre famille à la rue. Et comme nous n’avons pas les moyens de partir, nous sommes obligés de rester. Nous sommes vraiment inquiets. »

Ceux qui avaient les moyens de partir, sont partis. Hadja Tounkara, habitante de Dar Naim témoigne : « Toutes les maisons d’en face sont vides. Les habitants les ont quittées à cause du sel. Parfois, les maisons s’écroulent sur les gens et certaines personnes y perdent même la vie. Des murs se sont écroulés sur plusieurs jeunes ici, et certains ont fini par perdre la vie. Nous n’avons aucune solution pour faire face à cette situation. »

Nous nous sommes rendus dans la maison de Fatimetou Mint Cheikh, cicatrice à la main, elle affirme avoir vécu un douloureux souvenir : « Notre maison s’est écroulée. Une partie du mur m’est tombée sur l’épaule et j’ai été aussi blessé à la main. Tout le quartier est témoin de la situation que nous avons vécue. Jusqu’à présent le sel ronge les murs, comme vous pouvez le constater. »

Les causes de la détérioration de l’eau salée relèvent de plusieurs facteurs. La principale est la remontée capillaire de la nappe phréatique peu profonde, surtout dans les zones littorales à faible pente comme Nouakchott, selon l’architecte Ahmed Mohamed Sidi. Il propose cependant des solutions pour faire face à ce fléau : « Cela suppose d’adapter les systèmes de drainage aux réalités des aménagements urbains et agricoles, de privilégier des matériaux de construction résistants à la salinité dans les zones touchées. Face à l’intensification des contraintes climatiques, l’architecture et la construction ne peuvent plus se contenter de réagir, elles doivent désormais anticiper les risques et les intégrer pleinement dès la phase de conception. »

En attendant des solutions, à Dar Naim, le sel continue de remonter. D’autres quartiers périphériques de la capitale, sont également touchés par cette salinisation destructrice.

De notre correspondant à Nouakchott

 

Source : RFI

 

 

 

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