Maroc : de la « meilleure CAN de l’histoire » au fiasco de la finale

Louée pour la qualité de son organisation, la compétition jouée au Maroc a été ternie par des accusations répétées de manipulations du corps arbitral. La Fédération royale marocaine de football a annoncé, lundi 19 janvier, qu’elle portera plainte auprès de la Fédération internationale de football.

Le Monde   – Patrice Motsepe, le président de la Confédération africaine de football (CAF), a eu beau tendre la coupe à Moulay Rachid, ce dernier a refusé de s’en saisir. A peine le prince et frère du roi Mohammed VI l’a-t-il effleurée du doigt, traits sombres et regard fuyant, qu’elle était remise au capitaine des Lions de la Teranga. Vainqueur de la sélection marocaine (1-0) à l’issue d’une finale à rebondissements, dimanche 18 janvier, le Sénégal vient de briser le rêve du Maroc de décrocher une seconde étoile, cinquante ans après sa victoire contre la Guinée, en 1976.

Retransmise dans le monde entier, l’image a clos la 35e Coupe d’Afrique des nations (CAN) de la pire des manières pour le pays hôte de la compétition. Elle dit tout de l’état d’esprit, mélange de déception et de colère froide, qui a gagné ses supporteurs, soumis à un yoyo émotionnel avec le penalty raté de Brahim Diaz, à la 96e minute du match. Comme eux, le prince Rachid, en tribune officielle, se tenait prêt à bondir de joie, persuadé que l’ailier marocain de 26 ans tenait entre ses pieds la balle du match. Il a fini par se rasseoir, dépité, les mains sur le visage.

Avant même le coup de sifflet final, les récriminations des supporteurs marocains ont fusé, traduisant leur rancœur à l’encontre d’une équipe sénégalaise accusée d’avoir saboté la rencontre – les Lions de la Teranga ont quitté le terrain pendant quatorze longues minutes, en signe de protestation contre la décision arbitrale, avant de se raviser et de marquer le but de la victoire au cours des prolongations.

La violence de nombreux supporteurs sénégalais, certains ayant tenté de pénétrer sur la pelouse, jusqu’à affronter, à coups de projectiles, les stadiers et la police, n’a fait qu’ajouter de l’huile sur un feu déjà brûlant.

« C’était malsain »

Jouée au Maroc, cette CAN était pourtant présentée comme « la meilleure de l’histoire », aux dires de Patrice Motsepe. Pas une journée sans que ne soient loués les stades refaits à neuf, le TGV, les aéroports, les hôtels cinq étoiles et les terrains d’entraînement mis à la disposition des équipes participantes. La compétition était même qualifiée par la CAF, dès vendredi, de « plus grand succès commercial de l’histoire du football africain », ses revenus ayant crû de 90 % par rapport à la précédente édition, avec un total d’environ 200 millions de dollars (170 millions d’euros). De quoi asseoir la position du Maroc, dépeint en « locomotive » du ballon rond sur le continent.

Comment le tournoi, dans ces conditions, a-t-il pu dérailler à ce point ? La question n’en finit pas d’agiter les commentateurs marocains, beaucoup interprétant le spectacle chaotique de dimanche soir comme le résultat des soupçons qui pesaient sur le Maroc, suspecté, tout au long de la CAN, de bénéficier des faveurs du corps arbitral. « C’était malsain », a regretté l’entraîneur des Lions de l’Atlas, Walid Regragui, après la finale.

En reprochant aux arbitres leur partialité, l’Egypte, quatrième de la compétition, et l’Algérie, éliminée en quarts de finale, ont largement nourri la thèse d’une manipulation, alors que six fédérations ont porté plainte contre la commission d’arbitrage de la CAF, selon des journaux marocains.

Les suspicions ont été attisées, l’avant-veille de la finale, lorsque la Fédération sénégalaise de football a exprimé ses « vives inquiétudes », déplorant la qualité de son hôtel – un autre lui a finalement été attribué – ainsi que « l’absence de dispositif de sécurité adéquat » à l’arrivée de ses joueurs à la gare de Rabat. Ce à quoi la CAF a répondu le lendemain, en assurant que « toutes les équipes bénéficient des mêmes conditions ». Des protestations que de nombreux observateurs marocains ont considérées comme une tentative de déstabilisation des Lions de l’Atlas.

Poursuites judiciaires

Le ressentiment est à présent tel que la logorrhée haineuse, habituellement cantonnée aux comptes anonymes sur les réseaux sociaux, a gagné des journalistes, des fonctionnaires, d’anciens diplomates et même des responsables sportifs marocains qui appellent désormais, implicitement, à réévaluer les rapports entre le Maroc et le Sénégal, pourtant qualifié de « pays frère » par Mohammed VI. « [Le Sénégal] vient de perdre la fraternité et le soutien de tout un peuple », écrivait sur X, dimanche soir, Aziz Daouda, un directeur marocain de la Confédération africaine d’athlétisme.

Par ricochet, la défaite des Lions de l’Atlas pourrait entraver l’avenir de la politique sportive marocaine vis-à-vis de l’Afrique. C’est en tout cas ce que réclame une partie de la presse du royaume, alors que circulait la rumeur d’une possible candidature de Rabat à l’organisation de la CAN 2028 – l’édition 2027 se tiendra au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. « Le Maroc doit-il encore se sacrifier pour le football africain ? », s’interrogeait, lundi, le journal en ligne Le Desk, dénonçant au passage « l’ingratitude » dont serait victime le pays de la part de ses voisins africains.

La Fédération royale marocaine de football n’a pas tardé à réagir. Au lendemain de la finale, celle-ci a déclaré qu’elle engagera des poursuites judiciaires auprès de la CAF et de la Fédération internationale de football (FIFA), arguant que l’attitude de l’équipe sénégalaise « a fortement perturbé le déroulement du match et affecté la performance des joueurs marocains ».

Les instances dirigeantes du football, en Afrique et dans le monde, ont d’ores et déjà fait savoir qu’elles partageaient cet avis. Lundi, la CAF assurait qu’elle « soumettra l’affaire aux instances compétentes », tandis que le président de la FIFA, Gianni Infantino, qui assistait à la finale aux côtés du prince Rachid, fustigeait « des scènes inacceptables ».

 

 

 

 

Source : Le Monde  

 

 

 

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