Mali-Mauritanie : Nouakchott reste ferme mais privilégie l’apaisement

RFI  – Le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, a reçu lundi 16 mars dans la soirée l’ambassadeur du Mali à Nouakchott. Mardi, c’est le chef de la diplomatie malienne, Abdoulaye Diop, qui a reçu le chargé d’affaires mauritanien à Bamako. Les communiqués officiels mauritanien et malien soulignent tous deux la volonté des deux pays de « renforcer » leur « coopération bilatérale ». Des termes induisant apparemment une volonté réciproque de désamorcer la crise, après que le Mali a affirmé, dimanche, que deux militaires maliens retenus en otages par un groupe terroriste avaient réussi à s’échapper d’un camp de réfugiés en Mauritanie. Des allégations démenties avec force par Nouakchott, qui entend rester ferme mais privilégie l’apaisement. Des propositions ont été faites au Mali en ce sens.

« On se tient prêt à tout, assure une source diplomatique mauritanienne, mais on est dans une logique d’apaisement. » Nouakchott a ainsi proposé d’accueillir une commission d’enquête malienne ou même de l’Alliance des États du Sahel (AES), « pour qu’ils voient par eux-mêmes ».

Forêt, opération, rançon

Bamako affirme que deux militaires maliens retenus en otage « par des groupes armés terroristes ont réussi à s’exfiltrer d’un camp de réfugiés en Mauritanie avant de regagner le territoire national ». Une évasion « rendue possible », selon l’étrange formule de l’État-major du Mali, « grâce aux opérations menées par l’armée malienne le long de la ligne frontalière Mali-Mauritanie et dans la forêt du Wagadou ».

Selon plusieurs sources sécuritaires mauritaniennes et maliennes, les deux soldats maliens auraient été détenus par les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) sur le territoire malien, dans cette même forêt du Wagadou, à une trentaine de kilomètres de la frontière. Et c’est en échange d’une rançon qu’ils auraient été libérés, puis récupérés par l’armée malienne.

Ce sont les familles des militaires retenus en otage qui ont payé la rançon, dont le montant varie selon les sources.

« Rien n’indique que l’incident se soit produit à M’Bera »

Une version que les autorités mauritaniennes n’ont pas confirmée. Nouakchott qualifie en tous cas officiellement les accusations de Bamako, « émises sans la moindre preuve », d’« ​​​​​​​infondées » et « offensantes ».

Le seul camp de réfugiés de Mauritanie est celui de M’Bera, près de la frontière malienne. Il est géré par le HCR Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui assure de son côté que « rien n’indique que l’incident se soit produit dans le camp de réfugiés de M’Bera ».

Sollicités par RFI, ni l’armée malienne ni le ministère malien des Affaires étrangères n’ont donné suite.

Mobiliser l’opinion et faire oublier les échecs

En tout état de cause, les accusations maliennes ont été portées publiquement sans aucune consultation préalable par les canaux diplomatiques, en dehors des usages protocolaires habituels, ce qui a suscité l’incompréhension et la colère de la Mauritanie.

Selon plusieurs observateurs, Bamako pourrait ainsi tenter de justifier par avance de futures opérations le long de la frontière, voire de nouvelles incursions sur le sol mauritanien. « ​​​​​​​La junte malienne cherche un conflit ouvert pour mobiliser l’opinion et faire oublier ses échecs face aux groupes armés », estime encore la même source diplomatique mauritanienne, décrivant une stratégie maintes fois mise en œuvre déjà par les autorités maliennes de transition dans le passé, avec la France ou l’Algérie notamment.

« ​​​​​​​Bon voisinage »

Depuis début février, les opérations de l’armée malienne se sont multipliées le long de la frontière. Au cours de certaines d’entre elles, des exécutions de civils – maliens et mauritaniens – ont été rapportées. Une incursion des militaires maliens sur le territoire mauritanien a également été confirmée.

Mais comme en 2022, lorsque des Mauritaniens avaient été exécutés au Mali, déjà, par l’armée malienne et ses supplétifs de Wagner, Nouakchott préfère jouer la carte du « ​​​​​​​bon voisinage », en défendant ses intérêts de manière ferme mais discrète, par les canaux officiels et, autant que possible, sans publicité. Reste à voir la stratégie que Bamako mettra désormais en œuvre vis-à-vis de son voisin mauritanien.

 

 

David Baché

 

 

Source : RFI 

 

 

 

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