Mali : les rebelles touareg et les groupes djihadistes prennent le contrôle de Kidal

La chute de Kidal marque un tournant dans la crise malienne, bouleversant l’équilibre des forces et laissant la population face à de nouvelles incertitudes.

AFP – La ville-clé de Kidal, dans le nord du Mali, est désormais sous le contrôle du Front de libération de l’Azawad (FLA) et des groupes djihadistes, après leur série d’attaques coordonnées menées contre des positions stratégiques de la junte, ont confirmé à l’Agence France-Presse (AFP) un proche du gouverneur de la ville et des sources locales.

Des habitants ont également confirmé à l’AFP avoir vu l’armée malienne et les mercenaires russes quitter la ville. Ces déclarations surviennent après la revendication du contrôle « total » de la ville par les rebelles du FLA.

Sur des images authentifiées par l’AFP, on peut voir dimanche un groupe de rebelles appartenant au FLA, en turbans et armés, regroupés et paradant autour d’un rond-point dans la ville de Kidal. D’autres photos montrent des membres du groupe séparatiste en train de monter dans des pick-up équipés de mitrailleuses.

Accord pour le retrait des mercenaires russes

Le FLA a annoncé être parvenu à un « accord » permettant aux mercenaires russes de l’Africa Corps de se retirer de Kidal. Dimanche, le chef d’état-major de l’armée avait, pour sa part, annoncé une « réadaptation » et un « repositionnement » du dispositif militaire dans la localité d’Anéfis, située à 100 kilomètres de la ville de Kidal, lors d’une déclaration sur la chaîne publique ORTM.

La ville de Kidal a été sous le contrôle de groupes rebelles pendant plusieurs décennies avant de revenir dans le giron de l’Etat, en novembre 2023, à la faveur d’une offensive de l’armée malienne appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner, devenu Africa Corps depuis.

Après deux jours de combats intenses entre l’armée malienne et les groupes armés, le calme est revenu lundi à Kati, ville-garnison située à une quinzaine de kilomètres de Bamako, la capitale, ont constaté des journalistes de l’AFP. Un calme précaire règne aussi à Bamako. Les marchés, les écoles et les bureaux sont ouverts, et la population semble vaquer à ses occupations.

Les barrages qui avaient été érigés par l’armée sur les principales voies d’accès aux camps militaires de Bamako et Kati, mais aussi sur celles menant à l’aéroport, ont été levés, a constaté l’AFP. Mais des militaires en tenue de combat et lourdement armés sont encore visibles dans la capitale. Aucun tir n’a été entendu lundi à Kati, où les affrontements faisaient encore rage la veille. Des débris de voitures calcinées et des impacts de balles y sont toutefois visibles, témoignant de la violence des combats, a constaté l’AFP. Le calme règne également dans la zone aéroportuaire, dans le quartier périphérique de Sénou. Seuls quelques avions militaires effectuent des rotations à intervalles réguliers.

Deuil national

« Nous avons procédé à des ratissages toute la nuit, qui nous ont permis d’alléger les checkpoints. Maintenant nous comptons sur les populations pour nous signaler des personnes suspectes dans les quartiers », a déclaré à l’AFP un officier à Sénou. C’est dans ce quartier que le ministre de la défense, Sadio Camara, 47 ans, un des principaux responsables de la junte, a été tué samedi lors des attaques « terroristes » par « un véhicule piégé conduit par un kamikaze » ayant ciblé sa résidence de Kati, a annoncé le gouvernement dans un communiqué dimanche soir. Les autorités militaires ont décrété deux jours de deuil national en hommage à M. Camara.

Dans un communiqué, la Coalition des forces pour la République (CFR), mouvement auquel appartient l’influent imam malien en exil Mahmoud Dicko, a réclamé la « démission de la junte » et l’ouverture d’une « transition civile, républicaine et inclusive », exhortant à « empêcher l’effondrement du pays ».

La situation au Mali depuis samedi est sans précédent depuis près de quinze ans et les événements de mars 2012. A l’époque, des rebelles indépendantistes touareg, vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaida au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle des villes de Kidal, Gao, puis Tombouctou, dans le Nord.

Le seul bilan annoncé par le gouvernement date de samedi soir, lorsque les autorités avaient évoqué 16 blessés civils et militaires et des « dégâts matériels limités ». Au vu de la violence des combats, le bilan réel pourrait être nettement plus lourd, notamment parmi les civils. Les autorités ont affirmé avoir tué plus de « 200 terroristes sur l’ensemble des zones attaquées ». Un bilan qui n’a pas été confirmé par le JNIM ni le FLA, et qu’il n’a pas été possible de confirmer de source indépendante.

Source :  Le Monde avec AFP

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