Lettre aux tartuffes critiques littéraires européo-centristes

EXCLUSIF SENEPLUS - Thélyson Orélien est la cible parfaite. Les victimes sont toujours les mêmes, ceux qui viennent d’ailleurs et qui ne correspondent pas à la famille endogamique, tribale, communautariste du récit occidental, celui de la pensée unique

Seneplus  – En France, depuis le 21 septembre 2026, la lanterne rouge médiatique clignote en sons stridents, par la dénonciation, au départ anonyme, d’une tricherie numérique en cette rentrée littéraire, et s’emballe sur elle-même au point de faire oublier les véritables enjeux qui sont à l’œuvre.

Thélyson Orélien, auteur québécois d’origine haïtienne, publie son premier roman C’était ça ou mourir, un récit qui raconte le parcours migratoire et chaotique de Jonas Dorléon qui quitte Haïti en feu. Encore inconnu il y a un mois, le jeune auteur devient la révélation littéraire du moment. Le livre est encensé par la critique, il est en lice pour tous les grands prix de l’automne et il obtient le Prix du roman Fnac le 21 septembre. Thélyson Orélien est invité sur tous les plateaux de télévision et des radios françaises, la promotion bat son plein et le livre se place deuxième dans les statistiques des meilleures ventes, publiées par Edistat dans la semaine du 14 au 20 septembre 2026et atteint la vente de 35 000 exemplaires.

Puis arrive, sur les médias sociaux, l’accusation que le livre aurait été écrit à 95% par l’Intelligence artificielle. Une bombe dans le paysage littéraire français et un déferlement cacophonique de toutes les pires intentions qui cherchent à nuire à un individu.

Au-delà de la polémique, 100% IA ou 100% humain, ce qui apparaît dans cette affaire, c’est la férocité des enjeux de la politique éditoriale française qui relève simplement d’un capitalisme dévastateur qui est prêt à tout pour conserver sa domination. Et il est beaucoup plus aisé de s’en prendre aux personnes racisées. Car Thélyson Orélien est la cible parfaite. Sans rien demander, il a été invité à rejoindre la grande table littéraire, comme un produit fabriqué par l’intérêt capitaliste occidental, et par un revirement soudain, il devient un intrus à abattre. Il devient le bouc émissaire d’une concurrence fratricide qui ne le concerne même pas. Il devient, à son insu, l’instrument et la victime d’un système rôdé qui met en lumière ce que les grandes maisons d’éditions françaises, leurs tartuffes de critiques littéraires et les jurys des prix littéraires, qui ne sont que le nid de marchands de l’escroquerie de l’art, sont capables de faire pour accumuler tous les prix littéraires, qui leur reviennent de droit et en se rendant complices des pires manigances. La pensée universelle proposée par l’Occident est une véritable tartufferie et tous les artistes, hommes de culture, intellectuels et écrivains sincères le savent bien.

Les acteurs médiatiques et les critiques du monde littéraire ne sont pas des créateurs mais des opportunistes qui cherchent à continuer d’occuper la scène. N’oublions pas que l’Occident est lui-même producteur de l’IA et dans cette affaire, il récolte tous les lauriers du pouvoir médiatico-numérique avec des relents d’idéologies nauséabondes.

Ici, c’est une guerre médiatique française où deux oligarchies se confrontent et dont Thélyson Orélien est la victime. D’un côté, l’oligarchie de droite qui dézingue toutes les pensées nouvelles et éructe, depuis plusieurs années maintenant, sur le danger du grand remplacement, celui qui ferait, soi-disant, tomber la domination blanche, occidentale et judéo-chrétienne. Et de l’autre côté du spectre, il y a l’oligarchie de gauche, la branche intellectuelle qui se veut être la grande bienfaitrice de l’humanité, en respectant les parcours extérieurs avec une infinie condescendance. On a déjà connu cela lors de la guerre froide, de la colonisation et de la nomination du tiers-monde. Les victimes sont toujours les mêmes, ceux qui viennent d’ailleurs et qui ne correspondent pas à la famille endogamique, tribale, communautariste du récit occidental, celui de la pensée unique. Autrement dit, ils sont toujours les souffre-douleurs des Occidentaux en conquête permanente de suprématie.

En effet, ces tentatives de déstabilisation médiatico-idéologique de cette nature existent depuis longtemps, mais elles n’ont pas les mêmes conséquences pour tout le monde.

En janvier 2022, Michel Houellebecq est poursuivi pour contrefaçon. El Hadji Diagola, écrivain et journaliste franco-sénégalais, accuse le romancier d’avoir puisé dans ses propres ouvrages pour son ouvrage Soumission, paru en 2015 chez Flammarion. En 2026, l’affaire n’est toujours pas résolue et Michel Houellebecq continue de publier des livres. Michel Houellebecq a-t-il connu autant de violence, au moment des allégations de plagiat qui lui sont faites, alors qu’il est soupçonné de piraterie ?

D’autres cas sont connus, comme celui de Yambo Ouologuem qui obtient le prix Renaudot en 1968 pour son roman Devoir de violence et qui est accusé de plagiat. C’est la mort assurée de l’écrivain malien qui quitte la scène littéraire pour se taire à jamais. Censuré en France pendant plus de trente ans, on sait aujourd’hui que la trame du roman de Yambo Ouologuem utilise une intertextualité savante pour dénoncer la violence occidentale et la pensée unique. Ce qui à l’époque était encore inacceptable. Mais ne l’est-ce pas encore et toujours au XXIe siècle dans le beau monde des tartuffes des lettres françaises ? La question demeure.

Un autre fait moins connu, c’est celui d’Anténor Firmin (1850-1911), un des premiers chercheur anthropologue haïtien, qui a été le premier à dénoncer les travaux de Arthur de Gobineau, le théoricien du racisme scientifique. Anténor Firmin, qui a été rayé de la littérature de l’anthropologie occidentale, parce que portant un récit scientifique, inscrit dans la pensée critique universelle mais qui va à l’encontre des intérêts de la pensée unique occidentale. On voit combien l’histoire se répète quand la statue de l’effigie occidentale est ébranlée.

Pour l’affaire de Thélyson Orélien, celui-ci a le droit de se défendre, de rester sur le terrain de l’humanité. Son livre ne peut pas avoir été écrit à 100% par une machine. Ce récit provient d’un homme fait de chair et de sang, il y a à l’intérieur de son histoire et celles des parcours migratoires, une réalité dure à lire mais elle existe. Cette instrumentalisation ne doit pas l’enfermer dans le vide, il possède une voix et a un droit de réponse. Il n’est pas un criminel et son avenir littéraire ne peut pas être entre les mains de quelques crasseux idéologues qui sont des assassins en puissance.

La question des prix littéraires est une supercherie des entreprises capitalistes du monde éditorial, celle d’un monde occidental qui tourne sur lui-même, à la recherche de la promotion la plus crasse de ses valeurs prosaïques et anti-humanistes.

Dans le même ordre d’idée, le monde de l’éducation est traversé du même mal. La rivalité et la compétition sont les seules réponses à la transmission du savoir pour s’assurer la première place. Le savoir, tout comme la création littéraire, se fiche bien des palmarès, ce sont des actes qui autorisent à s’élever intellectuellement, spirituellement, humainement dans une ronde du poétique de l’universel.

C’est dans cette perspective que je travaille depuis trente ans sur la pensée Ubuntu qui est un paradigme qui propose de faire jaillir toutes les pensées critiques scientifiques universelles. La pensée Ubuntu œuvre contre toute forme de combat humain n’entraînant que des contre-valeurs d’injustice. Comme je le répète dans mes écrits, je défends l’altérité du récit africain et les trajectoires plurielles, universelles qui sont à même d’être les voix de demain.

La pédagogie Ubuntu est à la croisée universelle de la pensée, de la construction collective pour un savoir qui ne cesse de se renouveler. Ce sont les idéologies qui sont les ennemis de l’être humain et c’est la dignité intellectuelle, généreuse et hospitalière qui doit nous guider, sans tergiversation possible.

Cette lettre est aussi une alerte destinée aux jeunes écrivains de toutes les nations pour leur dire de continuer à créer sans renoncer à leur altérité et de refuser toutes les compromissions qui favorisent le rendement, le profit et le prosaïque de l’univers capitaliste occidental.

Et pour terminer mon propos, mon cher Thélyson Orélien, reste debout, comme un flamboyant universel qui capte les soleils de nos libertés essentielles et notre belle créativité.

  1. https://www.edistat.com/livre_tarifs.php?ean=9782246847069

 

 

Amadou Elimane Kane

de Seneplus

 

 

Source : Seneplus (Sénégal)

 

 

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