Le Soleil – Pour certaines, c’est une question de style. Pour d’autres, un besoin de changement, de liberté ou de confort. Pourtant, le choix de porter les cheveux courts continue de susciter commentaires, jugements et rumeurs. Dans une société où la longue chevelure demeure un symbole de féminité, ces femmes doivent souvent justifier une décision qui relève pourtant de leur seule liberté. Entre quête esthétique, affirmation de soi et calomnies, le récit auprès de celles qui ont choisi de se couper les cheveux.
Au premier regard, elles attirent l’attention. Non pas parce qu’elles cherchent à se distinguer, mais parce qu’une femme aux cheveux très courts, ou au crâne rasé, continue d’interroger une partie de la société sénégalaise. Les remarques fusent, les jugements suivent. Derrière ce choix capillaire, certains croient déceler une rébellion, d’autres remettent en cause la féminité ou prêtent des comportements qui n’ont pourtant rien à voir avec une simple coupe de cheveux.
Pour celles qui l’assument, le plus difficile n’est pas de passer sous la tondeuse, mais de vivre avec le regard des autres.
Son crâne rasé ne passe jamais inaperçu. Dans la rue, au marché, dans les transports ou lors des cérémonies familiales, les regards s’attardent quelques secondes de plus. Certains sont curieux, d’autres interrogateurs. Il y a aussi ceux qui murmurent à voix basse, persuadés qu’une femme ne se rase pas la tête sans raison.
Fatim Pène, 25 ans, employé dans une agence de communication, a fini par s’habituer à cette attention permanente. Ce qu’elle accepte plus difficilement, ce sont les mots qui l’accompagnent.
Pourtant, sa décision n’a rien d’un acte de provocation. Elle souffre d’alopécie (chute totale ou partielle des cheveux ou des poils due à l’âge, à des facteurs génétiques ou faisant suite à une affection locale ou générale, selon le Larousse).
Face à la perte progressive de ses cheveux, elle a préféré tourner la page plutôt que de chercher à dissimuler la maladie sous une perruque ou un foulard. Elle sort désormais tête nue, le regard assuré.
« Je l’ai fait et je l’assume. Pourtant, je n’arrête pas d’entendre des calomnies sur ma féminité et sur mon comportement. C’est difficile d’être femme et de s’assumer telle qu’on est dans ce pays », confie-t-elle.
Au fil des années, Fatim a compris que, pour beaucoup, une femme aux cheveux rasés dérange davantage qu’une femme qui souffre. Les commentaires dépassent souvent son apparence. Ils s’attaquent à sa personnalité, à sa manière d’être, parfois même à sa vie privée.
Elle refuse pourtant de laisser ces jugements définir son identité. Son crâne rasé est devenu une façon de reprendre le contrôle sur une maladie qui lui avait déjà beaucoup pris.
Dior Sarr : « Je m’aime comme ça »
À plusieurs kilomètres de là, dans son restaurant, Dior Sarr, âgée de 33 ans, affiche le même sourire que celui qui accueille ses clients. Rien, chez elle, ne laisse penser qu’une simple coupe de cheveux puisse susciter autant de discussions. Pourtant, elle aussi connaît les regards insistants et les remarques glissées à mi-voix.
Ses cheveux, elle les a coupés elle-même, devant son miroir. Sans hésitation. Sans événement particulier. Juste parce qu’elle en avait envie.
« Je me suis coupé moi-même les cheveux. Je m’aime comme ça. Les clichés existent toujours. Dans ce pays, les femmes qui se coupent les cheveux sont souvent cataloguées, associées au banditisme ou à la vulgarité. L’essentiel, c’est de savoir ce qu’on veut et de s’assumer devant les gens ».
Chez Dior, la coupe courte n’est ni un manifeste ni une rébellion. Elle est simplement le reflet d’un goût personnel. Mais elle constate que beaucoup continuent d’associer la féminité à une longue chevelure. Les jugements la font sourire désormais. Elle préfère répondre par l’indifférence plutôt que par les explications.
Dans le milieu de la mode, Fatou Traoré évolue avec assurance du haut de ses 29 ans. Sa silhouette, son port de tête et son crâne dégagé composent aujourd’hui une image reconnaissable. Les cheveux courts sont devenus sa signature, un élément de son identité artistique.
Pourtant, ce choix n’a pas toujours été accueilli avec enthousiasme.
« Au début, c’était très difficile de faire accepter ça. Mais quand on sait ce qu’on veut, on finit par ne plus faire attention aux clichés. En tout cas, c’est souvent trop compliqué pour les femmes, surtout pendant les périodes de chaleur, lorsqu’elles veulent simplement avoir plus d’air ».
Fatou Traoré se souvient des interrogations répétées, des conseils non sollicités et des personnes convaincues qu’elle finirait par laisser repousser ses cheveux. Avec le temps, ces voix se sont estompées.
Aujourd’hui, elle avance sans chercher à convaincre qui que ce soit. Son apparence est devenue une extension de sa personnalité et de son métier.
Trois femmes. Trois parcours. Trois raisons différentes de se couper les cheveux. Chez l’une, la maladie. Chez l’autre, une préférence esthétique. Chez la troisième, une identité artistique.
Pourtant, toutes racontent le même combat. Celui de devoir expliquer un choix qui ne concerne pourtant qu’elles.
Par Amadou KEBE
Source : Le Soleil (Sénégal)
Suggestion Kassataya.com :
« Les cheveux racontent énormément de choses » (2/2)
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