Au Maroc, le roi nomme pour la première fois une femme, Fatima Ezzahra El-Mansouri, à la tête du gouvernement

Près d’une semaine après la victoire du PAM, son parti, aux législatives, la maire de Marrakech a été désignée, le 29 septembre, première ministre du Maroc.

Le Monde – Pour la première fois de son histoire, le gouvernement marocain sera dirigé par une femme. Le 29 septembre, le roi du Maroc, Mohammed VI, a placé Fatima Ezzahra El-Mansouri à la tête de l’exécutif. La maire de Marrakech, ministre de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme sortante, codirige le Parti Authenticité et modernité (PAM), vainqueur des législatives du 23 septembre. Depuis des semaines, son nom circulait parmi les favoris au poste. Interrogée sur sa possible nomination, au lendemain des élections, la quinquagénaire, avait confié en conférence de presse : « Ce serait pour moi un grand honneur. »

Le choix d’une femme à la primature est éminemment « disruptif », avance le politologue Mustapha Sehimi. Il n’est pas sans rappeler celui de Samira Sitaïl, devenue, en 2023, la première ambassadrice du Maroc en France. Un nouveau symbole, donc, « dans l’ambiance de fin de règne qui imprègne le Maroc », Mohammed VI pouvant désormais se targuer « d’être le premier roi à désigner une première ministre », observe le journaliste Omar Brouksy.

La nomination de Fatima Ezzahra El-Mansouri, que les journaux marocains surnomment « FZM », tranche en raison de son genre, mais aussi de son âge. A tout juste 50 ans, elle figure parmi les plus jeunes chefs du gouvernement de l’histoire du Maroc. Cette native de Marrakech a baigné dans un milieu aisé, proche des cercles de pouvoir. Des racines familiales l’unissent au Glaoui, le pacha de Marrakech, un des hommes les plus puissants du royaume chérifien durant le protectorat français (1912-1956), tandis que son père fut ambassadeur aux Emirats arabes unis, un pays intimement lié à la monarchie marocaine. Le président émirati, Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, fut un camarade de classe de Mohammed VI au collège royal de Rabat.

Après des études de droit en France, Fatima Ezzahra El-Mansouri exerce dans le cabinet de la future star des barreaux marocains, Hicham Naciri. Cet avocat d’affaires est un des conseils du palais, comme le fut son père, ancien bâtonnier ayant défendu les intérêts privés d’Hassan II, puis de Mohammed VI, avant de devenir ministre de la justice. C’est ce dernier qui sanctionna lourdement le juge ayant fait annuler l’élection, contestée par un parti concurrent, de Fatima Ezzahra El-Mansouri à la mairie de Marrakech, en 2009. Le scrutin fut finalement validé, l’édile décrochant au passage le titre officieux de « protégée » de Fouad Ali El Himma, l’un des plus influents conseillers du roi.

Car la nouvelle maire a entre-temps rejoint le PAM, créé quelques mois plus tôt par l’ami d’enfance de Mohammed VI. Elle en gravira tous les échelons, présidant son conseil national en 2016, puis intégrant sa direction collégiale en 2024.

Première femme à administrer une ville marocaine de plus de 500 000 habitants, elle est aux avant-postes lors du séisme du 8 septembre 2023, qui fit plus de 3 000 morts dans la région de Marrakech. « Je n’ai pas dormi depuis une semaine », déclarait-elle, huit jours après, multipliant les tournées auprès des sinistrés. « Elle n’hésite pas à aller à la rencontre des citoyens, ce qui est un réflexe peu courant dans le monde politique marocain », reconnaît Abdullah Abaakil, le vice-secrétaire général du Parti socialiste unifié.

Sans majorité absolue au Parlement

Deux ans plus tard, elle est l’une des rares voix au gouvernement à faire son mea culpa, alors qu’une partie de la génération Z proteste contre les inégalités territoriales et la déliquescence des secteurs de l’éducation et de la santé. « Si nous avions réussi, cette colère n’existerait pas. Donc nous n’avons pas réussi », lançait, le 30 septembre 2025, devant des jeunes du PAM, la ministre, nommée au lendemain des législatives de 2021. Une pique à l’endroit du chef de l’exécutif, Aziz Akhannouch, du Rassemblement national des indépendants (RNI), conspué par les manifestants, alors que se profilait déjà la bataille électorale pour sa succession.

La rentrée parlementaire étant prévue le 9 octobre, Fatima Ezzahra El-Mansouri dispose de seulement quelques jours pour former son gouvernement. Sans majorité absolue au Parlement, le PAM a besoin d’alliances. Celle nouée lors de la précédente mandature avec le RNI, arrivé deuxième du scrutin, semble peu probable, tant les deux formations se sont livrées à une guerre de tranchées durant la campagne. Pour des raisons d’arithmétique politique, la présence dans le nouvel attelage de l’autre partenaire de la coalition sortante, le Parti de l’Istiqlal, troisième des suffrages, est en revanche indispensable.

Un accord pourrait également se dessiner avec un parti de gauche. Quatrième du vote à l’issue d’une spectaculaire remontée, le Parti de la justice et du développement a, quant à lui, annoncé qu’il siégerait dans l’opposition. Fatima Ezzahra El-Mansouri a cependant assuré qu’elle ne fermait pas la porte à une entente avec la formation islamiste de l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane.

Parmi les dossiers chauds qui l’attendent, la première ministre devrait s’emparer en priorité de celui du pouvoir d’achat, alors que l’instabilité mondiale, source de volatilité des prix, est partie pour durer. Autre impératif du moment, la lutte contre le chômage, dont le taux s’élevait à 9,5 % de la population active au deuxième trimestre, selon le Haut Commissariat au plan. Sur ce sujet, le PAM s’est engagé à créer 1 million d’emplois. Le pari est risqué : Aziz Akhannouch avait promis autant, sans y parvenir.

Le chantier le plus emblématique sera toutefois celui de l’organisation, avec l’Espagne et le Portugal, de la Coupe du monde de football 2030. La charge revient au très populaire Fouzi Lekjaa, le patron de la fédération marocaine. Pressenti au poste de premier ministre, celui qui occupait la fonction de grand argentier du Maroc a rejoint tout récemment le parti de « FZM ». Ce ralliement de dernière minute, de la part d’une personnalité ayant bâti son assise sur les succès de l’équipe nationale, a porté ses fruits. Aussi proche du palais soit-il, jamais le PAM n’avait jusqu’à présent remporté les législatives.

 

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

↑
Quitter la version mobile