RFI – Il n’y a pas eu d’incursion de l’armée malienne sur le territoire mauritanien : c’est l’armée mauritanienne qui l’a précisé par communiqué dans la nuit de samedi à dimanche, en réaction à des articles de presse dénonçant une nouvelle intrusion des Fama dans des villages mauritaniens. Samedi 11 avril, une patrouille malienne a effectivement circulé dans plusieurs villages dont les habitants sont Mauritaniens et qui répondent aux autorités mauritaniennes. Mais ces villages sont bien situés du côté malien de la frontière.
Lbéiziyé, Ktaat ad-Dafaa, Fossat, Ahl Ibrahim… Ces villages sont respectivement situés, « comme le précisent les cartes officielles », à 6, 7, 8 et 10 kilomètres de la frontière, « à l’intérieur du territoire malien ». L’armée mauritanienne coupe court à la nouvelle polémique naissante et demande aux médias « d’éviter l’alarmisme ou la publication d’informations inexactes susceptibles de semer la confusion et la peur ». Samedi 11 avril, l’agence mauritanienne Alakhbar avait rapporté, citant notamment un élu local, ce qui était présenté comme une nouvelle incursion de l’armée malienne dans la commune de Gogui (ou Koki), dans la région mauritanienne du Hodh El Gharbi, « pour la troisième semaine consécutive ».
Frontière non matérialisée
C’est que cette portion de la frontière entre les deux pays n’est pas précisément matérialisée sur le terrain et, historiquement, les spécialistes expliquent que des « villages mauritaniens » sont implantés côté malien et inversement. Les habitants des deux pays franchissent ainsi quotidiennement la ligne frontalière sans même en avoir conscience. Une situation bien connue des deux États, qui ont d’ailleurs lancé, par le passé, des initiatives communes pour régler la question, sans que les travaux aillent à leur terme.
Joint par RFI, un notable de l’un des villages visités samedi par l’armée malienne rappelle que son village dispose d’une école mauritanienne et d’un bureau de vote en période d’élections. « Les soldats maliens nous ont dit que nos autorités ne nous avaient peut-être pas informés mais que notre village se trouvait au Mali et qu’ils reviendraient faire des patrouilles », témoigne cet habitant, qui ne rapporte aucune violence. Ces dernières semaines, les soldats maliens avaient déjà tenté de faire descendre le drapeau mauritanien d’une école -les habitants avaient refusé- ou encore d’interrompre des travaux, en exigeant un permis de construire malien.
Éviter toute escalade
Une source sécuritaire malienne parle clairement de « provocation » délibérée de la part de l’armée malienne. Depuis quatre ans et, pour la séquence la plus récente, depuis début février, les incidents impliquant l’armée malienne se sont multipliés à la frontière. Dans certains cas, des citoyens mauritaniens ont été exécutés, au Mali, par les forces maliennes. Le 27 mars, sortant de sa réserve habituelle, Nouakchott avait officiellement dénoncé des « incidents sécuritaires graves » et demandé à Bamako de « mettre un terme à ces exactions répétées ». Dans la foulée, le ministre mauritanien de la Défense et le chef d’état-major des armées s’étaient rendu à Nema pour une visite du commandement militaire de la zone. Une manière de rassurer l’opinion nationale.
Pour autant, la Mauritanie s’efforce toujours d’éviter toute escalade avec son voisin malien. Le dernier communiqué mauritanien en atteste une nouvelle fois. Même si l’état-major n’oublie pas d’y préciser : « Nos forces armées suivent la situation de près et font preuve d’une vigilance totale pour protéger les frontières ».
« Pendant des décennies, c’était connu des deux pays et c’était toléré »
« Pendant des décennies, compte tenu de l’excellence des relations entre les deux pays, les administrations respectives toléraient des présences des populations des unes et des autres sur leur territoire respectif, sans qu’il y ait de difficultés. Il y avait des Maliens qui vivaient en Mauritanie et vice-versa. Au niveau des frontières, il s’est établi parfois des présences physiques directes, sous forme de campements ou de villages, de populations mauritaniennes qui se sont donc installées tout près de la frontière, mais de l’autre côté », explique Gourmo Abdoul Lo, enseignant-chercheur en droit à l’Université de Nouakchott.
« C’était connu des deux pays et c’était toléré. Ce qui veut dire qu’il y avait par exemple une administration, relativement légère, de la Mauritanie sur cette partie du territoire malien, comme des écoles. Et le Mali également, qui sur ces parties-là n’avait pas d’administration à proprement parler, tolérait évidemment cette présence. »
« Quand il y a eu des tensions, les deux pays ont essayé de trouver des solutions, jusqu’à ce que le gouvernement mauritanien ait informé ses propres populations que, attention, il y a des parties du territoire malien sur lesquelles ils vivent, mais qui sont bien des portions de territoire qui appartiennent au Mali. »
Source : RFI
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