L’ancien président sénégalais Macky Sall de retour à Dakar en candidat à la direction de l’ONU

Chassé du pouvoir en 2024 et menacé de poursuites judiciaires, l’ex-dirigeant est brièvement rentré au Sénégal, vendredi 17 juillet.

Le Monde  – Ces derniers mois à Dakar, les rumeurs d’un retour imminent de Macky Sall ont bruissé par vagues dans les cercles du pouvoir. D’hypothèse peu probable – à cause des accusations portées à son encontre par le gouvernement sénégalais –, la réapparition de l’ancien président sénégalais a finalement eu lieu vendredi 17 juillet. Plus de deux ans après avoir quitté le pays suite à la défaite de son candidat et ancien premier ministre Amadou Ba à la présidentielle, Macky Sall a été reçu en audience par son successeur, Bassirou Diomaye Faye. L’entrevue d’une heure s’est déroulée au palais présidentiel, là où les deux hommes se sont officiellement vus pour la dernière fois, le jour de la passation des pouvoirs.

Le 2 avril 2024, à peine les amabilités échangées sur le perron du palais, Macky Sall avait quitté le Sénégal avec sa famille pour s’installer au Maroc. Il laissait au pouvoir Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, duo qu’il avait vigoureusement combattu mais qui a fini par s’imposer dans les urnes avec 54 % des voix dès le premier tour, le 24 mars 2024.

Rapidement, Faye et Sonko promettaient de juger les responsables de la répression préélectorale. Entre 2021 à 2024, lors des protestations contre un troisième mandat de Macky Sall, des dizaines de personnes avaient été tuées. Des centaines d’autres ont été incarcérées, dont Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Une fois au pouvoir, le duo a incriminé l’ex-président pour sa fin de mandat sanglante et pour avoir laissé une dette publique « cachée » faramineuse.

Vendredi, l’ancien chef d’Etat est arrivé sous bonne escorte dans le palais qu’il a occupé durant douze ans. Avant cela, il a été accueilli à l’aéroport militaire par des cadres de son parti, l’Alliance pour la République (APR), dont il est toujours le chef. Vêtu de blanc, l’ex-dirigeant sénégalais a été acclamé par une foule dense massée le long des artères menant au quartier présidentiel.

Macky Sall n’a pas effectué ce voyage éclair de trois heures sur le sol sénégalais en tant que justiciable ou opposant, mais comme candidat en campagne. Depuis plusieurs mois, il brigue le poste de secrétaire général des Nations unies. Pour cela, le soutien du Sénégal, jusque-là hostile, lui est crucial. Etre reçu à la présidence est une première victoire, veut croire son camp.

Le temps presse

« Certains lui promettaient de finir au palais de justice s’il revenait. Macky Sall est allé directement au palais de la République », ironise Seydou Guèye, secrétaire national de l’APR, qui présume d’une « réponse positive à venir » du président Faye.

Pour le Pastef, le parti dirigé par Ousmane Sonko, le geste d’ouverture du président Faye à l’égard de leur ancien ennemi commun constitue un nouvel affront. En mai, après des mois de tension, le président avait limogé M. Sonko, son ancien mentor, de son poste de premier ministre. Depuis, la rupture est consommée.

« En recevant Macky Sall, Diomaye continue de trahir ceux qui l’ont fait président, s’insurge le député Pastef Abdoul Kadyr Sonko. Comment peut-il agir ainsi alors qu’il a lui-même été emprisonné par Macky pendant onze mois ? C’est immoral de recycler ceux que le peuple nous a demandé de chasser il y a deux ans»

Pour Macky Sall, en quête du plus haut poste onusien, l’appui de Dakar est d’autant plus précieux que le temps presse. Fin juillet, les délibérations des cinq pays membres du Conseil de sécurité doivent débuter. La France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et les Etats-Unis choisiront leur candidat unique à soumettre au vote des pays membres en septembre à l’Assemblée générale. Macky Sall n’avait jusque-là pas réussi à rallier l’Union africaine (UA) à sa candidature, précisément à cause de ses relations avec le gouvernement sénégalais.

Entretien à « Breitbart »

L’ex-président a néanmoins pu compter sur le soutien du Burundi, à la tête de la présidence de l’UA et de certains chefs d’Etat comme Denis Sassou Nguesso (République démocratique du Congo) ou Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire). Un parrainage complété par l’intense lobbying d’Adama Barrow, le président gambien, et d’Umaro Sissoco Embalo, ancien chef de l’Etat de Guinée-Bissau, présent lors de l’audience de ce vendredi. Comme d’autres candidats, M. Sall a par ailleurs été reçu par Emmanuel Macron. Quant à la Russie et la Chine, M. Sall veut croire que les bonnes relations entretenues avec ces deux pays durant ses deux mandats lui seront favorables.

« Tout s’est accéléré ces dernières semaines lorsque l’on a perçu des signaux positifs côté américain, explique son entourage. Le président Faye a compris qu’il valait mieux accompagner la candidature plutôt que de s’y opposer. » Installé à New York depuis quelques mois, M. Sall a rencontré récemment des représentants du département d’Etat. Fin juin, dans un entretien accordé à Breitbart, un média proche de la sphère MAGA, il faisait sienne la vision de l’Organisation des Nations unies portée par le président américain, qu’il a qualifié d’« artisan de la paix ». Comme lui, il défend une réforme en profondeur de l’organisation internationale « en réduisant les coûts et en optimisant la gestion ». Chose inédite depuis le début de la campagne onusienne, Donald Trump a retweeté l’interview.

« Candidat ectoplasme »

« Bien que la règle implicite veuille que ce soit au tour de l’Amérique latine de présider au poste de secrétaire général, Macky Sall a toutes ses chances, observe Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis de l’Institut de relations internationales et stratégiques. L’autre favorite, la Chilienne Michelle Bachelet, ne fait pas les affaires des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie à cause de son profil de défenseuse des droits humains. Macky Sall peut apparaître comme un candidat ectoplasme, plus consensuel et moins clivant. Dans ce contexte, le soutien du Sénégal restaure son image. »

Ce soutien n’est pas sans visées électoralistes pour l’actuel président, Bassirou Diomaye Faye. Emancipé brutalement du parti Pastef suite à la brouille avec Ousmane Sonko, il doit bâtir un appareil politique en vue des prochaines échéances électorales. En janvier 2027, doivent se tenir des scrutins locaux et sans doute des législatives anticipées. Par ailleurs, à trois ans de la présidentielle de 2029, son rapprochement avec Macky Sall lui permettrait de tenir à distance ce potentiel rival.

Son parti nie néanmoins tout accord politique. « L’APR reste dans l’opposition. Nous ne sommes pas au stade d’un dialogue politique entre nos formations, assure Seydou Guèye, de l’APR. Le président Faye respecte une tradition sénégalaise : il se place au-dessus des querelles partisanes. Avant lui, le président Abdoulaye Wade [2000-2012] avait soutenu son prédécesseur et grand rival Abdou Diouf [1981-2000] à sa candidature au poste de secrétaire général de la francophonie. »

Pour autant, la réhabilitation de Macky Sall sidère les victimes de la répression des manifestations de 2021-2024. « C’est une honte. Il devrait être devant la justice, tonne Diop Taif, porte-parole du Collectif des détenus politiques du Sénégal. Nous allons continuer à exiger le retrait du soutien du Sénégal à cette candidature. »

Source : Le Monde

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