– Son oraison funèbre avait des accents vengeurs. Le 30 avril, le général Célestin Simporé, ministre de la guerre et de la défense du Burkina Faso, était à Bamako pour rendre hommage à son ancien homologue malien, le général Sadio Camara, tué cinq jours plus tôt lors de l’offensive d’ampleur menée conjointement par les djihadistes du Groupe de soutien de l’Islam et des musulmans (GSIM) et les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) dans plusieurs régions du pays.
Devant le cercueil de son défunt camarade recouvert du drapeau malien, le général Simporé – disant s’exprimer au nom de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), formée par les juntes au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger – a promis de « traquer » ses « assassins » jusqu’à « leur dernier retranchement ».
Cette formule choc tranche avec l’absence d’appui de la confédération sahélienne au plus fort des attaques qui ont fait vaciller Bamako, les 25 et 26 avril. Durant ces deux jours sous haute tension, durant lesquels la junte du général Assimi Goïta n’a tenu qu’à un fil, beaucoup ont guetté la réaction de ses alliés.
La charte fondatrice de l’AES, adoptée par ses trois membres le 16 septembre 2023, stipule que « toute atteinte à la souveraineté et à l’intégrité du territoire » de l’un d’entre eux est « considérée comme une agression contre les autres » et engage « un devoir d’assistance et de secours » militaire mutuel.
« Un complot monstrueux »
Pourtant, il n’y a pas eu d’intervention militaire des pays voisins pour soutenir les forces armées maliennes, débordées par leurs ennemis. Le Burkina Faso et le Niger se sont manifestés par un communiqué signé de la Confédération des Etats du Sahel, diffusé dans la nuit du 26 au 27 avril, soit après la perte de Kidal, fief des rebelles touareg, dans le nord du Mali, et l’attaque contre Kati, ville garnison et bastion du pouvoir militaire, à une vingtaine de kilomètres de Bamako, fatale au général Sadio Camara.
Signé par le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabée et président en exercice de la confédération, ce texte dénonçait « un complot monstrueux soutenu par des ennemis de la lutte de libération du Sahel ».
Dans les jours qui ont suivi, des drones burkinabés et nigériens ont mené quelques frappes dans les régions de Sévaré (centre) et de Kidal (nord). « Elles ont été faites trop tardivement et n’ont pas eu d’impact opérationnel significatif. Il s’agissait surtout d’une réponse politique, pour respecter l’engagement de défense mutuel inscrit dans notre charte », estime un officier burkinabé.
« Nous sommes tous débordés »
La force unifiée de l’AES, officiellement lancée en décembre 2025 et aux effectifs annoncés de 6 000 hommes, n’a, elle, pas envoyé d’éléments en renfort sur le terrain. Selon une source gouvernementale à Niamey, où est basé son commandement, elle est pourtant « opérationnelle » et « peut être déclenchée à tout moment ».
« La réalité est que nous sommes tous débordés. Toutes nos unités sont déjà engagées et mobilisées contre les groupes terroristes. Nous n’avons pas de moyens à envoyer chez les autres », ajoute un autre gradé burkinabé.
Au Burkina Faso comme au Niger, l’offensive inédite à laquelle fait face le Mali suscite de l’inquiétude. Dans ces trois pays, beaucoup considèrent que la théorie des dominos, qui a fait se succéder les putschs à Bamako, Ouagadougou et Niamey entre 2020 et 2023, pourrait aussi marcher en sens inverse. Comprendre que la chute de l’un pourrait précipiter celle des autres. Le renversement de la junte du général Goïta serait donc assurément un coup dur pour ses partenaires sahéliens.
Après les attaques contre le pouvoir d’Assimi Goïta, les autorités burkinabées ont consolidé leur dispositif militaire dans le nord-ouest frontalier du centre du Mali et annoncé le lancement d’une opération visant à renforcer la sécurité sur l’ensemble du territoire national.
Une union de façade
Paradoxalement, le nombre d’incidents est moindre depuis le 25 avril dans l’ouest du Burkina Faso, probablement en raison du départ de combattants du GSIM vers le territoire malien. Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger, a, quant à lui, décidé d’annuler les défilés traditionnels du 1er mai dans tout le pays pour des raisons de sécurité.
Unis en façade, les putschistes sahéliens n’en nourrissent pas moins certaines divergences. Une rivalité croissante est ainsi perceptible entre le capitaine Traoré, adulé par une partie de la jeunesse du continent, qui le voit comme une nouvelle icône anti-impérialiste, et le général Goïta, sorte de « grand frère » de par son statut de premier de cordée.
En décembre 2025, le premier s’était présenté avec un jour de retard au sommet des chefs d’Etat de l’AES, à Bamako, estimant que son pays avait été lésé dans le commandement de la force unifiée tout juste lancée par son homologue malien.
Entre leurs premiers cercles respectifs, les contacts perdurent mais une forme de prudence – voire de méfiance – persiste. « Ils se parlent, mais ils ne se disent pas tout », résume une source sécuritaire à Ouagadougou. Autour du capitaine Traoré, certains officiers se montrent pessimistes sur la capacité d’Assimi Goïta à tenir dans la durée.
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