– L’extrême droite tolère Kylian Mbappé, à condition qu’il se taise. Les élus, figures et médias nationalistes ont à nouveau ciblé le capitaine de l’équipe de France de football, mercredi 16 septembre. Sa faute ? Avant d’offrir la victoire au Real Madrid la veille au soir, l’attaquant avait rechigné à porter un tee-shirt en soutien aux habitants de l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord – où plus de 70 000 immigrés illégaux en provenance du Maroc ont pénétré les 30 et 31 juillet –, une initiative lancée par l’Association valencienne des entrepreneurs et partagée par plusieurs clubs du championnat d’Espagne.
Tout comme son compatriote Ibrahima Konaté et le Brésilien Vinicius, le meilleur buteur de l’histoire des Bleus a retroussé, à son entrée sur la pelouse d’Elche (Espagne), le vêtement proclamant « Todos somos Caballas » (littéralement « Nous sommes tous des Maquereaux »), un gentilé familier évoquant les habitants de la ville autonome espagnole.
Sitôt les images de l’action relayées sur les réseaux sociaux, l’extrême droite française, des partis aux groupuscules, a couvert l’attaquant de critiques ou d’insultes. « Si la honte avait un visage, ce serait celui de Kylian Mbappé », a écrit, sur X, le député (Rassemblement national, RN) de l’Eure Kévin Mauvieux, quand Julien Odoul, élu dans l’Yonne et porte-parole de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, a fustigé un « comportement de petite racaille ».
Certains y sont allés de leur commentaire teinté de racialisme. « Pourquoi se sentent-ils solidaires de toutes les souffrances du monde mais jamais de celles des Européens ? », a demandé la députée européenne Marion Maréchal. « Ces mercenaires à basse morale n’ont aucun amour pour les Français, les Espagnols ou les Européens, a écrit, sur X, Kevin Nader, délégué départemental du RN dans le Val-de-Marne. A quoi bon injecter des milliards en banlieue pour finir avec cette ingratitude ? » Alexis Jolly, député (RN) de l’Isère, range la star parmi les « ennemis » de la France, dans une violente charge sur X : « Mbappé a beau être un grand joueur de foot, il est aussi un agent de subversion au service des ennemis des peuples européens. Nous ne sommes pas la variable d’ajustement du monde et nos peuples méritent aussi d’être défendus ! La haine est chez ceux qui veulent notre disparition. »
« C’est les clubs qui ont décidé d’intégrer ce maillot, de le faire porter. En tant que joueurs, nous devions le porter », a déclaré Kylian Mbappé au quotidien madrilène AS, mercredi. « Je suis pleinement solidaire de Ceuta et de toutes les victimes (…) Mais je tenais également à faire un geste et à adresser une pensée à tous les migrants qui ont perdu la vie et qui vivent eux aussi dans des conditions difficiles », a ajouté l’attaquant madrilène.
Rôle de « citoyen »
Les critiques à l’égard des trois joueurs ont été plus massives encore en Espagne, où la situation sanitaire et migratoire de Ceuta alimente de vifs débats depuis des semaines. Mais les réactions françaises confirment l’hostilité de l’extrême droite à l’égard de Kylian Mbappé. Ce camp, habituellement soucieux de défendre la libre expression, ne pardonne pas au sportif ses prises de position publiques à son encontre, ou à rebours de sa vision de la société.
Irrités, à l’été 2023, par son indignation consécutive à la mort du jeune Nahel, abattu par un policier lors de son interpellation à Nanterre à la suite d’un refus d’obtempérer, ses représentants n’ont pas apprécié, ensuite, ses appels à faire barrage à leur accession au pouvoir. Dans une interview en mai au magazine Vanity Fair, l’avant-centre se disait inquiet d’une possible victoire du RN à l’élection présidentielle de 2027 : « Moi, ça me touche, je sais ce que ça signifie et quelles conséquences cela peut avoir pour mon pays lorsque des gens comme eux arrivent aux commandes. »
Moins d’un an avant le scrutin, Kylian Mbappé revendiquait, par ailleurs, son rôle de « citoyen », balayant « l’idée selon laquelle un footballeur devrait se contenter de jouer et de se taire ». Un droit que lui avait rapidement dénié Jordan Bardella, le président du RN. « Il a le droit comme citoyen de voter, d’exprimer des opinions personnelles, lui avait accordé l’eurodéputé. Mais quand on a une telle influence, et quand les Français vivent des situations et un quotidien toujours plus difficile et toujours plus douloureux, je pense qu’un peu de sobriété dans la parole, en tout cas dans les leçons qui sont données aux Français, ne ferait pas de mal. » Le « citoyen » Mbappé peut s’exprimer, mais uniquement sur le terrain.
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