À Nouakchott et à Nouadhibou, le constat est désormais partagé par tous : les prix du foncier ont atteint un niveau critique.
Dans les quartiers résidentiels, l’accès à un terrain devient de plus en plus difficile, y compris pour des ménages disposant de revenus stables. Derrière cette flambée, une réalité s’impose : le marché immobilier mauritanien est aujourd’hui largement dominé par la rétention foncière et la spéculation. Des milliers de parcelles sont attribuées, parfois depuis des années, sans jamais être mises en valeur. Elles restent vides, clôturées ou simplement marquées, en attendant une revente à un prix plus élevé. Ce phénomène, toléré faute de régulation efficace, crée une pénurie artificielle. L’offre existe sur le papier, mais elle est absente dans les faits.
Face à cette situation, les solutions ne manquent pas. Mais une mesure simple, efficace et immédiatement applicable s’impose comme prioritaire : la taxation des terrains non bâtis. Dans de nombreux pays, ce mécanisme a permis de débloquer le marché foncier. Le principe est clair, tout propriétaire d’un terrain urbain non construit au-delà d’un certain délai deux à trois ans par exemple est soumis à une taxe progressive. Plus le terrain reste inutilisé, plus la fiscalité devient dissuasive. L’objectif n’est pas de sanctionner, mais d’inciter.
Construire ou vendre. Mettre le terrain en valeur ou le remettre sur le marché. En agissant ainsi, l’État transforme des actifs dormants en opportunités réelles pour les ménages et les investisseurs. Une telle mesure aurait un effet immédiat : augmenter l’offre réelle de terrains disponibles. Et dans tout marché, lorsque l’offre augmente, les prix cessent de grimper, voire se stabilisent. C’est précisément ce dont la Mauritanie a besoin aujourd’hui.
Mais cette réforme ne peut agir seule. Elle doit s’accompagner d’un second levier tout aussi structurant : la taxation des reventes rapides. Acheter un terrain pour le revendre quelques mois plus tard avec une forte plus-value alimente directement la spéculation. En imposant ces transactions à court terme, l’État enverrait un signal clair , le foncier n’est pas un produit de spéculation à court terme. Parallèlement, une réflexion plus profonde doit être engagée sur le modèle urbain.
Continuer à étendre les villes horizontalement n’est plus soutenable. Le développement du logement collectif, à travers des immeubles résidentiels adaptés, permettrait d’optimiser l’espace et de répondre à une demande croissante sans pression excessive sur le foncier.
Enfin, la question de la gouvernance foncière reste centrale. Sans suivi rigoureux, sans cadastre numérique fiable et sans transparence sur les transactions, toute réforme risque de perdre en efficacité. La modernisation de la gestion du foncier doit donc accompagner ces mesures fiscales.
L’immobilier en Mauritanie n’est pas en crise par manque de terrains, mais par manque de régulation.
Les parcelles existent. Ce qui manque, c’est un cadre qui oblige à les utiliser intelligemment. Instaurer une taxe sur les terrains non bâtis n’est pas une option radicale. C’est une décision de bon sens, déjà éprouvée ailleurs, et adaptée à la réalité nationale. Elle permettrait de corriger une dérive sans bloquer l’investissement, tout en rééquilibrant un marché devenu inaccessible pour beaucoup. Le temps des diagnostics est passé. La solution est connue. Reste désormais à savoir si l’État aura la volonté de l’appliquer.
Souleymane Hountou Djigo
Journaliste, blogueur
