« Hélicoptère » artisanal de Tambacounda : Comment le maçon Mamadou Sow a trompé son monde

Une enquête du journal Le Témoin révèle aujourd'hui une supercherie grotesque, bâtie sur une simple ferraille vibrante et des vidéos volées

SenePlus – Agé de 57 ans, Mamadou Sow, maçon de profession, s’est présenté comme un ingénieur aéronautique autodidacte. Il a réussi la prouesse de construire et faire voler un hélicoptère piloté par lui‐même. L’exploit de Tamba fait sensation et attraction à travers le monde. En réalité, il s’agit d’une maquette d’hélicoptère motorisée qui ne fait que…vibrer. L’engin n’a jamais quitté cet enclos à moutons pour « décoller ». S’y ajoute un montage d’un vrai hélicoptère hongrois HC‐01 en vol pour créditer la ruse. Dépêchés sur les lieux, des inspecteurs et chercheurs de l’Armée de l’air dénoncent un cirque, voire une arnaque dans un rapport adressé au président de la République. « Le Témoin » a enquêté…

Jusque‐là, l’exploit aéronautique est réalisé à Tambacounda, une région située à 500 Km de Dakar. L’image a rapidement fait le tour du monde au point de classer le Sénégal comme le premier constructeur mondial d’hélicoptère…artisanal. Ne rigolez surtout pas ! C’est du fait de la farce de mauvais gout d’un certain Mamadou Sow, maçon de profession et passionné d’aviation. Devant les chaines de télévision et télé‐ youtube, l’«ingénieur aéronautique» dit avoir réussi le miracle de concevoir un hélicoptère avec des moyens rudimentaires et des matériaux de récupération. Autrement dit, un hélicoptère monoplace fait de bric et de broc dont il est à la fois le constructeur et le pilote attitré. Cela suffit pour faire sensation et attraction. Et parmi les nombreux reporters et cameramen déployés au quartier Gourél Hamath, personne n’a vu ou filmé l’hélicoptère en train de décoller ou se poser au sol. Ne serait‐ce qu’un vol d’essai devant les délégations du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et de l’Agence de Développement et d’Encadrement des Petites et Moyennes Entre‐ prises (Adepme) venues aux nouvelles. Mais rien de tout cela ! Le « génie » local ne s’adonne qu’à la théorie : « J’ai toujours aimé l’aviation. Je regardais les hélicoptères dans les films. J’allais même à l’aéroport pour les observer », confie‐t‐il.

Assis aux commandes de l’engin, casque sur la tête, ceinture de sécurité bien bouclée, Mamadou Sow révèle son secret industriel : «J’ai réussi à fabriquer cet hélicoptère en métal grâce à un moteur de six chevaux, de type véhicule Renault 9. L’engin est capable de voler jusqu’à 200k/h et à 40 mètres d’altitude (hauteur). Ce projet m’a pris quatre ans de travail acharné dont l’objectif est de désenclaver les zones reculées de Tamba et faciliter les interventions d’urgence», explique‐il avec fierté pour avoir réussi tel exploit.

Il est vrai qu’en dehors de la théorie, plusieurs reportages ont montré un prototype d’hélicoptère de même couleur (jaune) et de même structure métallique que celui de Tamba effectuant une grande variété de manœuvres dans les airs. Et sans jamais exhiber les images d’un décollage et d’un atterrissage (se poser au sol) à temps réel. En poussant ses investigations, « Le Témoin » révèle que cet hélicoptère filmé au vol est loin d’être celui du maçon Mamadou Sow. Il s’agit d’un vrai hélicoptère ultraléger monoplace conçu et fabriqué en Hongrie, développé par la société aéronautique Hungaro Copter. C’est un montage vidéo grotesque visant à créditer la ruse de Mamadou Sow.

Mise en scène exagérée !

Informés de la création de cet « hélicoptère » artisanal, des inspecteurs et chercheurs de l’Armée de l’air sénégalaise se sont immédiatement déployés à Tamba. Ils ont failli tomber à la renverse ! Cet engin de Mamadou Sow est tout sauf un hélicoptère dont la construction et l’ingénie‐ rie sont des domaines de haute technologie, combinant matériaux composites avancés, aérodynamique et motorisation de pointe. Bref, il s’agit d’une maquette motorisée qui ne fait que vibrer une structure en ferraille.

Selon le rapport des ingénieurs et chercheurs de l’Armée de l’air, il n’y a même pas de circuit hydraulique dans la maquette de l’«hélicoptère» de Tamba. Comment un hélicoptère peut‐il voler sans circuit hydraulique, un système vital qui utilise un fluide sous pression pour faciliter le pilotage en réduisant considérablement les efforts physiques nécessaires pour actionner les commandes de vol.

Toujours est‐il que nos brillants et sérieux confrères d’une télévision sont tombés dans le panneau avec un reportage consacré à cet hélicoptère fantôme. D’ailleurs ce reportage en plein journal télévisé a donné une certaine crédibilité à ce que l’on croyait être un exploit aéronautique. Pour preuve, des experts et étudiants‐ingénieurs de Renault‐Automobile et l’Ecole aéronautique de Toulouse ont failli débarquer à Dakar pour s’imprégner de l’expérience du maçon Mamadou Sow. Et surtout là où le Sénégalais a réussi à faire décoller une lourde masse de ferraille avec un piètre moteur…automobile R9.

En tout cas, Mamadou Sow et son monteur‐ vidéo doivent s’estimer heureux. En effet, des ambassadeurs sénégalais à l’étranger sont jusqu’à présent sollicités suite à cet exploit de Tamba. Certains diplomates demandent même leur arrestation pour avoir trop exagéré dans leur mise en scène.

 

 

 

Source : SenePlus (Sénégal)

 

 

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