Il a fallu une visite nocturne à M’Bout pour que le Président de la République tombe enfin sur une réalité bouleversante : « Les acquis restent en deçà des attentes. » C’est une phrase simple, presque timide, mais lourde de sens. Après plusieurs années au pouvoir, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani semble réaliser, avec une sincérité inattendue, que le développement promis n’a toujours pas atteint certaines moughataas dont M’Bout. Une gouvernance à distance.
Le Président dit être venu « s’informer directement des conditions de vie des populations ». On pourrait croire qu’il dirigeait jusque-là depuis une autre planète, sans rapports, sans statistiques, sans alertes sociales, sans entendre les citoyens. Cette prise de conscience tardive fait penser à un visiteur étranger qui découvre soudain que la pauvreté existe hors de la capitale. Des projets importants… mais invisibles Des projets « importants » auraient été réalisés, mais ils restent insuffisants. C’est une façon élégante de dire que beaucoup a été annoncé, mais peu ressenti.
À M’Bout comme ailleurs, les habitants voient surtout : – des routes promises, – des écoles symboliques, – des centres de santé sur le papier, – et des discours bien réels. Le développement est peut-être passé, mais il n’a laissé aucune trace. L’inégalité, une révélation tardive Autre découverte présidentielle : certaines catégories de citoyens vivent encore dans la précarité, à l’écart du développement. On se demande : était-ce une simple théorie ou un vrai choc ? Depuis l’indépendance, ces mêmes groupes attendent leur place dans la République, pendant que les élites se partagent budgets et promesses. Accélérer après avoir ralenti Le Chef de l’État appelle maintenant à « accélérer le rythme de l’action publique ». Ce qui suppose qu’il y avait déjà un rythme probablement très lent, plus tourné vers l’observation que vers la solution. Changer la vitesse du discours ne change pas la politique. La responsabilité individuelle comme politique sociale Petit moment philosophique : l’État ne peut pas remplacer l’initiative individuelle. C’est une façon élégante de dire aux citoyens : « Nous avons échoué ensemble, mais débrouillez-vous seuls. »
Quand il manque l’eau, le crédit, la formation ou les infrastructures, l’autonomie devient un slogan, et la responsabilité, un poids de plus. M’Bout, nouvel Eldorado imaginaire Le Président vante les richesses agricoles, pastorales et minières de la moughataa. Des trésors soudainement découverts, comme si personne ne les avait jamais vus avant. Si M’Bout est si riche, pourquoi ses habitants sont-ils si pauvres ? La question est simple, la réponse, absente. L’École républicaine : la République en théorie Le lancement du projet « École républicaine » à M’Bout vient clore le tableau. Encore un grand concept pour masquer une réalité modeste : classes surchargées, enseignants précaires, bâtiments fragiles, avenir incertain. La République est proclamée, mais elle n’est pas encore enseignée. un président face à son bilan Cette visite à M’Bout ressemble moins à un acte de gouvernance qu’à une séance d’auto-diagnostic public.
Le Président admet : – les inégalités, – l’insuffisance des résultats, – l’exclusion qui persiste, – la lenteur de l’action publique. Autrement dit, le problème n’est plus ignoré… il est juste repoussé. M’Bout n’attend pas qu’on découvre sa pauvreté. M’Bout attend qu’on la combatte. Et la Mauritanie n’a pas besoin d’un Président surpris par la réalité, mais d’un État prêt à la changer. Car gouverner, ce n’est pas constater. Gouverner, c’est agir avant que le peuple ne se lasse d’attendre…Wetov
SY Mamadou
(Reçu à Kassataya.com le 11 février 2026)
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