France – Près de 500 nouveaux romans d’ici à la mi-octobre : notre panorama de la rentrée littéraire

Avec 490 nouveaux romans d’ici à la mi-octobre, dont de nombreuses valeurs sûres, le monde de l’édition entend conjurer, cet automne, les multiples crises de ces temps troublés. Panorama de cette actualité, dont il sera rendu compte longuement chaque semaine sur Le Monde.fr.

Le Monde  – La fébrilité soucieuse des éditeurs n’est pas moins rituelle que la rentrée littéraire. Cette année, cependant, leurs inquiétudes consécutives à un premier semestre de ventes rendu calamiteux par l’élection présidentielle (comme lors de chaque course à l’Elysée) mais surtout par la guerre de la Russie contre l’Ukraine (les librairies se sont ­vidées dès l’attaque du 24 février) viennent s’ajouter à l’appréhension du contexte dans lequel quelque 490 ouvrages (source Livres Hebdo) s’apprêtent à paraître d’ici à la mi-octobre.

La situation géopolitique est tout aussi anxiogène qu’au printemps, les effets de l’inflation se font sentir, le prix du papier atteint des sommets… Sans oublier les incertitudes liées aux sorts respectifs des groupes Hachette et Editis, tous deux détenus par Vivendi, qui a annoncé son souhait de céder le second.

Plus encore qu’à l’ordinaire, la rentrée est donc un enjeu économique majeur avec, en ligne de mire, et dans le prolongement des prix littéraires, les cadeaux de fin d’année. Les titres de l’automne génèrent en effet entre 15 % et 20 % des fictions en grand format et peuvent sauver une année – ou aggraver un exercice catastrophique.

Dans ce climat de tension, s’il est une maison d’édition que ses concurrentes regardent avec envie, c’est Grasset, assurée de ­toucher un large public avec Cher connard, de Virginie Despentes. Au nombre des autres auteurs au public fervent présents dans cette rentrée, citons par ordre alphabétique : Emmanuel Carrère, qui a réuni et augmenté dans V13 (P.O.L) ses chroniques pour L’Obs du procès des attentats du 13-Novembre ; Lola Lafon, qui a passé une nuit au Musée Anne Frank pour Quand tu écouteras cette chanson (Stock) ; Alain Mabanckou, dont Le Commerce des Allongés (Seuil) observe la lutte des classes qui se joue jusqu’au cimetière ; Léonora Miano, dont Stardust (Grasset) paraît vingt ans après son écriture ; Catherine Millet, qui donne la suite d’Une enfance de rêve (2014) avec Commencements (Flammarion)…

Parmi les 145 écrivains traduits, on trouvera notamment Russell Banks (Oh, Canada, Actes Sud), ­Julian Barnes (Elizabeth Finch, Mercure de France), Rachel Cusk (La Dépendance, Gallimard), ­Jonathan Franzen (Crossroads, L’Olivier), Sally Rooney (Où es-tu, monde admirable ?, L’Olivier), Colm Toibin (Le Magicien, Grasset), Juan Gabriel Vasquez (Une rétrospective, Seuil)…

Les pessimistes vous diront que ces noms connus laissent peu de chances aux autres livres de se faire une place. Les optimistes (il y en a), que les best-sellers ­annoncés attirent les lecteurs en librairie, aiguisent leur appétit et leur curiosité. Avant que « Le Monde des livres » ne commence à rendre compte, à partir du 25 août, de ce que cet automne ­littéraire a à offrir, voici un panorama de quelques tendances et motifs saillants.

Genre

Roman épistolaire, Cher ­connard observe les tremblements que traverse depuis ­#metoo la masculinité. La question des genres est récurrente dans cette rentrée. Emmanuelle Bayamack-Tam poursuit dans La ­Treizième Heure (P.O.L), où il est question d’une communauté ­féministe, queer et animaliste, la réflexion qui nourrissait Arcadie (prix Inter 2019). Les interro­gations de jeunes hommes gays d’aujourd’hui forment le cœur d’Ils vont tuer vos fils, de Guillaume Perilhou (L’Obser­vatoire) et de L’Inclinaison, de ­Corentin Durand (Gallimard) ; ce sont les douleurs et les tourments traversés autrefois par un homme plus âgé que retrace Moi qui ai souri le premier, de Daniel Arsand (Actes Sud). C’est le désir hétérosexuel féminin qu’explorent L’Inconduite, d’Emma Becker (Albin Michel), Les Chairs impatientes, de Marion Roucheux (Belfond) et Hommes, d’Emmanuelle Richard (L’Olivier).

Famille

Effet de deux années de pan­démie et de repli contraint sur nos cercles les plus immédiats ? La famille, cet éternel thème de la littérature, se fait omniprésente dans les textes de la rentrée, qu’ils soient d’inspiration autobiographique ou non.

Des pères brutaux sont ainsi au cœur des livres de Blandine Rinkel (Vers la violence, Fayard) et ­Sarah Jollien-Fardel (Sa préférée, Sabine Wespieser). Dans un registre plus tendre, citons Quand ­l’arbre tombe, d’Oriane Jeancourt-Galignani (Grasset), ou Un homme sans titre, de Xavier Le Clerc (Gallimard). Les génitrices ont aussi leur part, que ce soit dans Tout garder, de Carole Allamand (Anne Carrière), où l’autrice découvre que sa mère souffrait du syndrome de Diogène ; dans Roulette russe, de Léonore Queffélec (Actes Sud), consacré à la pianiste Brigitte Engerer ; ou dans Vivantes, de Françoise Colley (Mialet-Barrault).

L’écrivaine irlandaise Sally Rooney, dont paraît « Où es-tu, monde admirable ? » (en librairie le 19 août).

Particularité de cette année ? Les liens entre frères et sœurs occupent une place frappante. L’invitée permanente des rentrées littéraires, Amélie Nothomb, un an après le prix Renaudot attribué au livre sur son père, Premier sang, s’attache de manière fictionnelle à cette relation dans le bien nommé Livre des sœurs (Albin Michel), quand Marie Nimier signe Petite sœur (Gallimard). Une fratrie règle ses comptes dans Dessous les roses, d’Olivier Adam (Flammarion). Dans Au départ, nous étions quatre (Anne Carrière), P. E. Cayral examine les conséquences de l’ordre d’arrivée de triplés sur leurs destins respectifs, et dans Moi en plus beau (Actes Sud), Guillaume Le Touze relate les relations entre deux ­frères dont l’un souffre d’un trouble du spectre autistique.

Au registre des sagas familiales, où la réflexion sur la transmission se fait centrale, citons Variations de Paul, de Pierre Ducrozet (Actes Sud), sur quatre générations et leur pratique de la musique, et Willibald, de Gabriella ­Zalapi (Zoé), qui part du portrait d’un aïeul.

Algérie

Depuis une quinzaine d’années, le roman semble s’être donné pour tâche de combler ce que le critique et professeur à l’université Paris Nanterre Dominique Viart a appelé un « déficit de transmission » de l’histoire franco-algérienne. Avec ­Attaquer la terre et le soleil (Le Tripode), Mathieu Belezi revient aux prémices de la colonisation en ­Algérie. Dans Les Méditerranéennes (Stock), Emmanuel Ruben remonte jusqu’en 1837 pour raconter les destins de femmes de sa famille habitant, jusqu’en 1962, à Constantine. Kaouther Adimi s’est aussi inspirée des siens, et plus précisément de ses grands-parents, pour écrire Au vent mauvais (Seuil). Deux autres écrivains algériens évoquent le passé de leur pays : Yasmina Khadra dans Les Vertueux (Mialet-Barrault), situé dans l’entre-deux-guerres, et Abdelkader Djemaï dans Mokhtar et le figuier (Le Pommier) qui plonge, à hauteur d’enfant, dans les années 1950.

Enquête

En 2019, Laurent Demanze, professeur de littérature à l’université Grenoble Alpes, publiait Un nouvel âge de l’enquête (Corti), sur le regain, dans la littérature française contemporaine, de ce mode d’investigation du réel. Et en effet, nombre de textes, en cet automne, ressortent de ce genre. Dans Le cœur ne cède pas (Flammarion), Grégoire Bouillier met drolatiquement en scène sa métamorphose en détective pour tenter d’élucider un fait divers de 1985 ; Monica Sabolo fait preuve d’une semblable autodérision au moment de partir sur les traces du mouvement Action directe dans La Vie clandestine (Gallimard), dont elle noue l’histoire avec celle de sa propre enfance.

L’autrice franco-camerounaise Léonora Miano (ici en 2013) publie « Stardust » (en librairie le 31 août).

Pour Les Presque Sœurs (Seuil), Cloé Korman enquête sur la disparition, sous l’Occupation, de trois petites filles, cousines de son père. Dans Les Enfants endormis (Globe), Anthony Passeron mêle le résultat de ses recherches sur son oncle, héroïnomane mort du sida, au récit des tâtonnements scientifiques des premières années de cette pandémie… Autres enquêtes littéraires menées pour mettre au jour des mensonges familiaux et trouver des pièces manquantes : Mon nom est sans mémoire, de Michela Marzano (Stock), et Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, de Maria Larrea (Grasset).

 

Futur

L’angoisse écologique et poli­tique qu’inspire l’avenir prend forme dans d’inquiétantes dystopies, à l’image de Chien 51, de ­Laurent Gaudé (Actes Sud), Les Reines, d’Emmanuelle Pirotte (Le Cherche Midi), Les Tout-Puissants, de Mirwais Ahmadzai ­ (Séguier), ou Palimpseste, d’Alexis Ragougneau (Viviane Hamy)…

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Raphaëlle Leyris

 

 

 

Source : Le Monde 

 

 

 

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