Info Migrants – Le gouvernement espagnol a adopté mardi un décret royal visant à régulariser 500 000 personnes en situation irrégulière dans le pays. Cette mesure, portée et discutée depuis 2022 à l’initiative d’une pétition, doit permettre de soutenir la croissance économique du pays. Cette régularisation concerne les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 sur le sol espagnol.
À contre-courant de ses homologues européens, le gouvernement de gauche espagnol a approuvé, mardi 27 janvier, un plan de régularisation massif des sans-papiers. La mesure a été adoptée par décret royal, ce qui permet à l’exécutif de se passer d’un vote au Parlement, où il ne dispose pas de majorité.
« Aujourd’hui est un jour historique pour notre pays. Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits humains, sur l’intégration, sur le vivre-ensemble, et compatible avec la croissance économique ainsi qu’avec la cohésion sociale », s’est réjouie la porte-parole du gouvernement et ministre des Migrations Elma Saiz à l’issue du conseil des ministres.
La mesure concernera « environ un demi-million de personnes » qui se trouvent en Espagne et pourront ainsi « travailler dans n’importe quel secteur, partout dans le pays ».
Seront éligibles les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 et présentes depuis au moins cinq mois sur le territoire espagnol et sans casier judiciaire. « À partir du mois d’avril, toutes les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin », a expliqué la ministre. Le titre de séjour sera valable de 1 à 5 ans et renouvelable. Les bénéficiaires pourront obtenir la citoyenneté après 10 ans.
« Il s’agit d’une mesure longuement élaborée, discutée et nécessaire pour répondre à une réalité qui existe dans nos rues », a-t-elle souligné.
La dernière régularisation de ce type a eu lieu en 2005, sous le mandat de José Luis Rodríguez Zapatero. Elle avait permis la délivrance de papiers à près de 600 000 personnes.
L’immigration représente « 80% de la croissance économique de l’Espagne »
Début janvier, le Premier ministre espagnol avait présenté son pays comme un exemple pour l’Europe en matière migratoire. Alors que d’autres pays européens ont fermé leurs frontières aux nouveaux arrivants sous la pression des partis de droite, le gouvernement de Pedro Sánchez a toujours défendu l’ouverture de son pays aux immigrés.
« Nous sommes un pays qui défend fermement un modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain face à ceux qui prônent la fermeture de nos frontières et refusent aux migrants le minimum de dignité qu’ils méritent », avait déclaré Pedro Sánchez lors d’une cérémonie de vœux devant les ambassadeurs espagnols le 8 janvier dernier. Selon le chef de l’État, l’immigration représente « 80 % de la croissance économique de l’Espagne au cours des six dernières années ».
L’annonce de mardi survient d’ailleurs le même jour que la publication des chiffres du chômage pour le 4e trimestre 2025, qui montrent un taux sous les 10% pour la première fois depuis 2008, un succès notamment tiré par le nombre de nouveaux emplois occupés par des étrangers (52 500 contre 23 700).

L’Espagne, quatrième économie de l’Union européenne, a fait mieux que ses pairs depuis 2021, portée par le tourisme, la faiblesse des coûts de l’énergie, la consommation intérieure et l’investissement étranger. Le gouvernement prévoit que la croissance s’établira à 2,9 % pour 2025, soit plus du double de la moyenne attendue dans la zone euro.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a estimé le 14 janvier que la croissance économique rapide de l’Espagne, par rapport à la France, s’expliquait notamment par le « rôle assez important » de « l’immigration ».
Une mesure attendue depuis des années
D’après les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers vivent en Espagne sur une population totale de 49,4 millions de personnes.
La nouvelle mesure annoncée mardi devrait concerner en premier lieu les migrants latino-américains, qui représentent 91% des 840 000 personnes actuellement en situation irrégulière en Espagne, selon les chiffres du think tank Funcas.
Ce vaste plan de régularisation fait suite à une pétition signée par plus de 700 000 personnes et soutenue par quelque 900 associations, qui exigeaient la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne.
Cette proposition de régularisation remonte à plusieurs années : elle avait été lancée en décembre 2022 via une pétition – la Constitution espagnole permet aux citoyens de proposer des mesures législatives aux députés : au moins 500 000 signatures citoyennes sont nécessaires pour qu’une proposition de loi soit proposée à la discussion du Parlement.
Un demi-million de signatures atteint rapidement et qui a donc acté le début du processus parlementaire. Trois mois plus tard, en mai 2023, le projet de loi a ensuite été déposé au Parlement espagnol avant débats. Début avril 2024, les membres du Congrès espagnol – la chambre basse du Parlement – ont commencé à se pencher sur le projet de loi ouvrant la régularisation d’un demi-million d’étrangers en situation irrégulière dans le pays. Mais les discussions se sont ensuite enlisées, amenant le gouvernement a adopté le texte par décret royal.
Sans surprise, la mesure s’est attirée les foudres de l’opposition de droite et d’extrême droite. « Dans l’Espagne socialiste, l’illégalité est récompensée. La politique migratoire de Sánchez est aussi insensée que sa (politique) ferroviaire », a critiqué sur X Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire (PP, droite), principale force d’opposition, affirmant que le plan cherchait à « détourner l’attention » de la tragédie ferroviaire qui a fait 45 morts dans le sud du pays le 18 janvier.
Le chef de file du parti d’extrême droite Vox, troisième force politique du pays, Santiago Abascal, a quant à lui fustigé sur X le « tyran Sánchez ». Il « déteste le peuple espagnol. Il veut le remplacer. C’est pourquoi il entend promouvoir l’effet d’appel d’air par décret, pour accélérer l’invasion ».
L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce. Près de 37 000 migrants irréguliers sont entrés en 2025 en Espagne, un chiffre en baisse de 42,6% par rapport à 2024, selon les données du ministère de l’Intérieur.
Source : Info Migrants (France)
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