En grève de la faim, le militant sahraoui Naâma Asfari, incarcéré depuis 2010 au Maroc, dénonce une détention arbitraire

Cette figure du droit à l’autodétermination du Sahara occidental est le porte-voix d’un groupe de 19 prisonniers arrêtés en novembre 2010. Condamné en 2013, il purge une peine de trente ans de prison.

Le Monde – « Naâma a perdu plus de 9 kilos mais demande toujours un rendez-vous avec le délégué général de l’administration pénitentiaire. Après 34 jours de grève de la faim, il reste déterminé à faire respecter ses droits », confiait, samedi 11 juillet, Claude Mangin, la femme du prisonnier politique sahraoui Naâma Asfari, incarcéré depuis 2010 au Maroc. La Française – qui n’a plus vu son compagnon depuis 2019, car elle est refoulée du territoire marocain où, selon les autorités, elle ferait peser un risque de trouble à l’ordre public – échange trois fois par semaine avec le militant reclus dans l’infirmerie de la prison de Kénitra, à 35 kilomètres au nord de Rabat. Moins de cinq minutes à chaque fois, selon les règles dictées par la direction de la prison.

« Naâma parle de “grève de la dignité”, personne ne peut la lui retirer, assure son épouse. Il a le soutien d’autres Sahraouis détenus dans les prisons marocaines, qui ont mené des grèves de la faim de 48 heures en signe de solidarité avec lui. » Une manifestation des familles de ces prisonniers s’est tenue mercredi à Rabat pour appuyer les demandes de Naâma Asfari. Cette figure du droit à l’autodétermination du Sahara occidental, territoire de près de 270 000 kilomètres carrés disputé entre le royaume chérifien, qui en contrôle 80 %, et les indépendantistes du Front Polisario, est le porte-voix d’un groupe de 19 prisonniers, dit « groupe de Gdeim Izik », en référence à cette localité des environs de Laâyoune, où de nombreux manifestants avaient déployé leurs tentes à l’automne 2010 afin de protester contre les discriminations sociales et économiques dont ils étaient l’objet.

Ce camp en plein désert a compté jusqu’à 20 000 personnes. Son démantèlement par les forces de l’ordre marocaines, le 8 novembre 2010, s’est soldé par des affrontements violents et la mort de 9 membres parmi les forces de l’ordre et un nombre non recensé de victimes sahraouies. Vingt-cinq militants ont été arrêtés et tenus responsables de ces violences, dont Naâma Asfari. Le groupe a été condamné à des peines allant de vingt ans à la prison à perpétuité, lors d’un premier procès devant le tribunal militaire de Rabat en 2013, invalidé quatre ans plus tard par la Cour de cassation marocaine en vertu d’une réforme interdisant la comparution de civils devant une juridiction militaire.

Un deuxième procès, en 2017, confirme les premiers jugements, dont la peine de trente ans de prison infligée à Naâma Asfari. La cour ne prend pas en compte les demandes d’annulation des procès-verbaux des accusés formulées par les avocats de la défense, au motif que ces aveux avaient été obtenus sous la torture. C’est pourtant la conclusion à laquelle était parvenu, en décembre 2016, le Comité contre la torture de l’Organisation des nations unies (ONU), après un long examen du dossier.

Aucun levier

L’instance onusienne invitait notamment le Maroc à indemniser le militant sahraoui, autoriser sa famille à lui rendre visite et ouvrir une enquête internationale sur les violences de 2010. Des demandes restées sans réponse, tout comme les constatations du groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, dans un avis d’octobre 2023. Dans un nouvel avis, daté du 20 mai, le Comité contre la torture des Nations unies a réitéré ses conclusions, estimant que les diverses plaintes examinées dans le dossier de Gdeim Izik mettent en évidence « un schéma constant d’arrestations arbitraires, de placement à l’isolement, d’actes de torture ou de mauvais traitements lors des interrogatoires, puis d’utilisation, dans les procédures judiciaires, d’aveux obtenus sous la contrainte ».

A cela s’ajoutent des irrégularités dans le dossier, relève le député Jean-Paul Lecoq (Seine-Maritime, Parti communiste). « Naâma devait m’accueillir à l’aéroport de Laâyoune le 7 novembre 2010, il n’y était pas car il a été arrêté ce jour-là. Il ne pouvait donc pas être partie prenante des violences qui ont eu lieu lors du démantèlement du camp le lendemain », fait observer l’élu, qui copréside le groupe d’études de l’Assemblée nationale sur le Sahara occidental. Dans une lettre rédigée vendredi, il interpelle le premier ministre français, Sébastien Lecornu, attendu à Rabat pour une visite officielle de deux jours, les 15 et 16 juillet, l’invitant à plaider pour la libération des prisonniers politiques marocains au nom « du respect des droits de l’homme, des libertés fondamentales et du droit international ».

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Source :  Le Monde 

 

 

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