En Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara promet le changement, mais choisit la continuité

Pour son quatrième mandat, le chef de l’Etat ivoirien, 84 ans, avait assuré entamer « une transmission générationnelle ». Mais la seule nouveauté de taille du gouvernement nommé le 23 janvier est la promotion de son frère cadet.

Le Monde – Le 8 décembre 2025, alors qu’il prêtait serment pour son quatrième mandat présidentiel, Alassane Ouattara s’était solennellement engagé, devant un parterre de chefs d’Etat et d’invités de marque, à entamer « une transmission générationnelle ». A 84 ans, après avoir déjà passé quinze années à la tête de l’Etat, le temps était venu de préparer la suite, le temps où il ne serait plus là, confiait-il en privé à ses visiteurs.

Ceux qui espéraient sentir un vent de jeunesse souffler auront été déçus par le premier gouvernement de ce nouveau mandat, annoncé vendredi 23 janvier. Les changements sont quasiment inexistants : même premier ministre, mêmes cadres. Samedi, le chef du gouvernement Robert Beugré Mambé a accueilli des politiques qu’il connaît bien pour le conseil des ministres. 29 des 34 personnalités nommées appartenaient déjà à l’équipe sortante.

Seule innovation : la création d’un poste de vice-premier ministre, inédit dans l’histoire de la Côte d’Ivoire indépendante. Son attribution au frère cadet du président, Téné Birahima Ouattara, qui reste en outre ministre de la défense, signe un verrouillage de l’appareil exécutif autour du clan présidentiel. Cet homme discret est réputé indispensable au président. Ministre des affaires présidentielles pendant huit ans (2012-2021) avant d’accéder à la défense (depuis 2021), il est le plus proche collaborateur d’Alassane Ouattara. On le dit détenteur, avec le chef de l’Etat, de tous les secrets de la République.

« On a tous compris que le message est que Téné Birahima Ouattara ne pouvait plus rester au même niveau que les autres ministres, souffle un proche du gouvernement. Il pourrait être nommé premier ministre lors d’un remaniement, dans un an ou deux. Et beaucoup parient sur le fait qu’il sera le candidat du président pour la présidentielle de 2030 », estime un membre du parti présidentiel qui a requis l’anonymat.

Fidélité

Le périmètre d’action du vice-premier ministre n’a pas été précisé. Le seul précédent remonte à 1959, juste avant l’indépendance. Jean-Baptiste Mockey avait brièvement exercé à la vice-primature du gouvernement de Félix Houphouët-Boigny, cumulant là aussi sa fonction avec un ministère régalien, celui de l’intérieur. Il était tombé en disgrâce quelques semaines plus tard, accusé de complot contre le président, et avait été contraint à la démission.

Les autres nominations s’inscrivent dans la stricte continuité du gouvernement précédent. Ainsi les ministères de la justice, de l’intérieur et de l’économie restent-ils aux mains des mêmes hommes, respectivement Sansan Kambilé, Vagondo Diomandé et Adama Coulibaly. Quelques-uns changent de portefeuille, comme Nialé Kaba qui, forte d’un bilan salué à la tête du ministère de l’économie et de bonnes relations avec les bailleurs internationaux, passe aux affaires étrangères.

« Cette stabilité n’est pas une surprise, souligne Gilles Olakounlé Yabi, fondateur et directeur du groupe de réflexion ouest-africain Wathi. Le RHDP [Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, le parti présidentiel] a beaucoup de personnalités d’un certain âge, qui se voient récompensées par Alassane Ouattara pour leur fidélité et leur engagement dans ses campagnes successives ». Le président, réélu en octobre avec près de 90 % des voix, reste surtout maître de son agenda, rappelle l’analyste. « Il a dit que ce mandat serait celui de la transmission générationnelle, mais il n’a pas dit que ce serait pour tout de suite. D’ailleurs, il avait déjà fait cette promesse au moment de l’élection présidentielle de 2020… » Sans l’honorer, donc. Parmi les rares changements, quatre ministres quittent le gouvernement. La sortie la plus remarquée est celle du tonitruant ministre de l’agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, en pleine crise du cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial.

A la faveur de ce jeu de chaises musicales, cinq nouveaux venus font également leur entrée au gouvernement – un de plus que les sortants, un portefeuille de ministre délégué ayant été créé à l’agriculture. Le directeur général du port d’Abidjan, Hien Yacouba Sié, s’empare ainsi du ministère des Infrastructures, tandis que Djibril Ouattara, le directeur retraité de MTN Côte d’Ivoire, filiale locale du géant sud-africain des télécommunications, obtient le portefeuille du numérique.

Reste encore à connaître le nom du vice-président, dauphin constitutionnel du chef de l’État en cas de décès ou de démission. Mais là encore, le suspense est mince, et Tiémoko Meyliet Koné, 76 ans, devrait se succéder à lui-même. Pour l’heure, Alassane Ouattara ne paraît en tout cas pas disposé à rajeunir l’exécutif, ni la Côte d’Ivoire à rompre avec la gérontocratie.

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

 

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