Le 360.ma – La quasi paralysie du détroit d’Ormuz, provoquée par l’escalade militaire entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ne menace pas uniquement les flux pétroliers mondiaux. Le conflit frappe également un maillon stratégique, celui de l’économie agricole via le commerce international des engrais. Pour l’Afrique, dont une part significative des approvisionnements dépend des producteurs du Golfe, cette rupture logistique intervient à un moment critique des cycles agricoles.
A la lumière de la crise, plusieurs analyses d’organisations internationales, soutiennent que la perturbation simultanée des marchés de l’énergie, du transport maritime et des intrants agricoles pourraient rapidement se traduire par une baisse des rendements et une forte pression sur la sécurité alimentaire du continent africain. Au cœur de la crise se trouve le détroit d’Ormuz, passage maritime étroit reliant le Golfe persique à l’océan Indien et par lequel transitent des flux énergétiques et industriels essentiels pour l’économie mondiale. Une analyse rapide publiée le 10 mars 2026 par l’Organisation des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) souligne l’ampleur de la rupture logistique provoquée par l’escalade militaire régionale. Selon la note intitulée «Perturbations du détroit d’Ormuz – Implications pour le commerce mondial et le développement», le trafic maritime à travers le détroit s’est effondré de 97% en quelques jours. La moyenne quotidienne de navires, qui atteignait 129 transits entre le 1er et le 27 février, est tombée à 4 navires au 7 mars, révélant une interruption quasi totale des flux commerciaux. Si les marchés financiers ont immédiatement réagi à la hausse des prix pétroliers – le Brent ayant franchi le seuil des 100 dollars le baril selon les données de marché citées dans l’analyse de la CNUCED – l’organisation onusienne souligne que les conséquences les plus durables pourraient concerner les engrais agricoles. Près d’un tiers du commerce mondial d’engrais transporté par voie maritime, soit environ 16 millions de tonnes, transitait par le détroit avant la crise. La fermeture de ce corridor stratégique bloque ainsi un volume considérable d’intrants agricoles essentiels pour la production alimentaire mondiale. L’Afrique demeure largement dépendant des importations d’engrais minéraux pour soutenir sa production agricole, alors même que la croissance démographique et l’urbanisation renforcent la pression sur les systèmes alimentaires. Pays africains les plus dépendants des engrais du Golfe persique Source : CNUCED, analyse du commerce maritime des engrais, 2026 Selon Fertilizer development center (IFDC), cinq producteurs du Golfe ont toujours exporté vers le continent plusieurs produits notamment l’urée, les phosphates diammoniques (DAP et MAP) et l’ammoniac. Ces produits constituent le socle de la fertilisation azotée et phosphatée, indispensable au maintien des rendements agricoles modernes. Et face à cette crise, plusieurs groupes industriels du Golfe ont annoncé la suspension de leurs expéditions. L’entreprise QatarEnergy a déclaré un cas de force majeure sur ses contrats gaziers dès le 4 mars, ce qui a entraîné l’arrêt de la production d’urée et d’ammoniac au complexe de Ras Laffan. Les groupes Industries Qatar et SABIC Agri-Nutrients ont également suspendu leurs livraisons. Ainsi l’Afrique apparaît comme l’une des régions les plus exposées à un choc d’approvisionnement. Les pays d’Afrique de l’Est en première ligne L’analyse de la CNUCED met en évidence une forte concentration de la dépendance africaine à l’égard des engrais en provenance du Golfe persique. Parmi les dix pays les plus dépendants des importations d’engrais transitant par cette région, cinq sont africains: le Soudan, dont 54% des importations d’engrais par voie maritime proviennent du Golfe, la Tanzanie, avec 31%, la Somalie, 30%, le Kenya, 26%, et le Mozambique, 22%. Quatre de ces pays figurent dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA) selon la classification des Nations unies. La situation du Soudan illustre l’ampleur du risque. Déjà plongé dans un conflit armé interne depuis avril 2023, le pays traverse ce que les Nations unies qualifient de pire crise humanitaire au monde. La rupture d’approvisionnement en engrais pourrait aggraver une insécurité alimentaire déjà massive. En Afrique de l’Est, le calendrier agricole accentue encore la vulnérabilité. Les semis de la saison des grandes pluies – généralement de mars à juin – nécessitent des intrants déjà disponibles dans les circuits d’approvisionnement. Tout retard dans la livraison des engrais peut entraîner une réduction des surfaces cultivées ou une baisse des rendements.
Pays
Part des importations d’engrais provenant du Golfe
Situation économique et agricole
Soudan
54 %
Conflit interne et forte insécurité alimentaire
Tanzanie
31 %
Agriculture dépendante des intrants importés
Somalie
30 %
Pays classé parmi les PMA
Kenya
26 %
Agriculture commerciale intensive
Mozambique
22 %
Secteur agricole central pour l’économie
Source : Le 360.ma
