– Le Cap-Vert vit-il un « conte de fées » ? La deuxième plus petite nation insulaire de la Coupe du monde (après Curaçao), avec 525 000 habitants, vient de tenir en échec, coup sur coup, l’Espagne championne d’Europe (0-0), puis l’Uruguay (2-2), lundi. Pour sa première participation au Mondial, la sélection cap-verdienne, 63e au classement de la Fédération internationale de football (FIFA), est désormais bien placée pour atteindre les 16es de finale. La presse internationale s’enthousiasme pour sa performance, qualifiée tour à tour de « stupéfiante », de « fable » ou de « miracle ».
Contre l’Uruguay, les Requins bleus ont surtout impressionné par leur capacité à renverser un scénario défavorable. Tout avait pourtant parfaitement commencé : Kevin Pina ouvrait la marque (21e) sur un superbe coup franc tiré de près de 30 mètres. Mais l’Uruguay égalisait (44e), puis prenait l’avantage (2-1) juste avant la pause (45e + 6), en moins de dix minutes. Cependant, les joueurs de Pedro Leitao Brito, dit « Bubista » (ainsi surnommé en référence à son île natale au Cap-Vert, Boa Vista), ne se résignaient pas. « Si le match contre l’Espagne nous a appris quelque chose, c’est qu’il ne faut pas rayer le Cap-Vert ni sous-estimer sa détermination », confirme The Athletic.
Helio Varela égalisait (61e), avant que Jamiro Monteiro passe tout près d’offrir la victoire aux siens. « Les magnifiques débutants, cette fois, en plus de défendre, ont joué au football », écrit Roberto Maida dans la Gazzetta dello Sport. « Tout en protégeant soigneusement sa forteresse, l’équipe entraînée par Bubista a entravé le projet de jeu adverse et a été menaçante à plusieurs reprises en contre-attaque », note le quotidien sportif italien, qui veut bien voir dans les exploits cap-verdiens une « fable ou une surprise », mais certainement pas un « météore ».
Disciplinée et affûtée, la sélection cap-verdienne a de nouveau livré une prestation défensive de haut vol : « Toutes les tentatives [uruguayennes] mouraient devant l’enthousiasme de [Edilson] Borges, [de Roberto] Lopes, [de Sidny] Cabral et, bien sûr, [du gardien] Vozinha », observe le quotidien britannique The Guardian. Mais elle a également su exploiter ses capacités en contre-attaque. « Le Cap-Vert ne possède pas seulement des joueurs capables [de bien jouer], mais aussi des joueurs impavides », remarque The Guardian, louant les bonnes courses des Requins bleus, leur toucher de balle et la vitesse de l’ailier droit Garry Rodrigues, ainsi que les centres de Cabral. Même constat outre-Atlantique pour le quotidien uruguayen La Diaria : « Quand il a vu l’Uruguay désorganisé, le Cap-Vert s’est enhardi. Il a vu les espaces et a joué avec l’anxiété de la Celeste. »
« Résilience »
« Cette minuscule nation, dont la population équivaut à celle de Bristol [Royaume-Uni], a de nouveau embarrassé l’aristocratie de la Coupe du monde. Quel plaisir, quel plaisir glorieux ! », relève avec enthousiasme le quotidien britannique. L’émotion était au rendez-vous dans les tribunes du stade de Miami, où 25 000 supporteurs uruguayens avaient pris place. « Pina a déclenché des scènes de folie au sein du minuscule contingent vêtu de bleu dans les tribunes », rapporte The Guardian, en décrivant des supporteurs cap-verdiens bondissants. « Le but de Varela a plongé une petite nation, ainsi que la mère de Vozinha, dans l’extase », ajoute, de son côté, le quotidien britannique The Telegraph.
Installée dans une loge, Ana Candida Evora a pu assister à la rencontre disputée par son fils, le gardien cap-verdien. Elle avait manqué le premier match de la sélection cap-verdienne, contre l’Espagne, faute d’avoir pu réunir les milliers de dollars exigés en guise de caution par les autorités américaines pour obtenir un visa. Grâce à la mobilisation de Hakeem Jeffries, un élu démocrate, l’administration de Donald Trump a approuvé et accéléré sa procédure pour qu’elle puisse être présente. Ana Candida Evora a pu chanter l’hymne national debout, avant de célébrer le résultat en brandissant le drapeau du Cap-Vert.
« Même si la rencontre s’est achevée sur un [score] nul, elle avait le goût d’une victoire pour les Cap-Verdiens », constate le quotidien américain The Miami Herald. Une performance qui n’a rien d’un « miracle » inexplicable, nuance le quotidien américain, rapportant les mots du sélectionneur cap-verdien. « Nous le devons à notre équipe et aux peuples africains. Nous devons montrer qu’un pays peut être petit, connaître des difficultés financières, mais que, s’il fait preuve de résilience et traverse les épreuves, il peut tenir la dragée haute à de grandes équipes qui jouissent de conditions financières différentes », a déclaré l’entraîneur de 56 ans lors d’une conférence de presse. « Dans le sport, particulièrement dans le football, tout repose sur l’organisation, le courage et la détermination. Une fois sur le terrain, beaucoup de choses s’égalisent, a-t-il poursuivi. Nous sommes ici pour rivaliser [avec les autres] et réaliser un nouveau rêve : nous qualifier pour le deuxième tour. »
Une victoire contre l’Arabie saoudite, dans la nuit de vendredi 26 à samedi 27 juin, porterait le Cap-Vert à 5 points et lui assurerait une place parmi les deux premiers du groupe. Toutefois, un nouveau résultat nul pourrait suffire, si l’Uruguay ne gagnait contre l’Espagne. Une troisième place, en effet, resterait qualificative, puisque les huit meilleurs troisièmes décrocheront leur billet pour les 16es de finale. En tout cas, la sélection de Bubista tient son destin entre ses mains.
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