Comment l’Afrique a conquis sa place à la Coupe du monde

Dans les années 1960, face au mépris de la FIFA, les nations africaines ont organisé un boycott historique qui a changé à jamais le visage du football mondial. Retour sur une lutte pour la dignité et la reconnaissance

SenePlus – Le football n’a jamais été qu’un simple jeu pour l’Afrique. Dans le tourbillon de la décolonisation des années 1950 et 1960, le ballon rond est devenu un puissant vecteur d’affirmation identitaire pour des nations fraîchement indépendantes. Mais cette reconnaissance sur le terrain ne s’est pas faite sans combat. Il aura fallu un bras de fer acharné avec la FIFA pour que le continent arrache sa place légitime dans la plus grande compétition du football mondial.

 

L’histoire commence en 1954, lors du Congrès de la FIFA à Berne. L’instance dirigeante du football mondial reconnaît enfin l’Afrique comme confédération, mais lui accorde une place qualificative unique… partagée avec l’Asie pour la Coupe du monde 1958, rapporte The Athletic dans une enquête vidéo publiée sur YouTube. L’Égypte et le Soudan tentent leur chance, mais c’est finalement le Pays de Galles qui décroche le sésame dans des circonstances ubuesques : aucune équipe africaine ou asiatique n’ayant accepté d’affronter Israël, les règles de la FIFA imposant au moins un match qualificatif, les Gallois sont tirés au sort parmi les équipes européennes éliminées pour disputer un barrage.

En 1962, le nombre d’équipes africaines engagées double. Le Maroc bat le Ghana, la Tunisie et le Nigeria, mais s’incline finalement face à l’Espagne en barrage. « Il y avait une reconnaissance du besoin de football compétitif régulier, et que la Coupe du monde n’était pas susceptible de le fournir, ou du moins pas pour plus d’une équipe africaine à chaque cycle », souligne le documentaire.

Face à cette situation, les dirigeants africains décident de prendre leur destin en main. En février 1957, au Grand Hôtel de Khartoum, capitale du Soudan, la Confédération africaine de football (CAF) est officiellement créée. L’Égyptien Abdel Aziz Abdul Salam, ancien ingénieur, en devient le premier président. Les quatre membres fondateurs – Égypte, Éthiopie, Afrique du Sud et Soudan – s’entendent pour organiser la première Coupe d’Afrique des nations le mois suivant. L’Afrique du Sud de l’apartheid, qui refuse d’envoyer une équipe mixte, est rapidement expulsée.

Le boycott qui changea tout

L’Égypte remporte ce premier tournoi en battant l’Éthiopie 4-0 en finale, tous les buts étant inscrits par Ad’Adi. Mais au-delà de la compétition sportive, le football devient un outil politique puissant. En 1958, plusieurs joueurs algériens attendus pour représenter la France à la Coupe du monde se retirent pour rejoindre une tournée organisée par le Front de libération nationale, destinée à lever des fonds pour la cause de l’indépendance. Au Ghana, le président Kwame Nkrumah investit massivement dans le football pour « la construction nationale et la promotion du panafricanisme », permettant aux Black Stars de remporter la CAN en 1963 et 1965.

Le point de rupture intervient en 1964, lors du Congrès de la FIFA à Tokyo. Alors que la Coupe d’Afrique des nations s’est élargie à six équipes, l’Afrique ne se voit toujours attribuer qu’une seule place pour la Coupe du monde 1966, encore partagée avec l’Asie. Le secrétaire général de la CAF, Mourad Fahmy, dénonce une situation qui « paralyse le football sur le continent ».

Lorsque la FIFA refuse de garantir une place à l’Afrique, deux hommes orchestrent la résistance : Yidnekatchew Tessema, grand administrateur éthiopien qui, adolescent, s’était caché dans la maison d’un voisin grec à Addis-Abeba pour échapper aux troupes italiennes, et Ohene Djan, responsable du sport ghanéen nommé par Nkrumah. Les quinze équipes africaines se retirent des éliminatoires. La Syrie, placée dans la section européenne, fait de même par solidarité.

Le message est clair et la FIFA doit céder. En 1970, pour la première fois, une place est garantie à l’Afrique. Onze équipes s’engagent dans les éliminatoires, remportés par le Maroc. Les Lions de l’Atlas deviennent ainsi la première sélection africaine à participer à une Coupe du monde depuis l’Égypte en 1934. Au Mexique, le Maroc mène contre l’Allemagne de l’Ouest et arrache un match nul contre la Bulgarie. Malgré une élimination au premier tour, la performance est jugée honorable. « Le football africain était devenu partie intégrante du jeu mondial », conclut The Athletic.

 

 

Source : SenePlus (Sénégal) – Le 04 avril 2026

 

 

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