– La Coupe d’Afrique des nations (CAN) fait son retour au Maroc. Un peu plus de six mois après la 35e édition masculine de la compétition continentale de football, le royaume en accueille la version féminine, du dimanche 26 juillet au 16 août. L’Algérie et le Sénégal donneront le coup d’envoi du tournoi, à 18 heures locales (19 heures, sur le fuseau de Paris) au stade olympique de Rabat, avant l’entrée en lice des Lionnes de l’Atlas, opposées au Kenya, à 21 heures, au stade Moulay-El-Hassan, toujours dans la capitale.
Pour la première fois, la CAN réunit 16 sélections, contre 12 précédemment. Celles-ci sont réparties en quatre groupes de quatre, dont les deux équipes seront qualifiées pour la phase à élimination directe. Les demi-finalistes valideront leur billet pour la Coupe du monde au Brésil, du 24 juin au 25 juillet 2027 ; les quatre formations éliminées en quarts de finale joueront, quant à elles, leur place pour le rendez-vous planétaire en barrages intercontinentaux – avec deux sésames à la clé.
Autre motivation supplémentaire : l’enveloppe allouée à la nation victorieuse a été doublée par rapport à 2024. Le président de la Confédération africaine de football (CAF), le Sud-Africain Patrice Motsepe, a annoncé en conférence de presse, le 22 juillet, que la prime versée à la sélection titrée atteindra 2 millions de dollars américains (près de 1 755 000 euros). Elle n’était encore que de 200 000 dollars américains lors de l’édition 2018.
« C’est bien (…), mais il y a encore un écart trop important avec les masculins », déplore Dounia Mesli, journaliste pour le site spécialisé Africa Top Sports. Lors de la CAN 2025, qui s’est achevée le 18 janvier, l’instance avait prévu 10 millions de dollars au champion. Et cette dernière de poursuivre : « L’enjeu de la qualification pour le Mondial motivera les grandes nations, mais pas les autres, pour lesquelles ce n’est pas l’objectif premier. L’élargissement du nombre de participants devrait attirer plus de monde, même si je doute que les supporteurs feront le déplacement. Le vrai problème, c’est le retard à rattraper vis-à-vis des hommes. La CAF paraît réticente à investir dans le football au féminin, qu’elle juge potentiellement déficitaire. »
Report pour « circonstances imprévues »
Sur le papier, tout semble pensé pour renforcer la compétitivité et le développement du football au féminin sur le continent. Dans les faits, le contraste est frappant. Initialement prévue du 17 mars au 3 avril, la CAN a été reportée douze jours seulement avant son coup d’envoi. En cause : « des circonstances imprévues », dont on ne se sait guère plus.
Certaines sélections, comme le Ghana, le Nigeria ou le Cameroun, disputaient déjà des matchs amicaux pour s’y préparer. « Nos joueuses étaient en stage à Yaoundé (…) Nous avons même invité le Nigeria à venir jouer et nous avons pris en charge le transport aérien et l’hébergement sur place. Tout cela a un coût élevé », expliquait au Monde, au mois de mars, Isaac Mandong, le secrétaire général de la Fédération camerounaise de football.
D’autant qu’une situation similaire s’était produite en 2024 : le tournoi, qui devait se tenir en janvier, avait d’abord été reporté à la fin de juin, car il empiétait sur l’édition masculine, puis il avait été déplacé une nouvelle fois, d’un an cette fois, à cause des Jeux olympiques (JO) de Paris 2024… une annonce tombée quelques jours avant le début de la compétition et ce, bien que les dates des JO étaient connues depuis longtemps.
Le report de l’édition 2026 a surtout créé des incertitudes sur le lieu de la compétition. L’Afrique du Sud s’est, un temps, proposée pour prendre le relais du Maroc – déjà pays hôte en 2022 et en 2024 –, avant de se rétracter. Initialement prévu dans trois villes du royaume, le tournoi ne se jouera qu’à Rabat et à Casablanca, Fès ayant été retirée du programme.
Cette CAN féminine démarre aussi six jours après la fin de la Coupe du monde masculine en Amérique du Nord, qui a capté l’attention, et en plein été, alors que la CAN masculine s’était jouée en hiver pour éviter les fortes chaleurs. Quant à la billetterie, elle n’a ouvert que le 22 juillet. Autant de signes qui laissent planer le doute sur les ambitions affichées, alors que Patrice Motsepe affirmait, en avril 2025, que cette CAN serait « un grand succès ».
Tout n’est pas à jeter
« Le déclic n’est pas encore arrivé, il n’y a aucun changement visible dans la plupart des sélections, fait valoir Dounia Mesli. Le football au féminin n’est pas la priorité sur le continent. Seul le Maroc y met les moyens. » La fédération du royaume a en effet sensiblement augmenté son budget et œuvré à la professionnalisation de ses championnats autant qu’à la formation de nouvelles pratiquantes.
Tout n’est pourtant pas à jeter : la CAF a mis en place en 2022 un cursus d’entraîneur réservé aux femmes, le nombre de joueuses licenciées recensé par l’instance a doublé entre 2015 et 2024, et, depuis 2020, il existe une Ligue des champions féminine africaine. En mars 2025, le visage de la Zambienne Barbra Banda, l’une des stars du continent, a même été affiché sur les écrans géants de Times Square, à New York, dans le cadre d’une campagne pour la National Women’s Soccer League, le championnat des Etats-Unis, où elle évolue – au Pride d’Orlando, en Floride.
Lors de la Coupe du monde 2023, le Maroc, l’Afrique du Sud et le Nigeria, vainqueur de dix des treize éditions de la Coupe d’Afrique des nations, avaient atteint les huitièmes de finale, une première. Quant à l’édition 2024 de la CAN, elle a rapporté 4,162 millions de dollars de bénéfices. De quoi penser qu’un changement est tout de même à l’œuvre ? « S’il y a un nouveau champion, ça prouvera qu’il y a une évolution, juge Dounia Mesli. Si c’est le Nigeria ou l’Afrique du Sud, qui l’ont déjà remportée, voire le Maroc, qui est la sélection la plus en avance à ce sujet, ce ne sera pas le cas. » Réponse dans vingt-deux jours.
