Ce qui va vraiment changer dans la vie économique… et immobilière
Depuis quelques mois, une annonce revient avec insistance, la Mauritanie s’apprête à se doter d’une Bourse de Nouakchott, accompagnée d’une Autorité de régulation des marchés financiers (ARMF). Pour beaucoup, ces termes restent flous, techniques, presque lointains.
Pourtant, derrière ces mots, c’est une transformation profonde de l’économie qui se prépare, avec des effets possibles sur les entreprises, les banques, l’épargne… et même l’immobilier et le prix des terrains, notamment Nouakchott et Nouadhibou.
D’abord, où en est-on réellement ?
La Bourse de Nouakchott n’est pas encore opérationnelle. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de construction institutionnelle.
Ce qui est déjà fait
Les autorités ont engagé une réforme du secteur financier. Une Autorité de régulation des marchés financiers (ARMF) a été créée pour encadrer et surveiller les futurs marchés. Des partenariats techniques internationaux ont été signés (notamment avec la Bourse de Casablanca) pour former les équipes, bâtir les règles et éviter les erreurs de débutant. Le secteur des assurances est en cours de restructuration, car il joue un rôle clé dans l’épargne longue.
Ce qui n’est pas encore fait
Il n’y a pas encore de premières entreprises cotées. Le grand public ne peut pas encore acheter ou vendre des actions. Les règles détaillées (règlement général, intermédiaires agréés, calendrier officiel) ne sont pas encore établis. La Bourse est en préparation, pas encore en fonctionnement.
À quoi sert une Bourse, concrètement ?
Une Bourse, ce n’est pas un casino. C’est avant tout un lieu organisé où l’argent rencontre les projets. Aujourd’hui, en Mauritanie , les entreprises se financent surtout par les banques. Les ménages investissent surtout dans, l’immobilier les terrains, le commerce informel, ou gardent leur argent dormant. Avec une Bourse fonctionnelle, les entreprises pourront lever de l’argent en vendant des actions (elles ouvrent leur capital), ou des obligations (elles empruntent sur le marché).
Les investisseurs (particuliers, assurances, banques, diaspora) pourront placer leur argent dans des projets productifs, encadrés par des règles. C’est une nouvelle route pour l’épargne, différente du terrain et de la pierre.
Pourquoi l’Autorité de régulation est essentielle.
Sans régulateur crédible, une Bourse est dangereuse.
C’est là qu’intervient l’ARMF. Son rôle est de surveiller le marché, agréer les intermédiaires (courtiers, sociétés de gestion), exiger des comptes clairs et audités, protéger les épargnants contre les arnaques, la manipulation et le délit d’initié. Autrement dit : elle est le gendarme du marché. Sans elle, la confiance s’effondre. Avec elle, l’argent ose circuler.
Ce que cela va changer, secteur par secteur
Pour les entreprises
Elles auront moins de dépendance au crédit bancaire, plus de possibilités pour financer des projets industriels, miniers, énergétiques ou de services, mais aussi plus d’obligations de transparence. La Bourse favorise les entreprises sérieuses et structurées.
Pour les banques
Les banques ne disparaîtront pas. Elles deviendront, conseillers, arrangeurs d’émissions, intermédiaires financiers.
Elles passeront d’un rôle de prêteur dominant à un rôle d’architecte financier.
Pour l’État
L’État pourra, mieux structurer sa dette, attirer l’épargne longue, améliorer la lisibilité financière du pays. Une Bourse crédible est aussi un signal fort pour les investisseurs étrangers. Le point crucial : immobilier, terrains et flambée des prix.
Pourquoi l’immobilier explose aujourd’hui
En Mauritanie, l’immobilier est devenu, un refuge de l’épargne, un outil de spéculation, parfois un moyen de sécuriser l’argent faute d’alternatives fiables. Résultat , flambée des prix des terrains, spéculation, conflits fonciers, accès au logement de plus en plus difficile.
Nouadhibou : un cas particulier
À Nouadhibou, le phénomène est encore plus visible : rareté du foncier stratégique, concentration des achats, spéculation liée au port, à la pêche et aux projets futurs, quasi-monopole de certains acteurs, tirant les prix vers des niveaux exorbitants.
En quoi la Bourse peut influencer l’immobilier (indirectement)
Attention : la Bourse ne fera pas baisser les prix par magie. Mais elle peut changer les comportements. Si les investisseurs disposent de placements financiers crédibles, encadrés, liquides (on peut acheter et vendre), alors une partie de l’argent aujourd’hui bloqué dans les terrains, la spéculation foncière, peut se diriger vers des obligations, des actions, des projets productifs. Moins de pression spéculative sur le foncier = possibilité de stabilisation à moyen terme.
Ce qu’il faudra surveiller pour savoir si ça marche vraiment
Les citoyens doivent rester vigilants. Une Bourse peut être un outil de transformation… ou une vitrine. Les vrais indicateurs de succès seront, les premières émissions réelles (obligations ou actions), la crédibilité et l’indépendance de l’ARMF, l’arrivée d’investisseurs institutionnels (assurances, fonds), la transparence des entreprises cotées , l’éducation financière du public, l’ouverture à la diaspora, l’impact indirect sur l’immobilier et l’épargne.
La création de la Bourse de Nouakchott et de son régulateur n’est pas un simple événement financier. C’est une tentative de réorienter l’argent , de la spéculation vers la production, de l’opacité vers la transparence, du terrain vers l’entreprise. Si elle est bien faite, elle peut moderniser l’économie, offrir des alternatives à l’immobilier spéculatif, et réduire, à terme, certaines distorsions comme celles observées à Nouadhibou. Si elle est mal faite, elle restera une coquille vide. La Bourse ne changera pas tout seule la Mauritanie. Mais sans elle, certains problèmes continueront à s’aggraver.
Souleymane Hountou Djigo
Journaliste, blogueur
