Le Quotidien de Nouakchott – Dans le cadre d’une tournée politique européenne, le député mauritanien et président de l’Initiative pour la Résurgence Abolutionniste (IRA), Biram Dah Abeid, a mené une série de rencontres à Bruxelles avec des responsables diplomatiques, des représentants d’organisations internationales de défense des droits humains et des membres de la diaspora mauritanienne.
Cette visite intervient alors que plusieurs militants de son mouvement, dont les députées Mariem Mint Cheikh et Ghamou Achour, sont actuellement détenus. Biram Dah Abeid a profité de ce déplacement pour porter la voix de l’opposition mauritanienne sur la scène internationale, dénonçant ce qu’il qualifie de « réduction de l’espace civique » et de « répression » à l’encontre des militants de son parti.
Un bras de fer sur les chiffres de l’état civil
Au cœur des échanges, la question de l’état civil a suscité un vif désaccord. Alors que les autorités mauritaniennes mettent en avant des progrès significatifs – le ministre de l’Intérieur évoquant l’enrôlement de 1,7 million de personnes depuis 2019, pour un total de 5,1 millions d’inscrits, soit un taux de couverture estimé à 95 % –, le président de l’IRA conteste fermement ces données.
Depuis Bruxelles, il accuse les autorités de « manipulation des chiffres » et affirme que de nombreux citoyens, notamment issus des communautés négro-africaines et haratines, restent exclus des procédures d’enrôlement. Il dénonce des obstacles administratifs persistants : exigences de preuves généalogiques difficiles à fournir, rejets de dossiers et lenteurs dans le traitement des demandes. Selon lui, ces difficultés ont des conséquences directes sur l’accès aux droits fondamentaux, notamment l’éducation, la santé et la participation politique.
Libertés publiques et détentions
La question des libertés publiques et des arrestations de militants a également occupé une place centrale dans les discussions. Tandis que le gouvernement affirme agir dans le strict cadre de la loi, l’IRA évoque une réduction de l’espace civique et maintient ses accusations de répression. Biram Dah Abeid a notamment déclaré que les militants détenus ne céderaient pas à des compromis en échange de leur libération, réaffirmant ainsi la détermination de son mouvement.
Des problématiques sociales élargies
Au-delà des enjeux politiques, le leader de l’IRA a élargi son intervention à des problématiques sociales plus larges : chômage des jeunes, difficultés d’accès à l’eau potable, système éducatif en crise, tensions foncières dans la vallée du fleuve Sénégal liées à des attributions de terres contestées, et situation des orpailleurs artisanaux dans le nord du pays, qu’il estime confrontés à des mesures de répression.
Des inquiétudes exprimées par la société civile
Dans ses échanges avec les acteurs de la société civile présents à Bruxelles, plusieurs organisations ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’évolution des libertés publiques en Mauritanie et ont appelé au renforcement des garanties pour les défenseurs des droits humains. Alors que les autorités défendent leur bilan en matière de modernisation de l’état civil et considèrent les procédures judiciaires en cours comme relevant du droit commun, Biram Dah Abeid rejette cette lecture et affirme que la réalité du terrain contredit les chiffres officiels.
Cette tournée bruxelloise aura ainsi permis au président de l’IRA de porter son analyse devant des interlocuteurs européens, tout en réaffirmant l’engagement de son mouvement pour la défense des droits des communautés marginalisées en Mauritanie.
Source : Le Quotidien de Nouakchott
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