– La brume commence à se dissiper autour de l’attaque aérienne menée par les Etats-Unis sur le sol du Venezuela. Selon les éléments obtenus par le New York Times et la chaîne CNN, la CIA a procédé au mois de décembre à une frappe de drone visant une installation sur un port de la côte des Caraïbes. Le missile aurait ciblé un entrepôt utilisé par le gang Tren de Aragua pour stocker de la drogue et la charger sur des navires à destination des Etats-Unis, d’après les informations des services américains. Personne n’aurait été tué dans l’explosion, dont les dégâts seraient purement matériels.
Ces détails révélés par les médias viennent éclairer quelque peu deux déclarations sibyllines de Donald Trump. Au détour d’une interview, vendredi 26 décembre, il avait glissé que les Etats-Unis avaient frappé « une grosse installation d’où proviennent des navires », au Venezuela. Interrogé à nouveau lundi par la presse, en marge de sa rencontre avec Benyamin Nétanyahou, dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, il a précisé que « la grosse explosion » avait eu lieu « dans une zone de docks, où ils chargent les bateaux avec de la drogue ». « Nous frappons tous les bateaux et, maintenant, nous frappons la zone », a-t-il ajouté, sans donner plus d’éléments sur les services à l’origine de la frappe ni sur les conséquences du tir.
Selon le président colombien, Gustavo Petro, la cible était en fait une fabrique de cocaïne située dans le port de Maracaibo, dans l’ouest du Venezuela, une installation aux mains de l’Armée de libération nationale. Cette guérilla colombienne contrôle en partie la région productrice de cocaïne du Catatumbo, frontalière du Venezuela et proche de Maracaibo.
Quelle qu’ait été la cible, il s’agit de la première attaque confirmée sur le sol du Venezuela depuis le début de la campagne de l’administration américaine contre le régime de Nicolas Maduro. Bien que ce ne soit pas une surprise – Donald Trump a prévenu à plusieurs reprises que des opérations terrestres étaient envisagées –, l’escalade n’en est pas moins sérieuse, alors que les attaques avaient jusqu’à présent visé des navires croisant dans les eaux internationales.
Arguant d’une lutte contre les trafics de drogue des gangs vénézuéliens, dont les produits déferlent sur les Etats-Unis, la Maison Blanche a ordonné en août le déploiement de troupes de l’armée en mer des Caraïbes et exerce une pression de plus en plus forte sur le pouvoir vénézuélien, en exigeant le départ du président.
Une campagne militaire d’ampleur
Une trentaine de navires ont été visés par des frappes aériennes durant l’automne, causant la mort d’une centaine de personnes. « Le Venezuela est complètement encerclé par la plus grande armada jamais rassemblée dans l’histoire de l’Amérique du Sud. Cette force ne fera que s’accroître, et le choc qu’ils subiront sera d’une ampleur sans précédent », a posté Donald Trump sur son réseau, Truth Social, à la mi-décembre, désignant le régime de Nicolas Maduro comme une organisation terroriste internationale.
Ces derniers jours, Washington a également décrété un blocus sur les exportations de pétrole, et plusieurs navires-citernes ont été saisis. Parmi les objectifs officieux de ce qui est peu à peu devenu une campagne militaire d’ampleur, figure l’accès pour les entreprises américaines à l’immense manne pétrolière du pays, qui domine le classement mondial des réserves, devant l’Arabie saoudite.
Le pouvoir vénézuélien n’a pas réagi à ce stade, ne confirmant pas la frappe et les dégâts matériels. Dans une adresse télévisée, lundi, le ministre de l’intérieur, Diosdado Cabello, numéro deux du gouvernement, a évité le sujet, mais a dénoncé la « folie impériale » des Etats-Unis, conduisant à « du harcèlement, des menaces, des attaques, de la persécution, du vol, de la piraterie et des meurtres ».
