Au Soudan du Sud, un homme mort depuis cinq ans nommé par le président pour organiser les élections

Au Soudan du Sud, le gouvernement a nommé par erreur au comité chargé de préparer l’élection présidentielle un homme mort depuis cinq ans. L’« incident », rapidement relayé, révèle les lacunes administratives d’un Etat en proie aux violences et à l’effritement de l’accord de paix.

Le Monde – Sur le papier, Steward Sorobo Budia avait tout à fait sa place au sein d’un comité chargé de préparer l’élection présidentielle au Soudan du Sud. Membre d’un petit parti d’opposition, il a fait partie des signataires de l’accord de paix de 2018, qui a mis fin à la guerre civile dans le pays. Il n’ignore rien des difficultés que pose l’organisation d’un scrutin dans un Etat qui n’en a jamais connu depuis son indépendance en 2011. Sa nomination, le 30 janvier, n’aurait dû surprendre personne. Seulement, Steward Sorobo Budia est mort depuis cinq ans.

La bourde n’a pas échappé aux médias et aux internautes sud-soudanais, qui se sont empressés de la relayer. Peu après la publication du décret officiel annonçant la nomination de feu M. Budia au comité de pilotage du « dialogue sur les questions électorales », la polémique s’est propagée sur les réseaux sociaux.

Dénonçant « une grave violation culturelle et spirituelle », la famille du défunt a réclamé aux autorités des « réparations ». « Cet homme vivait près du domicile du président, et le gouvernement a même participé aux frais de ses funérailles. Comment pouvait-il ignorer son décès ? », s’est ainsi indigné James Boboya, le fils, au micro du média local Eye Radio.

Les commentateurs n’ont pas manqué de pointer l’ironie de la nomination d’un « fantôme » au sein d’un organe de consultations préélectorales au moment même où l’accord de paix qui encadre le scrutin est en train de voler en éclats. Les combats opposant les signataires du texte ont en effet repris depuis un an, et s’intensifient dans l’Etat du Jonglei, dans l’est du pays, où plus de 235 000 personnes ont fui les affrontements depuis décembre.

Une « regrettable négligence administrative »

Pour le chef de l’Etat, Salva Kiir, la formation du comité censé plancher sur l’organisation de la présidentielle devait témoigner de l’attachement du gouvernement à cet accord de paix. Et donner des gages aux chancelleries occidentales et à l’Union africaine qui appellent à la libération de Riek Machar, l’ancien vice-président et principal opposant au président.

Mais c’est peu dire que la présence d’un mort dans la liste des membres dudit comité entache sa crédibilité. Dans un communiqué publié le 2 février, le cabinet de Salva Kiir a reconnu une « regrettable négligence administrative », affirmant que le nom de Steward Sorobo Budia avait été soumis par « différents responsables » lors de « consultations larges » visant à assurer « un processus de sélection représentatif » en vue de la formation du comité. La présidence est allée jusqu’à présenter ses condoléances à la famille du défunt, admettant avoir ignoré son décès depuis cinq ans.

Des excuses qui n’ont pas suffi à éteindre la controverse. L’auteur du communiqué rectificatif, l’attaché de presse du président, David Amour Majur, a été démis de ses fonctions au lendemain de sa publication, tout comme un autre officiel du ministère des affaires présidentielles. « Nous voulons savoir qui se trouve derrière ça », réclame aujourd’hui James Boboya. De son vivant, a-t-il confié, son père se plaignait de n’avoir jamais été nommé dans les instances de la transition sud-soudanaise.

 

 

 
Source : Le Monde  – (Le 06 février 2026)

 

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