– Un peu plus d’un mois après avoir rompu avec son alter ego en politique Ousmane Sonko, en le renvoyant de son poste de premier ministre, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye tente de consolider son pouvoir. Vendredi 3 juillet, devant quelque 300 maires, le chef de l’Etat a annoncé la création prochaine de son propre parti politique. Une déclaration qui signe à la fois son émancipation face à son ancien camarade et son ambition en vue des prochaines échéances électorales.
Car avec le départ d’Ousmane Sonko de l’exécutif, Bassirou Diomaye Faye se prive de la formation politique qui lui a permis d’accéder au pouvoir et d’une légitimité populaire. L’ancien premier ministre a toujours été l’incarnation et la voix des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), depuis la création du parti en 2014. Ce n’est que l’empêchement du natif de Ziguinchor à se présenter à la présidentielle de 2024 – à cause d’une condamnation judiciaire – qui a conduit Bassirou Diomaye Faye au pouvoir.
Privé de base, le chef de l’Etat sénégalais doit aussi présider avec une Assemblée nationale désormais dirigée par Ousmane Sonko. S’il veut poursuivre sans trop d’encombres son quinquennat durant les trois prochaines années, Bassirou Diomaye Faye doit se construire une légitimité et une assise politique. La « coalition Diomaye », qui rassemblait une constellation hétéroclite d’une vingtaine de petits partis et de personnalités qui avaient concouru à sa victoire, va donc se muer en un vrai appareil politique « autour d’objectifs communs de long terme, avec un souci d’unité et d’efficacité », explique un conseiller du président, sous le couvert de l’anonymat.
« Un ton apaisé »
Le camp présidentiel se prépare à plusieurs échéances. En janvier 2027, des élections locales sont programmées mais, dès décembre, des législatives pourraient se tenir si le chef de l’Etat décide de dissoudre l’Assemblée nationale – un hémicycle dans lequel le Pastef est hégémonique (130 sièges sur 165). Enfin, le ministre de la justice, Moussa Sarr, a annoncé, le 29 juin, vouloir un référendum autour d’une révision constitutionnelle censée renforcer les pouvoirs de l’Assemblée et du premier ministre, et restreindre de fait les pouvoirs du président, mais sans donner de date. « Vous n’allez pas au-delà d’échéances de ce type sans un parti », explique Ibrahima Mbodj, politiste et chargé des programmes du groupe de réflexion Afrikajom Center.
Dans le camp de Bassirou Diomaye Faye, on peaufine les éléments de langage et la ligne politique. « Nous voulons maintenir l’élan réformateur et patriotique qui a mené le président au pouvoir. Mais aussi privilégier l’esprit de consensus, la stabilité et un ton apaisé », continue son conseiller. Une pique à l’égard du Pastef, au discours volontiers virulent. Le parti d’Ousmane Sonko accuse déjà le camp présidentiel de perpétuer les vieilles pratiques politiques de transhumance, de notabilisation et de clientélisme, en voulant notamment recruter chez les proches de l’ancien président Macky Sall (2012-2024). C’est déjà le cas pour Aminata Touré, ancienne première ministre (2013-2014) qui a été chargée de bâtir son appareil politique.
Dans le même temps, le président a écarté les « sonkistes » encombrants. Il a ainsi limogé, début juillet, plusieurs personnalités de leurs postes institutionnels, à l’instar de l’ex-directeur de la Société des mines du Sénégal, Ngagne Demba Touré, virulent « patriote ». « Le Pastef avait écrasé toute concurrence. Désormais, il y aura deux propositions proches en théorie, mais différentes dans l’approche ; celle radicale d’Ousmane Sonko et celle plus assagie de Bassirou Diomaye Faye », explique Ibrahima Mbodj.
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