Deutsche Welle – Au Mali, la tradition resplendit à travers l’argent et les flammes. Avec feu et talent, les artisans transforment l’âme du désert en accessoires glamour à partir de cuir, de métal et de souvenirs.
Au cœur du désert, les « hommes bleus » du Sahara continuent de lutter avec le feu et le métal. Et ils ne sont pas seuls. Dans les ateliers de Bamako, la tradition tamasheq se réinvente grâce à des mains expertes et une vision collective.
« Nous essayons de transmettre un message de paix, un message de solidarité, un message de vivre-ensemble et de dialogue », explique Mohammed Abdrahamane, artisan et directeur général de l’Association Timidwa. Ce collectif, le plus grand du Mali, rassemble plus de 150 artisans pour préserver et faire rayonner un savoir-faire ancestral.
Un savoir-faire ancestral au service de la paix
Fondée en 1997 par le père de Mohammed, Timidwa – qui signifie » Amitié » en tamasheq – est née à Tombouctou avant de s’étendre à tout le pays. Dans son atelier de Bamako, l’argent fond sous la chaleur, le cuir se teinte avec des pigments naturels et le bois se sculpte en motifs symboliques. Chaque geste raconte une histoire, chaque création porte la mémoire des Touaregs, maîtres artisans depuis des générations.
« L’importance de cette association est qu’elle raconte l’histoire de la communauté malienne. Ces artisans rassemblent toutes les communautés autour de l’atelier pour parler, discuter et dialoguer. Et c’est surtout un vecteur de paix pour nous « , insiste Mohammed.
Timidwa n’est pas seulement un espace de création : c’est un lieu de transmission. Les techniques se partagent entre générations, comme le témoigne Ahmar Hamid : « Je suis venu à Timidwa parce que je voulais apprendre à fabriquer des bracelets. Grâce à Timidwa, j’ai beaucoup appris aujourd’hui. »
Timidwa, entre tradition et modernité
Au-delà de l’art, le collectif innove. Les savoir-faire anciens s’adaptent aux marchés modernes, offrant aux artisans une autonomie économique et une alternative face aux menaces du terrorisme ou à l’exil. « Les artisans fabriquent leurs bijoux et nous les exposons à l’international. C’est ce que nous apportons aux artisans qui font partie de Timidwa », explique Mohammed.
Dans un contexte marqué par l’instabilité et les défis climatiques, Timidwa devient un rempart social. Les revenus issus des ventes permettent de scolariser les enfants, de soutenir les familles et de renforcer les racines communautaires. « Grâce à ces produits vendus, nous envoyons nos enfants à l’école, nous soutenons nos familles, nous prenons soin de la santé et nous créons des racines dans les villages « , ajoute Ahmar.
Aujourd’hui, Timidwa rayonne bien au-delà du Mali. Ses créations voyagent en Europe et en Asie, portées par une diplomatie artisanale qui parle le langage universel de la beauté et de la paix. Dans un monde pressé vers la modernité, les marteaux et les flammes de Timidwa rappellent que l’artisanat a encore sa place – des déserts de Tombouctou aux rues de Bamako et au-delà. Et tout commence par le feu, le métal… et l’amitié.
George Mutero
Source : Deutsche Welle (Allemagne) – Le 09 janvier 2026
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