Le Monde – C’est une victoire symbolique importante pour la junte du général Assimi Goïta. Un peu plus de cinq mois après en avoir été chassés, le 25 avril, lors de l’offensive conjointe menée par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) – la franchise sahélienne d’Al-Qaida –, l’armée malienne et ses supplétifs russes d’Africa Corps ont repris aux rebelles touareg leur bastion de Kidal, dans le nord du Mali.
Mardi 6 octobre, le FLA a annoncé dans un communiqué avoir décidé « un repli stratégique et maîtrisé de ses forces » de ce fief de la tribu des Ifoghas, dont sont issus la plupart de ses commandants, pour « préserver des vies humaines ». Ce « retrait méthodique », présenté par le groupe rebelle comme « une mesure opérationnelle temporaire » visant notamment à « préserver intactes ses capacités humaines et logistiques », « s’est opéré sans qu’aucun combat direct n’ait opposé ses forces à l’ennemi », poursuit ce texte. Selon un de ses chefs joints par Le Monde, le FLA avait retiré la totalité de ses combattants de la ville dans la matinée et n’a « enregistré aucune perte ».
De leur côté, des sources militaires maliennes assuraient, en fin de journée mardi, que leurs troupes étaient entrées dans Kidal. Mais ni le gouvernement, ni l’armée, n’avaient officiellement réagi – l’état-major se contentant d’indiquer, en milieu de journée, que « les forces armées maliennes [FAMa] et leurs partenaires russes [avaient] engagé des opérations aéroterrestres d’envergure dans la région de Kidal ».
Depuis l’arrivée, dimanche 4 octobre, d’un important convoi de l’armée malienne, de l’Africa Corps, et d’éléments du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et du Gatia, deux milices pro-junte à Anéfis, à environ une centaine de kilomètres au sud-ouest de Kidal, la rumeur d’une contre-attaque massive contre le fief des rebelles touareg enflait. C’est finalement mardi matin qu’un convoi de plus d’une centaine de véhicules a quitté le camp d’Anéfis en direction de Kidal.
Avant cela, l’armée malienne et l’Africa corps avaient mené une intense campagne de frappes aériennes contre la ville et d’autres localités de la région, dont Tessalit et Tin Zaouatine, à la frontière entre le Mali et l’Algérie. « En quarante-huit heures, ils ont mené une trentaine de frappes avec des Akinci [un drone armé du constructeur turc Baykar], des Shahed [des drones kamikazes iraniens] et des avions de chasse Sukhoï. A Kidal, ils ont visé des habitations, des structures administratives, des puits ou encore des réseaux électriques », affirme le chef du FLA précédemment cité. Si aucun civil n’a été tué dans la ville et sa périphérie, deux l’ont été à Tessalit et sept autres – des orpailleurs tchadiens et soudanais – à Tin Zaouatine, assure une source locale.
Depuis qu’elle était tombée aux mains du groupe rebelle, le 25 avril, Kidal était quasiment déserte. Quelques familles n’ayant pu fuir les précédents combats y vivaient encore, sous l’administration du FLA. « Nous étions plusieurs dizaines de combattants à protéger les lieux mais l’essentiel de nos forces était ailleurs, assure l’un de ces combattants, qui était encore sur place fin septembre. Quant aux prisonniers maliens que nous détenions, ils ont été transférés ailleurs. » En tout, une cinquantaine de militaires maliens – essentiellement des officiers et des sous-officiers – seraient toujours entre les mains du groupe rebelle.
« Prendre Kidal n’est que symbolique »
Plus de cinq mois après l’humiliation de l’offensive du 25 avril, qui avait fait vaciller sa junte, le général Assimi Goïta et ses alliés russes tiennent avec cette reprise de Kidal une revanche sur leurs ennemis. Reste à savoir quelles seront les suites. Certaines sources militaires et proches de l’armée annoncent déjà leur intention de pousser leurs pions jusqu’à la zone de Tin Zaouatine, sanctuaire du FLA et du GSIM, où le groupe russe Wagner, prédécesseur du contingent d’Africa Corps, avait subi fin juillet 2024 sa pire défaite sur le continent, avec plus de 80 mercenaires tués.
Avant cela, l’armée malienne et ses supplétifs de Wagner avaient déjà reconquis Kidal une première fois, en novembre 2023, à l’issue d’un scénario similaire : visés par de nombreuses frappes de drones, les rebelles touareg s’étaient retirés de la ville et avaient laissé leurs adversaires en prendre possession sans combats. « A l’époque, cette conquête de Kidal n’avait rien apporté au processus de paix et n’avait pas réglé la situation sécuritaire dans le nord du pays. La preuve : trois ans après, les rebelles l’avaient reprise. Si cette nouvelle victoire ne sert qu’à flatter l’orgueil de certains et pas à bâtir une solution durable, elle ne servira à rien », avertit un ancien haut gradé.
Malgré la perte de leur fief, où ils étaient entrés triomphalement le 25 avril avec l’appui des djihadistes du GSIM, les membres du FLA refusent de parler de défaite et promettent de poursuivre le combat dans les sables de l’Azawad, le nom qu’ils donnent au nord du Mali. « Prendre Kidal n’est que symbolique. Ce n’est rien par rapport à ce qui les attend. Nous avons notre stratégie », promet le cadre du groupe précité.
Source : Le Monde – (Le 06 octobre 2026)
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com
