Aimez la Mauritanie, dites-vous ?

Quel attachement fragile que celui qui ne s’exprime que sous les tambours, les trompettes, les défilés et les cris de fête… Un amour qui ne vit que le temps d’une journée de célébration, entre youyous et dépenses ostentatoires.Nous aimons notre pays autrement: par le travail, par l’effort, par une volonté persistante de contribuer à son développement, malgré tout ce qui découragerait n’importe qui. Nous l’aimons sans folklore, mais avec sérieux, constance et sincérité.

Pour ce qui me concerne, je reviens tout juste d’un séjour au pays consacré entièrement à l’enseignement supérieur. J’y ai formé des jeunes de toutes origines, réunis dans un cadre républicain et fraternel, sans aucune distinction, sans rémunération ou autre avantage. Voilà, très concrètement, une façon de servir son pays. Et nous sommes nombreux à agir ainsi, de façon énergique et sincère, avec pour seul objectif d’apporter notre pierre au progrès collectif.

Si nous n’avons pas choisi de fêter, ce n’est ni un manque de citoyenneté ni un défaut d’amour pour la Mauritanie. Personne n’aime plus ce pays que ceux qui refusent de se taire face à ses blessures.

La réalité est simple : des Mauritaniens ont été pendus, en 1990, au sein même de l’armée, au nom de cette date que certains nous reprochent de ne pas célébrer. L’État refuse toujours de reconnaître ces crimes et sanctionne ceux qui réclament justice. En agissant ainsi, il protège l’injustice commise.

Comment peut-on exiger d’un citoyen conscient, a fortiori d’un orphelin dont le père a été exécuté, ou d’une veuve dont le mari a été tué pour cette même occasion, de venir danser et applaudir ? Au nom de quoi ? Avec quel droit ?

Que celles et ceux qui souhaitent fêter le fassent: c’est leur choix. Mais qu’ils cessent de mettre en doute l’engagement citoyen de ceux qui refusent d’oublier. Notre devoir, celui dicté par l’honneur, la fraternité et la justice, est d’être aux côtés de ces familles meurtries qui, depuis 35 ans, poursuivent la vérité et une justice élémentaire.

Si l’on souhaite rassembler les enfants de la nation autour du 28 novembre, alors l’État doit trouver une manière digne et sérieuse d’affronter ce dossier. Une reconnaissance officielle des massacres, accompagnée d’une véritable volonté de mémoire, serait un premier pas.

En attendant, que chacun se souvienne : la citoyenneté ne se mesure pas à une danse annuelle sans lendemain. Elle se vit dans le cœur, dans les actes, dans la constance du service rendu à la patrie, même lorsque cela dérange.

 

 

Le 28 novembre 2025
Mouhamadou Sy

 

 

Les opinions exprimées dans cette rubrique n’engagent que leurs auteurs. Elles ne reflètent en aucune manière la position de www.kassataya.com

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Quitter la version mobile