Afrique de l’Ouest : le trafic des drogues explose (rapport)

Agence de Presse Africaine  – La multiplication des opioïdes et autres substances de synthèse fragilise la santé publique, attire de nouveaux acteurs criminels et dépasse les capacités de réponse des États, selon une étude publiée en mars.

La prolifération des drogues de synthèse en Afrique de l’Ouest constitue l’un des défis les plus urgents et les plus complexes pour la santé publique et la sécurité régionale, selon un rapport publié en mars 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC).

Intitulée « Synthèse – Cartographie des marchés des drogues de synthèse en Afrique de l’Ouest », l’étude, signée par Lucia Bird, Jason Eligh, Kingsley Madueke et Mouhamadou Kane, met en évidence une transformation profonde des marchés illicites. Les substances traditionnelles à base de plantes, contrôlées par des réseaux criminels hiérarchisés, cèdent progressivement la place à un marché fragmenté et décentralisé de composés psychoactifs synthétiques.

Une menace sanitaire et sociale croissante

Le rapport transmis à APA souligne une aggravation continue des préjudices liés aux drogues de synthèse : overdoses, maladies chroniques, troubles mentaux sévères et désintégration du tissu social. Les jeunes sont les premières victimes. Dans certains pays particulièrement touchés, la situation est jugée suffisamment grave pour compromettre la stabilité et le développement économique à long terme.

Depuis 2024, deux États ouest-africains ont déclaré l’état d’urgence face à la crise liée aux drogues de synthèse, une mesure jusque-là réservée aux épidémies et pandémies majeures.

Parmi les substances en circulation figurent les cannabinoïdes de synthèse, les nitazènes et d’autres composés nouveaux, souvent de composition inconnue. Les opioïdes de synthèse, notamment le tramadol et ses dérivés comme le tapentadol, connaissent une progression jugée alarmante. Bien que certains de ces produits soient utilisés en médecine pour le traitement de la douleur, leur détournement alimente une hausse significative de la morbidité et de la mortalité.

Un marché facilité par le numérique et la mondialisation

L’étude met en lumière les facteurs qui favorisent l’expansion rapide de ce marché : faibles barrières à l’entrée, capital de départ limité, anonymat offert par les plateformes numériques et accès facilité aux précurseurs chimiques via des chaînes d’approvisionnement mondialisées.

L’essor d’Internet en Afrique de l’Ouest a permis l’achat en ligne de substances et de produits chimiques, souvent en provenance d’Asie et d’Europe. Ces marchandises sont introduites clandestinement par des circuits difficiles à surveiller, notamment les services postaux et de livraison.

Le commerce des drogues de synthèse fonctionne, selon les auteurs, comme un « marché passerelle » permettant à de nouveaux acteurs criminels d’accumuler rapidement des capitaux. Les profits générés servent à financer d’autres activités illicites et à acheter des protections, alimentant la corruption et renforçant les réseaux criminels organisés.

Des capacités de réponse insuffisantes

Le rapport souligne un décalage préoccupant entre l’ampleur de la menace et les moyens disponibles pour y faire face. Les systèmes de surveillance peinent à identifier la diversité croissante des substances. Les capacités d’analyse en laboratoire restent limitées et les ressources consacrées au traitement et à la réhabilitation sont jugées insuffisantes.

Les approches traditionnelles d’application de la loi se révèlent inadaptées face à des réseaux décentralisés, technologiquement agiles et connectés aux dynamiques mondiales.

En 2025, plus de 190 entretiens semi-structurés ont été réalisés dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest auprès de forces de l’ordre, magistrats, journalistes d’investigation, professionnels de santé, acteurs portuaires et aéroportuaires, organisations internationales, membres de la société civile et personnes consommatrices de drogues. Des analyses de terrain ont également été menées en 2024 en Sierra Leone et en Guinée-Bissau, complétées par des tests en laboratoire.

Les conclusions ont été partagées avec des représentants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et du réseau épidémiologique ouest-africain sur l’usage des drogues (WENDU), puis présentées lors d’un dialogue de haut niveau organisé à Accra en novembre 2025, réunissant environ 160 participants d’Afrique et d’Europe.

Un appel à une action régionale coordonnée

Parmi les principales conclusions, la GI-TOC constate que les marchés des drogues de synthèse sont en expansion et en diversification rapide, avec des conséquences de plus en plus graves sur la santé publique, en particulier chez les jeunes et les communautés marginalisées.

Le manque de données fiables constitue un obstacle majeur à l’élaboration de politiques fondées sur des preuves. La réponse régionale est jugée en retard par rapport à l’évolution rapide du marché.

Le rapport plaide pour un leadership régional consolidé et une action coordonnée reposant sur des coalitions multipartites, afin de contenir une menace susceptible d’avoir des conséquences durables sur la sécurité, la stabilité et le bien-être des populations en Afrique de l’Ouest.

Source : Agence de Presse Africaine (APA)

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