A Saint-Denis, des milliers de personnes rassemblées contre le racisme et en soutien à Bally Bagayoko

Le Monde   – Reportage« Résistance ! Résistance ! », a scandé la foule, compacte et diverse, samedi 4 avril devant l’Hôtel de Ville, répétant les mots prononcés par le nouveau maire, qui a annoncé de prochaines initiatives pour combattre le racisme.

Ils sont plusieurs milliers, ce samedi 4 avril, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) à scander le prénom du maire (LFI) fraîchement élu de la deuxième commune la plus importante d’Ile-de-France : « Bally ! Bally ! Bally ! ». Plusieurs milliers à répéter, comme un refrain, les mots prononcés à la tribune par celui qui les a appelés, quelques jours plus tôt, à se rassembler sous les fenêtres de son nouveau bureau : « Résistance ! Résistance ! Résistance ! »

Face à la déferlante d’attaques racistes dont il a été la cible dès le soir de sa victoire au premier tour des élections municipales, le 15 mars, Bally Bagayoko veut réveiller « le combat des combats, celui contre le racisme », a-t-il lancé au micro face à une foule compacte et très diverse, à qui il a donné un nouveau rendez-vous, le 3 mai, sans en préciser les détails.

« Nous avons une tâche importante à accomplir », a-t-il déclaré avant de dévoiler quelques-unes de ses prochaines initiatives en faveur de la cause antiraciste : la création d’un « réseau d’élus qui portent la lutte impérieuse contre l’extrême droite et le racisme » et la demande d’un rendez-vous avec le premier ministre, Sébastien Lecornu, pour porter la parole de la lutte.

« Résistance ! » Avant de promettre à l’extrême droite le même sort à l’élection présidentielle qu’à son opposant socialiste, Matthieu Hanotin, aux municipales : 2027, « un coup KO » – une formule que ses partisans connaissent, elle est devenue le slogan de sa victoire. « Nous sommes la France et nous allons nous faire respecter ». « Résistance ! »

« CNews = Mensonge »

La foule alterne les slogans – « Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos », « la jeunesse emmerde le Front national », « Siamo tutti antifascisti » (« nous sommes tous des antifascistes », en italien) – certains déambulent brandissant haut une pancarte – « Non au racisme », « Bolloré, Macron, Arcom tous complices », « CNews = Mensonge ».

Parmi eux, Charles Aba, 19 ans, de Villejuif (Val-de-Marne), étudiant en japonais et relations internationales à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). « Aujourd’hui, on vit dans un moment d’une telle banalisation de la parole raciste, je veux me tenir aux côtés d’un homme qui n’a rien fait d’autre que son devoir vis-à-vis de la communauté, qui n’a rien fait d’autre que d’être élu légitimement… Ce qui se passe est intolérable », explique-t-il, faisant notamment référence aux propos tenus sur cnews dans l’émission « 100 % politique » lors de laquelle les intervenants ont prononcé des mots tels que « Homo sapiens », « grands singes », « mâle dominant », « tribu primitive »

« Sa victoire, il la mérite, et pour moi, être ici aujourd’hui, c’est dire non au racisme et c’est aussi la célébrer », sourit Mimoz (les personnes citées par leurs prénoms n’ont pas souhaité communiquer leur nom de famille), 50 ans, venue avec sa fille âgée de 19 ans. Comme Namanga Bamba, Parisienne de 24 ans, éducatrice spécialisée, venue pour « soutenir Bally », mais aussi pour « célébrer sa victoire ».

Louisa (58 ans), Djamila (58 ans) et Myriam (60 ans), Dyonisiennes depuis leur naissance, connaissent Bally Bagayoko « depuis toujours », lancent-elles en chœur, « on a grandi ensemble ». « Quand on entend ce qu’on entend, qu’on lit ce qu’on lit, on a l’impression d’être revenu au XIXe siècle, se désole Louisa. Alors oui, c’est fondamental, essentiel, d’être là pour défendre notre France. » « Pour défendre toutes les couleurs de la France », ajoute Myriam. « Saint-Denis, c’est la France qu’on aime », renchérit Djamila.

« Bally n’est pas un homme seul, dit un intervenant au micro. Vous êtes là. » Sur l’estrade se succèdent les grandes organisations antiracistes – la Ligue des droits de l’homme (LDH), SOS Racisme, le Mrap -, des représentants syndicaux, Assa Traoré du comité Adama, des élus issus des minorités venus d’Aubervilliers, de la Courneuve, de l’Ile-Saint-Denis, de Saint-Ouen, de Stains… Le député « insoumis » de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel, a attendu deux heures avant de s’exprimer devant la foule.

Derrière la scène, en soutien, ont été aperçus l’acteur Jean-Pascal Zadi et la militante antiraciste et féministe Rockhaya Diallo, le président socialiste du département Stéphane Troussel, les personnalités « insoumises » Mathilde Panot, Sophia Chikirou, Sébastien Delogu et le nouveau maire de Roubaix David Guiraud.

Le leader du mouvement, Jean-Luc Mélenchon, a rejoint Bally Bagayoko sur l’estrade à la fin du rassemblement sans y prendre la parole. Auprès des journalistes, lors d’un point presse, il a dénoncé « une vague de racisme écœurant venant des élites politico-médiatiques qui, sans réserve, sans frein, ont étalé leur mépris à l’égard d’une partie de notre peuple ».

C’est d’abord « la jeunesse » que Bally Bagayoko a voulu mettre en avant en donnant le micro à des lycéens engagés, des jeunes artistes de la compagnie Commedia Nostra qui clament « notre fierté s’appelle Bally » et « la France elle est en Seine-Saint-Denis », à des jeunes militants investis dans Génération EDR – Espoir, dignité, résistance –, un collectif contre l’islamophobie menacé de dissolution par le gouvernement.

Et c’est avant tout à la jeunesse qu’il a voulu s’adresser lors de son discours en clôture du rassemblement, pour la jeunesse qu’il a « une pensée particulière » et à qui il veut dire : « Nous sommes la France. La lutte contre le racisme est une lutte que nous allons gagner ! »

 

 

Louise Couvelaire

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

 

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