A propos de Warda Souleymane, «nous ne voulons pas de cette grâce» a réagi Birame Dah Abeid

 Lauthentic.info  – La nouvelle est tombée ce lundi 28 septembre 2026. Le président Mohamed Cheikh Ghazouani a, par décret, accordé une grâce à la militante du mouvement antiesclavagiste IRA, Marième Souleymane dite Warda, condamnée à 5 ans de prison dont 3 ans ferme lors de son jugement en 1ère instance, une peine confirmée lors de sa comparution devant la Cour d’Appel.

Contre toute attente, le président Mohamed Cheikh Ghazouani a accordé, lundi 28 septembre 2026, une grâce présidentielle à la militante du mouvement IRA, Marième dite Warda Souleymane.

Cette grâce absout la totalité des peines auxquelles elle avait été condamnées, les peines privatives de libertés ainsi que les frais et amendes de justice.

Réaction de Birame Dah Abeid

En  réaction à la grâce présidentielle accordée à Warda Souleymane, un geste largement salué au niveau national, le député et président du mouvement IRA, Birame Dah Abeid a vivement réagi.

S’adressant à Ghazouani et à toutes les ramifications du système qu’il dirige, y compris celles incrustées au sein de l’opposition et au sein des voix dites «abolitionnistes», Birame déclare que lui et son mouvement se passent totalement de cette grâce, ainsi que de l’indulgence de Ghazouani. Selon Birame, ils n’ont pas besoin de son pardon pour plusieurs raisons.

La première est que le mouvement IRA et ses miliitants n’ont jamais commis de crime depuis le début en 2008 de leur combat contre l’esclavagisme érigé en système de gouvernement et pratiqué par les milieux sociaux esclavagistes.

Selon lui, ce combat ils l’ont menée contre ses milieux esclavagistes qui sont les alliées du pourvoir de Ghazouani dans les voix légales et avec une observation scrupuleuse de la légalité nationale et internationale.

Deuxième raison, il déclare que le mouvement IRA et ses militants sont formés et préparés à l’esprit de sacrifice. Il considère que pour son mouvement, la prison est une tribune qu’ils doivent utiliser dans leur combat contre l’esclavage et le système qui le maintient.

Selon lui, Warda l’a bien utilisé durant toute sa détention illégale, injuste et arbitraire. Elle  l’a utilisé aussi lors de son jugement en Appel dans son dernier baroud d’honneur, lorsqu’elle a crié dans la salle et devant la cour, réitérant son appel à la chute du régime  de Ghazouani et de son système basé sur l’injustice et la pratique de l’esclavage.

Enfin, Birame déclare que lui et ses partisans récusent cette « prétendue grâce » comme les devanciers l’ont récusé, rappelant qu’en 2011 et 2016, il avait lui-même récusé la grâce que leur avait accordée l’ancien président Mohamed Abdel Aziz. Tout simplement parce qu’ils considèrent qu’ils n’ont pas commis de crime pour bénéficier d’une grâce.

Selon lui, cette politique de leurre, de désintoxication et de désinformation de la communauté nationale et internationale, sert à faire passer un message angélique d’un Président que l’on veut passer pour homme de pardon, de compassion, de dépassement et d’indulgence. Toutes qualités que Birame Dah Abeid lui réfute. Pour lui, Ghazouani est un homme qui a pris part pour l’esclavage et la dictature esclavagiste, pour la gabegie et pour les gabégistes qui gangrènent l’Etat mauritanien. Par la corruption, le pillage des richesses du pays, les détournements et le vol des deniers pubics.

Pour Birame Dah Abeid, Ghazouani a fait main basse sur tout l’héritage qui lui a été concédé par ses prédécesseurs en matière démocratique, en confisquant toutes les avancées obtenues dans ce domaine. Il a aussi détruit, selon lui, les avancées obtenues en matière de lutte contre l’esclavage et des lois qui le condamnent, en érigeant l’impunité dans ce domaine comme réaction de l’Etat. Pourtant, souligne Birame, il s’agit là de l’un des phénomènes les plus handicapant de l’entente et du développement national. Il précise que l’esclavage est pratiqué dans toutes les communautés du pays dans sa dimension idéologique, coutumière et suprémaciste et dans sa forme ancestrale.

Pour Birame, Ghazouani doit se tourner vers son système judiciaire,  soulignant que personne parmi les militants d’IRA, Warda en tête, n’a besoin de son pardon ni de faveur spécifique.ou d’être absout de leurs délits, de leurs infractions ou de leurs crimes. Au contraire, il demande à ce qu’ils soient punis quand ils commettent un crime, une infraction ou un délit.

Selon Birame, il faut laisser à la Justice et au Parlement leur indépendance. C’est tout ce qu’il demande à Ghazouani, mais non d’être indulgent, de pardonner ou de distribuer des faveurs.

Ce que Birame réclame, c’est une justice au service de tous les Mauritaniens, une liberté pour tous de s’exprimer librement et les mêmes règles applicables à tous.

Il a réitéré de nouveau son refus de la grâce qui vient d’être accordée à Warda, qui n’est pas selon lui une grâce, mais un leurre. Il a réclamé la libération de tout le peuple mauritanien et que Ghazouani laisse le peuple dans sa liberté, dans ses choix politiques, dans sa liberté à se rassembler, à manifester et à s’exprimer librement. Qu’il laisse les juges faire leur travail et aux parlementaires d’accomplir leur mission. Qu’il casse les verrous de l’injustice qu’il a érigés pour opprimer tout le monde, avec chacun l’oppression qui lui sied.

« Pas de merci à Ghazouani pour la grâce accordée à Warda » a-t-il conclu.

L’affaire Warda connaît enfin son dénouement

Il faut rappeler que Warda Souleymane a été arrêtée le 31 octobre 2025, quelques jours après son retour de Gambie où elle avait assisté à la 85ème session de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) à Banjul. Elle avait dénoncé ce qu’elle présentait comme des discriminations à l’encontre de certaines communautés noires de Mauritanie. À son retour au pays, elle avait fait l’objet de critiques et de menaces sur les réseaux sociaux, avant son arrestation quelques jours plus tard.

Elle sera inculpée le 5 novembre 2025 par le Procureur de la République puis elle comparait le 6 novembre devant le juge d’instruction qui la place sous contrôle judiciaire.

Le 25 août 2026, la chambre criminelle près le tribunal de Nouakchott-Ouest la condamne à 5 ans de prison dont 3 ans fermes pour atteinte à l’ordre constitutionnel et aux symboles de la République.

Le 23 septembre 2026, la Cour d’appel confirme cette même condamnation.

Il faut noter que ce n’était pas la première fois que Warda avait affaire avec la justice. Elle avait déjà été détenue du 1er au 17 avril 2025 pour des opinions exprimées en ligne, transférée à la prison pour femmes de Nouakchott, puis libérée sans condamnation après sa comparution devant le juge d’instruction.

Plusieurs voix au niveau national l’ont soutenu et ont appelé à sa libération. Au niveau international; plusieurs organisations et personnalités se sont faits siens son combat, à l’image de Front Line Defenders et l’Organisation Women Journalists Without Chains (WJWC).

Cheikh Aïdara

Source : Lauthentic.info (Mauritanie)

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