Au Japon, un projet mal compris de coopération avec l’Afrique déclenche de vives réactions xénophobes

Les réactions outrées de nombreux Japonais au programme, notamment basé sur de la désinformation, révèle une inquiétude croissante de la population vis-à-vis de l’immigration, pourtant nécessaire dans un pays vieillissant.

Le Monde – Un projet mal interprété de coopération avec l’Afrique tourne à la vindicte xénophobe au Japon et révèle la peur d’une « déferlante migratoire ». La polémique a éclaté quand l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) a fait de quatre villes, Sanjo, Kisarazu, Imabari et Nagai, des « Africa Hometown » de quatre pays africains, le Ghana, le Nigeria, le Mozambique et la Tanzanie. Officialisé le 22 août pendant la Conférence de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9), le projet a pour objectif d’intensifier les échanges, de jeunes notamment. Les villes ont été choisies car elles ont accueilli les athlètes des quatre pays pendant les Jeux olympiques de Tokyo 2020.

Certains ont vu dans le statut de « hometown » (« ville d’origine ») un programme d’autorisations spéciales pour permettre à des ressortissants des pays africains de travailler et s’installer à long terme dans les villes partenaires.

D’où de violentes réactions sur les réseaux sociaux d’un pays rétif à l’immigration. Vingt-cinq mille ressortissants d’Afrique vivaient au Japon en 2024, sur 3,4 millions d’étrangers. Tous les stéréotypes y sont passés, de la peur du virus Ebola à celle des mariages forcés dans les pays musulmans, en passant par l’explosion de l’insécurité.

Le dirigeant du microparti d’extrême droite Yamato, Yusuke Kawai, déjà en guerre contre la minorité kurde de l’Archipel, a fustigé le projet de la JICA. « La situation sécuritaire en Afrique est bien pire que celle avec les Kurdes. Le Japon est vraiment fini. » Sohei Kamiya, du parti Sanseito – sensation des élections sénatoriales de juillet avec comme slogan « Le Japon avant tout » et un discours hostile aux étrangers – a promis de « s’opposer sans hésitation à l’accueil de migrants ».

Polémique

L’influenceur Yuki Ishii, connu pour son opposition au « globalisme », a organisé du mercredi 27 au vendredi 29 août des rassemblements devant le siège de la JICA. Plusieurs dizaines de personnes, majoritairement des jeunes, y ont participé. Les quatre villes ont été débordées de plaintes de résidents terrorisés à l’idée d’une « déferlante migratoire ».

La vigueur des réactions a été exacerbée par l’interprétation trop littérale de « hometown » de médias et du gouvernement nigérian. « Le Japon crée des visas spéciaux pour les jeunes Nigérians talentueux qui souhaitent s’installer à Kisarazu », s’est-il enthousiasmé. Le programme en pidgin – langue véhiculaire d’Afrique de l’Ouest – de la BBC a fait la même erreur, comme le quotidien tanzanien Tanzania Times qui a titré : « Le Japon offre la ville de Nagai à la Tanzanie ».

Face à la colère, le maire d’Imabari, Shigeki Tokunaga, a appelé au calme. L’édile de Kisarazu, Yoshikuni Watanabe, a précisé la teneur du projet, conçu pour « coopérer dans l’éducation des jeunes en leur inculquant la discipline par le biais du base-ball et du softball. Ce n’est en rien d’un programme d’immigration ».

Au niveau gouvernemental, le ministère des affaires étrangères a demandé, mardi, au Nigeria de corriger les erreurs commises, notamment sur la délivrance de visas. La JICA a diffusé un correctif. Mais la polémique a confirmé l’hostilité d’un Japon en déclin démographique accéléré à toute ouverture à l’immigration.

 

 

 

Source :  Le Monde – (Le 29 août 2025)

 

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