
Le Soleil – Le henné est un colorant d’origine végétale obtenu à partir de feuilles séchées d’un arbuste épineux de la famille des lythracées. Cette plante aux vertus thérapeutiques est un filon pour les jeunes.
Le marché HLM vibre au rythme de son train-train quotidien en ce début d’après-midi. Il est en pleine effervescence. Il faut jouer du coude pour se frayer un chemin. Le marché malien est situé dans les dédales de ce lieu de commerce. C’est le repère des vendeuses de hennés. Elles sont plus d’une dizaine. Soxna Dieye est dans le métier depuis plus de quinze. Assise devant son échoppe, le masque bien ajusté, la femme de 51 ans est en train d’ensacher sa principale marchandise. « Il y a des sachets de 100 FCFA et des sachets de 500 FCFA », renseigne-t-elle. La vendeuse achète le kilo à 2000 FCFA. « Le henné vient du Mali et de Khombole», a fait savoir cette dernière. La quinquagénaire peut gagner jusqu’à 5.000 FCFA par jour.
Diama Diagne est à l’affût des clients un peu plus loin. La dame de 56 ans semble connaitre le henné sur le bout des doigts. Habillée d’une robe en wax simple, le « moussor » bien ajusté sur la tête, elle ne porte aucun artifice. Le henné sur les mains et les pieds apporte un peu de couleurs. Ce produit peut être utilisé de diverses manières. « Le henné est efficace pour la pousse des cheveux et sert de masque de visage. Il est aussi usité dans l’embellissement des mains et des pieds », a fait savoir la commerçante. Cependant, il a aussi des vertus thérapeutiques. « Le henné utilisé pour les pieds peut soigner les douleurs au niveau de cette zone. La racine est aussi usitée en médecine traditionnelle et les feuilles en infusion arrive à bout des maux de tête et des douleurs musculaires », a fait savoir la commerçante. Elle affirme que ce produit est très populaire. « Il est très prisé à l’occasion des fêtes religieuses. J’ai aussi des belles-filles qui viennent régulièrement acheter trois à quatre sachets pour leurs belles-mères et des tradipraticiens qui achètent les feuilles », affirme-t-elle. La quinquagénaire trouve le commerce du henné en poudre rentable.
Un marché pour les jeunes
Les jeunes tatoueurs font du tube de henné un commerce. Si certains vont à la rencontre des clients, d’autres sont déjà en plein travail à l’entrée du marché HLM. Babacar Diouf doit faire face à une clientèle bien singulière. Madame Mbengue s’essaie au tatouage sourcil pour la première fois. La trentenaire est peu convaincue par le résultat et demande au tatoueur de l’enlever. Celui-ci arrive à convaincre cette dernière après des négociations. Elle finit par lui payer 2000 FCFA qu’il range dans sa sacoche. L’homme de 28 ans avoue gagner bien sa vie avec le tatouage henné. « Je peux gagner 5.000 CFA et plus par jour », confie-t-il. Dans le métier depuis deux ans, le tatoueur a appris vite comment utiliser les tubes. « Le tube de henné de couleur noire est un produit importé. Nous l’achetons à 2000 FCFA. Il vient avec un colorant noir pour le mélange. Nous le diluons avec un peu d’eau pour obtenir le résultat escompté », renseigne-t-il pédagogue. Babacar Diouf utilise aussi un autre tube de henné importé : « c’est pour la paume des mains et les ongles afin d’avoir une belle couleur. Il est vendu à 500 FCFA ». Un prix qui semble dérisoire par rapport à ses gains !
Adja Marème Sidibé propose des prestations de henné à domicile à ses clientes. La jeune femme de 27 ans a suivi sa passion pour cet art. « C’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire depuis ma tendre enfance », révèle-t-elle. La fondatrice de Halal beauty a décidé d’en faire une activité à temps plein après quelque temps sans emploi. « Après les études, j’avais du mal à trouver un emploi. J’ai donc décidé de faire ce que je savais faire le mieux, à savoir le henné », dit-elle sur le ton de la confidence. Adja Marème commence alors à vivre de sa passion. « Mes tarifs varient de 10.000 FCFA à 17.000 FCFA les deux pieds et les deux mains », affirme-t-elle. Les prix de l’entrepreneuse varient en fonction des motifs.
« J’utilise du henné en poudre 100% naturel pour mes prestations », fait savoir la jeune femme. Cette dernière estime que le « henné chimique » pour les tatouages sourcils n’est pas de bonne qualité : « Il ne dure que trois jours sur la peau. La couleur du henné naturel est beaucoup plus foncée et plus durable ». Les produits de la fondatrice de Halal beauty proviennent de la Mauritanie et des autres pays de la sous-région. « J’investis beaucoup dans ce business et je m’épanouis pleinement en faisant ma passion. Je souhaite même créer ma marque de hennés », affirme-t-elle, confiante. Une motivation plus forte que l’argent.
Arame NDIAYE
Source : Le Soleil (Sénégal)
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