Côte d’Ivoire : les pagnes commémoratifs, de véritables morceaux d’histoire

Imprimés à l’occasion de grands événements, les pagnes commémoratifs déroulent chacun un pan de l’histoire africaine.

RFI – Inutile de chercher des pagnes commémoratifs dans les rues d’Abidjan. Les étals des vendeuses sont réservés au neuf !

C’est ce qu’explique madame Anno, une couturière qui tient boutique aux II Plateaux, à Cocody. Pour trouver des pagnes des grands événements, une seule solution : « On peut les trouver chez nos mamans ! Nos mamans, ce sont les dames d’avant, elles gardent toujours les vieux souvenirs. Ce genre de pagnes, nos mamans en ont beaucoup dans leurs placards… »

Ce sont les femmes ivoiriennes de la génération de l’indépendance, du parti unique, puis des débuts du multipartisme, qui ont gardé les pagnes de ces événements historiques dans leurs cantines, avec les tissus de la dot et les bijoux de famille.

Marie-Thérèse Camille N’Guessan est l’une d’elles. Dans son appartement d’Adjamé, elle déplie des tissus impeccables, à peine marqués aux pliures par le passage du temps… Orné d’un portrait de Henri Konan Bédié, un pagne édité à l’occasion de son accession au pouvoir.

« C’est deux morceaux de pagne. J’ai cousu un ensemble avec ça. Il y a le haut, et puis le bas fendu, là. Bon, ce modèle-là, c’est un modèle de grand-mère ! Ça date de 1994 ? 1995 ? Je l’ai porté pour la cérémonie, puis je ne l’ai plus jamais porté, je l’ai gardé dans mes affaires. Et voilà que l’occasion se présente pour que je le sorte à nouveau de ma valise ! »

 

La forte charge symbolique du pagne

 

Des supports historiques, chargés de valeur affective, mais aussi d’une forte charge symbolique. Norbert Yao Kouassi est dessinateur chez Uniwax depuis 40 ans. C’est lui qui a créé le premier pagne du président de l’indépendance, Félix Houphouët-Boigny.

« J’ai fait le portrait du président, vous voyez là ? Voilà comment je l’ai travaillé. En trame, à la main. Et quand je l’ai fini, on a essayé de construire la maquette, en mettant le café-cacao comme contre-fond. Quand on dit contre-fond, c’est le dessin qui va habiller le motif. En ce moment, c’était le parti unique. C’était un hommage au président Houphouët-Boigny, qui a développé le café-cacao. Tous les paysans ont porté ce pagne, en son temps. »

La pratique a perduré, et s’est démocratisée… Les partis politiques, les Églises et même les particuliers, à l’occasion des grands événements comme les enterrements et les mariages, éditent des tissus à leurs couleurs… La CAN de football 2024, organisée par la Côte d’Ivoire, aura aussi droit à son propre pagne !

Écouter le reportage

 

 

 

Marine Jeannin

notre correspondante à Abidjan

 

 

 

 

Source : RFI

 

 

 

 

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