
Jeune Afrique – Membre du parti au pouvoir et présidente du Conseil régional de Nouakchott, Fatimetou Mint Abdel Malick évoque ses combats contre la discrimination et les inégalités sociales.
Fatimetou Mint Abdel Malick a tout de suite accepté de nous parler. Elle n’avait qu’un seul souhait, qui concernait l’illustration ; être photographiée avec son écharpe. Sur celle-ci est inscrit, en arabe, raïssa (« présidente »). « Elle est unique, car je suis la seule femme, en Mauritanie, à la tête d’une région, s’amuse-t-elle. Au moins, personne ne peut me la voler ».
Certes, au fil des ans, elle s’est habituée aux caméras et à la presse étrangère, avec laquelle elle est très à l’aise – elle a d’ailleurs reçu, en mai 2022, les insignes de chevaliers de la Légion d’honneur française. Mais son discours, désormais bien rodé, a toujours autant de force.
Les résultats des élections législatives, municipales et régionales de mai ont en effet été décevants pour les Mauritaniennes. Celles-ci ne sont désormais plus que deux maires sur 216 (elles étaient cinq), même si elles sont un peu nombreuses à l’Assemblée Nationale qu’auparavant, avec 41 députées sur 176. « Il y a une segmentation des rôles, pas forcément au niveau de Nouakchott mais plutôt au niveau des wilayas (régions) de l’intérieur, où chaque tribu doit être représentée, explique Fatimetou MInt Abdel Malick. C’est le problème de la société elle-même, il est rare qu’une communauté désigne une femme »
Pourtant, rappelle-t-elle, la Constitution n’est pas discriminatoire à ce sujet. Cette année, et pour la première fois, la moitié des députés ont été élus à la proportionnelle, ce qui n’avantage pas particulièrement les femmes, qui ont toutefois une liste réservée. « Cela nous a beaucoup inquiétées, mais nous n’avons finalement davantage de représentantes. »
La première dame, Mariem Mint Mohamed Fadel Ould Dah, a également mené une campagne pour une meilleure représentation des femmes, qui « a eu une incidence sur les votes.». Il y a aussi, selon l’élue un autre problème : le manque d’intérêt des Mauritaniennes pour la politique. « Elles ignorent qu’elles peuvent jouer un rôle et préfèrent appuyer leurs cousins, leurs frères et leurs maris, regrette-t-elle. Elles sont donc également absentes de la direction des partis ».
Fatimetou MInt Abdel Malick a, au contraire, su très tôt qu’elle pouvait compter. Originaire de la ville de Tamchekett (Est), où elle est née en 1958, elle a pour père un ancien administrateur de la région du Hodh El Gharbi. «Je viens d’un milieu intellectuel. J’ai grandi dans un environnement éveillé, où l’on pouvait s’ouvrir à beaucoup de choses.» raconte-t-elle.
Cette ingénieure de formation gérait les réseaux informatiques et la Banque de l’Habitat avant d’être nommée secrétaire générale au ministère de l’Urbanisation et de l’Habitat, puis chargée de mission auprès du cabinet du Premier Ministre. Dans les années 1990, alors que Maaouiya Ould Taya est au pouvoir, elle rejoint, avec d’autres intellectuelles de tous horizons, une coordination du mouvement féministe mauritanien. Elles échangent sur leur avenir ou encore sur leurs droits. « Ce groupe a crée un climat propice à la réussite pour certaines d’entre nous ».
En 2001, Fatimetou MInt Abdel Malick entre en politique et se présente aux élections municipales, pour le compte du puissant Parti républicain démocratique et social (PRDS), la formation créée dix ans plus tôt par Taya. Elle est élue maire, une première pour une femme en Mauritanie.
Jusqu’en 2018, elle a administré Tevrag-Zeina, l’une des neuf communes de Nouakchott. Celle des ministères, des ambassades et des belles villas. Celle des grandes inégalités aussi, où les très riches côtoient les très pauvres.
«J’avais dès le départ une vocation sociale, j’ai donc favorisé une proximité avec les plus vulnérables, et j’ai toujours eu envie de les servir davantage.», se remémore l’ancienne maire, également très investie dans la protection de l’environnement.
Justine Spiegel
Source : Jeune Afrique – (Le 04 août 2023)
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