Restitution : le musée du quai Branly fait ses adieux aux œuvres d’art du Bénin

France 24 Après des années de polémique, la promesse formulée par Emmanuel Macron de restituer au Bénin 26 œuvres d’art pillées par les troupes coloniales françaises est sur le point d’être tenue. Le président français est attendu au musée du quai Branly, mercredi, pour une cérémonie organisée en cette occasion. C’est la dernière fois que ces pièces, en France depuis 130 ans, sont exposées à Paris avant qu’elles ne soient remises définitivement à leur pays d’origine.

Épiphane-Basile Migan ne tient plus en place tant il a attendu ce moment. Le visiteur tournoie autour d’objets d’art exposés pour la dernière fois en France, au musée du quai Branly, avant leur envol pour le Bénin en novembre.

Face à lui, la statue royale dite « bochio », mi-homme mi-requin, du roi Béhanzin, le dernier roi d’Abomey, capturé par les Français en 1894 et envoyé de force en exil en Martinique. Les 26 œuvres de l’exposition faisaient partie du trésor de ce souverain, prises de guerre du général Dodds qui était aux commandes lors de la conquête coloniale française du royaume du Dahomey (actuel Bénin) en 1892. « Ce sont des pièces uniques au monde, d’une valeur inestimable », répète Épiphane-Basile Migan, avant de photographier la statue du roi Béhanzin sous tous les angles, comme pour n’en perdre aucune miette. « Vous vous rendez compte, on faisait des choses pareilles au XIXe siècle. L’Afrique avait une grande culture. Aucune civilisation n’a jamais fait ça au monde. »

Ce médecin béninois, qui vit à Paris depuis 24 ans, dit ne jamais avoir eu l’occasion, jusqu’à présent, de venir voir ces pièces, qui retrouveront le chemin du Bénin le 10 novembre. Certaines d’entre elles, notamment les sculptures anthropomorphes représentant les rois d’Abomey ont eu, depuis la promesse de restitution effectuée en 2017 à Ouagadougou par Emmanuel Macron, une place de choix dans le musée du quai Branly, dominant le plateau des collections du musée.

Conscient de la dimension historique du moment – l’une des premières restitutions par la France de biens pillés par ses soldats pendant les guerres de colonisation –, Épiphane-Basile Migan reviendra dans la semaine pour montrer « la grandeur du royaume d’Abomey » à ses enfants. Il ira aussi revoir les œuvres au Bénin, lors de son prochain voyage.

« Ce n’est pas un adieu juste un au revoir »

Dans quelques mois, ces objets dotés d’une valeur historique, symbolique et protectrice très forte pour la population béninoise seront exposés au palais de la présidence de la république du Bénin, à Cotonou, puis à Ouidah en 2022, avant de rejoindre le futur musée d’Abomey en 2024, dont les travaux ne sont pas encore terminés.

« Ce n’est pas un adieu juste un au revoir », résume Gaëlle Beaujon, la responsable de collections Afrique au musée du quai Branly. Les équipes conjointes du musée parisien et les conservateurs béninois de Ouidah et d’Abomey ont travailler main dans la main pour peaufiner ces préparatifs et la manipulation très délicates de ces œuvres.

« Je suis ému de voir ces objets bien conservés et qui nous reviendront bientôt », confiait Abdoulaye Imorou, le conservateur du site des palais royaux d’Abomey lors de la mise en place de l’exposition. Il faut dire que l’attente a été longue. Le Bénin a formulé une demande officielle de restitution de ces œuvres en 2016. Après des années de polémiques, le Parlement français vote en 2020 seulement une loi autorisant la France à rendre ce butin de guerre.

Le processus de restitution expliqué au visiteur

L’exposition donne à voir tout ce processus, notamment à travers une frise chronologique. L’avenir des œuvres au Bénin occupe aussi une place de choix dans la scénographie, qui évoque également, à travers une vidéo, les conditions du pillage du trésor d’Abomey, du moins ce que l’on en sait. « Aujourd’hui encore, nous ne savons pas précisément comment ces objets – pour certains volumineux – ont été déplacés. Nous avons peu d’archives sur ce qui s’est passé et nous avons essayé de retracer l’histoire en épluchant des correspondances, des témoignages de militaires… », explique Gaëlle Beaujean.

L’État français n’a jamais demandé de butin de guerre pour ce conflit, indique-t-elle. Mais la pratique était courante à l’époque, « à l’initiative d’officiers ou de sous-officiers présents, probablement toutefois avec l’autorisation du général Dodds », poursuit la spécialiste qui regrette que des pièces de ce trésor se soient sans doute évaporées dans la nature.

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Bahar MAKOOI

 

 

 

 

Source : France 24

 

 

 

 

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