En Afrique, les projets fleurissent contre la désinformation et la corruption liée au covid

Des entrepreneurs sociaux et des ONG se mobilisent en Afrique du Sud, en Ouganda ou au Nigeria pour combattre les «fake news» sur le coronavirus et le détournement des aides internationales

«Les rumeurs augmentent l’anxiété des gens et sont une menace pour la démocratie», lance William Bird, de l’ONG Media Monitoring Africa, basée à Johannesburg. Son organisation a développé un site internet, Real411, pour combattre le flot de fausses informations et de théories complotistes qui circulent sur les médias sociaux depuis le début de l’épidémie de covid.

 

«Nous demandons leur suppression sur les plateformes comme Facebook», explique William Bird, qui a présenté son site lors d’un séminaire, le 10 novembre, organisé par Ashoka, suivi par 700 personnes. Cette ONG, fondée en 1981 par l’Américain Bill Drayton (le «père» de l’entrepreneuriat social), soutient 16 entrepreneurs sociaux en Afrique qui ont développé des réponses au covid dans différents secteurs, notamment l’information et la transparence. Parmi eux, Ouestaf News, un site internet de vérification des informations, fondé à Dakar en 2010.

 

«Changer le narratif sur l’Afrique»

 

«On a vérifié 7000 fausses informations depuis le début de l’épidémie, des plus loufoques aux plus macabres, explique son directeur, Hamadou Tidian Sy. On cherche aussi à changer le narratif sur l’Afrique. On se souvient, par exemple, des projections aberrantes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’impact du virus sur le continent.» L’OMS avait prédit une explosion du coronavirus et de la mortalité sur le continent, qui ne s’est pas réalisée.

Pour informer les communautés rurales, Accountability Lab, une ONG fondée au Népal et présente dans six pays africains, utilise aussi des radios communautaires et des groupes de rap. «A Mopti, au Mali, nous avons créé un groupe de discussion pour contrer les affirmations d’un imam qui disait à ses fidèles de porter sur eux un verset du Coran pour se protéger du covid. Beaucoup d’Africains croient aussi qu’ils sont naturellement protégés du virus, raconte Sheena Adams, qui dirige le bureau de l’ONG à Johannesburg. Nous soutenons aussi une soixantaine d’entrepreneurs sociaux qui développent des initiatives en faveur d’une plus grande participation des citoyens dans la prise et le suivi des décisions publiques.»

En Ouganda, Reignite Africa a invité 50 jeunes artistes et activistes à partager, sur les médias sociaux, l’impact de l’épidémie sur leur travail et sur leur vie, à la suite de l’interdiction des réunions publiques. «Les jeunes se sont retrouvés tout d’un coup isolés et beaucoup ont perdu leur emploi, explique Rehema Namukose, à l’initiative du projet. On essaie de leur proposer des solutions et aussi de faire pression sur le gouvernement pour qu’il prenne des mesures adaptées.» Shamin Juma Ali, cofondatrice du Centre pour le développement et la paix (CDP), à Nairobi, a développé un site internet pour permettre aux Kényans de suivre l’exécution des budgets de santé publique.

«Demander des comptes»

 

Au Nigeria, l’équipe de Yourbudgit («votre budget», en pidgin, l’argot local) se mobilise contre la corruption. «Les manifestations récentes dans notre pays ont été en partie déclenchées par le vol dans un entrepôt de matériel reçu de l’étranger pour lutter contre l’épidémie», explique Oluseun Onigbinde, qui a lancé le site internet à Lagos en 2011. Celui-ci a développé l’application Tracka, qui publie des versions simplifiées des budgets publics de 20 Etats du pays. «Les gens peuvent poster des photos des investissements publics en cours et interpeller les élus sur l’état d’avancement des travaux, explique Oluseun Onigbinde. Nous avons développé le même outil pour le suivi des aides internationales contre le covid. Nous allons l’implanter dans sept autres pays africains. Grace aux médias sociaux, les jeunes demandent désormais des comptes à leurs gouvernements.»

 

Valérie Hirsch,

Johannesburg

Source : Le Temps (Suisse)

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