Deuxième gouvernement Ghazwani : une dose de qualité et d’expérience !

Au sortir de sa première année de quinquennat, le président de la République a rendu publique la liste de son second gouvernement. Une équipe presque identique à la première, à ceci près que le Premier ministre Ismael Ould Bodda  Ould Cheikh Sidiya et six de ses collaborateurs ont quitté le navire. Une gestation au demeurant nettement moins longue que la précédente : quelque quarante-huit heures ont suffi pour en désigner les vingt-six membres.

Premier enseignement, l’entrée d’Abdessalem ould Mohamed Saleh, fonctionnaire international à la FAO, plusieurs fois cités par le passé dans les gouvernements, et de Kane Ousmane, fort de son expérience dans les organismes internationaux et à la tête de la Banque centrale de Mauritanie, de la SNIM et au gouvernement. Deux gros poids lourds d’expérience et de qualité qui manquaient au premier gouvernement. Leurs carnets d’adresses très étoffés devraient être un atout important, en cette période de récession occasionnée par la COVID 19. Ces nouveaux venus rejoignent ainsi d’autres cadors du gouvernement comme Mohamed Salem Ould Merzoug à l’Intérieur, la général Hannena Ould Sidi à la défense, Dr Nedhirou Ould Hamed à la Santé et Ismael Ould Cheikh Ahmed aux Affaires étrangères.

Deuxième évènement de ce remaniement, le départ de trois ministres cités dans le rapport de la Commission d’enquête parlementaire (CEP) de l’Assemblée nationale portant sur les dix ans de gestion du Président sortant : Ould Béchir, le secrétaire général de la Présidence, Mohamed ould Abdelvettah, ministre du Pétrole, Nany Chrougha, ministre des Pêches et de l’économie maritime et Niang Djibril, ministre secrétaire général du Gouvernement. Tous doivent désormais se battre pour prouver l’inanité des accusations portées à leur encontre. S’ils sont présumés innocents, tant que la justice n’a pas statué sur leur sort, leur présence au sein du gouvernement devenait très gênante, surtout depuis que la CEP a livré ses recommandations. Aujourd’hui, les Mauritaniens prendront au mot le président Ghazwani proclamant que l’Exécutif n’influerait pas sur le cours de la justice. Une justice qui vient de se mettre en branle pour auditionner les personnes suspectées d’avoir trempé dans la gabegie.

Le troisième enseignement porte sur le maintien à leur poste des ministres de souveraineté. L’Intérieur, la Défense, les Affaires étrangères et les Finances. Considérés comme des pièces maitresses du gouvernement sortant, Ould Merzough et Ould Hannena ont généré avec dynamisme le volet Sécurité (état d’urgence) de la pandémie COVID 19. Diplomate aguerri, Ould Cheikh Ahmed a contribué à redorer l’image internationale de la Mauritanie, une tâche rendue possible grâce à la volonté affichée du président Ghazwani de pacifier les rapports avec ses voisins traditionnels.

Quatrième enseignement, l’arrivée au département très sensible de la justice d’Ould Boya, un ancien ministre des Affaires islamiques et de l’alphabétisation. Rentré il y a quelques jours d’Oman où il officiait en tant qu’ambassadeur, ce neveu de l’érudit Ould Boya devra travailler à traduire dans les faits la volonté du président de la République de voir les recommandations de la CEP exécutées comme il se doit. Il doit surtout prouver que la justice est véritablement indépendante et qu’elle disposera en conséquence des moyens pour mener à bien sa mission. Sous Ould Abdel Aziz, la justice mauritanienne fut toujours décriée, qualifiée de « main du pouvoir », avec des décisions « lentes et parfois complaisantes », comme ne cessèrent de le souligner les organisations de défense des droits de l’Homme.

Même s’il n’y a pas eu de grand changement, le président Ghazwani aborde tout de même sa deuxième année de mandature avec une équipe assez équilibrée, du point de vue des compétences, mais dans le respect des équilibres tribalo-ethniques régissant traditionnellement le partage des charges nationales. Enfin, les observateurs auront noté l’absence d’ouverture vers les partis de l’opposition avec lesquels le président Ghazwani a choisi d’échanger depuis son arrivée au pouvoir. La décrispation dont il se faisait le chantre ne s’est donc pas matérialisée dans les faits. « Tant mieux ! », diront les défenseurs de la démocratie, arguant de ce que la majorité doit gouverner et l’opposition s’opposer de manière constructive.

DL

 

 

Source : Le Calame

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