France – « Je ne veux pas qu’un noir ou un arabe m’examine », un patient face à une médecin noire

Le racisme touche toutes les couches de la société et tous les secteurs. La médecine n’est pas épargnée. Avant la sortie ce mercredi du film « Tout simplement noir », des médecins ont accepté de raconter au micro de France Culture ce qu’ils subissent de la part de leurs propres patients.

« Vous êtes brancardier, aide-soignant ? » Depuis qu’il a commencé à travailler il y a dix ans, Johan n’a souvent pas le temps de se présenter. Souvent, les patients lui attribuent une fonction qui n’est pas la sienne. « J’entre pourtant avec la blouse, le stéthoscope, le badge avec écrit chef de service mais pour eux je ne suis pas médecin« , explique le jeune praticien de 34 ans.

Il faut dire que pour une partie non négligeable de sa patientèle être noir et médecin n’est pas compatible. « Il y a toujours ce côté manque de légitimité parce que dans leurs représentations, je ne corresponds pas à l’image qu’ils se font d’un médecin ou d’un chef de service. » 

Quand il était jeune remplaçant, il lui est arrivé de voir des patients quitter le cabinet en découvrant son visage dans la salle d’attente. Sans forcement que des mots soient prononcés, il sent bien que la couleur de sa peau pose parfois problème. Il sait aussi que pour ses collègues aides-soignantes ou infirmières, le racisme est plus frontal, d’abord du fait de leur place dans la hiérarchie mais aussi parce qu’elles sont des femmes.

« Je ne veux pas qu’un noir ou un arabe m’examine… A la rigueur, si vous changez ma couche, je veux bien mais m’examiner… pas question »

 

Héloïse est médecin noire et femme. A 34 ans, elle travaille dans l’Est de la France. Pour ses parents, il semblait évident que les études et son nouveau statut social permettraient de la mettre à l’abri du racisme. Au bout de deux mois de stage lors de son internat, elle a rapidement compris que sa place de médecin ne la protégeait pas toujours. « Dans la deuxième chambre, il y a un des patients qui refusait que je le touche. C’était très clair pour lui : « Je ne veux pas qu’un noir ou un arabe m’examine… A la rigueur, si vous changez ma couche, je veux bien mais m’examiner pas question.« 

« T’es sûre qu’il a dit ça, tu n’as pas surinterprété ? »

 

Héloïse était jeune, le choc a été rude mais depuis elle s’est blindée. Quelques années plus tard, lorsqu’une patiente s’est retournée vers l’infirmier pour demander : « Est-ce que c’est vrai que la négresse est médecin« , en la désignant, cette fois-ci la jeune femme n’a pas laissé passer et a menacé de porter plainte avant que la patiente ne présente ses excuses.

Ces moments laissent des traces d’autant plus quand ils se répètent. « On devient fataliste et parfois quand on en parle autour de nous, on nous répond « t’es sûre qu’il a dit ça, tu n’as pas surinterprété ? Non seulement cette insulte fait du mal mais ne pas être crue est encore plus insultant. »

Cette situation, Héloïse a eu l’occasion d’en parler avec d’autres médecins noirs et qui eux aussi ont tous vécu à plusieurs reprises la même chose. « Le statut de médecin nous protégerait si on l’avait tatoué sur le front… et encore. Notre blouse blanche peut nous mettre à l’abri de quelques remarques mais ce n’est pas une immunité totale du tout.« 

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. Crédits : Shannon FaganGetty

« Le racisme c’est quand je rentre dans un box et que le patient me dit, « Ah non, pas vous »

 

Pour certains patients, la couleur de la peau efface tout le reste. C’est également un constat qu’a pu faire Marc, médecin noir lui aussi. Il a traversé plusieurs années très difficiles qui l’ont conduit à un épisode dépressif dont il est sorti il y a quelques mois. Le racisme, il l’a côtoyé à de nombreuses reprises : « Le racisme, c’est quand je rentre dans un box et que le patient me dit, « Ah non, pas vous. C’est quand on me demande d’où viennent mes diplômes. C’est quand une personne que je viens d’examiner en vue de l’opérer demande à l’infirmière à être opérée par un autre médecin que moi. »

Des actes violents, répétitifs, qui déstabilisent et peuvent parfois faire perdre confiance. « A force, je me suis fait une carapace. Ma vocation est là. J’ai fait douze années d’étude donc je sais ce que je vaux. La résilience et la force, je les ai. Quand j’étais plus jeune, ce qui m’a fait défaut c’est de ne pas trouver une image, une représentation de mes pairs, notamment dans les médias. Par exemple, pendant la crise de la Covid, le premier médecin à mourir de la Covid était un Malgache et on n’en a pratiquement pas parlé.« 

Ouafia Kheniche

 

 

Source : France Culture

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