Sous Trump, l’Amérique est devenue laide à pleurer

Même le chauve que je suis s’arrache les cheveux quand Trump prend la parole. Surtout quand il s’exprime à propos de la pandémie de Covid-19.

L’Amérique me donne la nausée. Cette Amérique que j’ai tant aimée, sur laquelle j’ai tant écrit, je ne la reconnais plus et le spectacle qu’elle me donne jour après jour me dégoûte. Depuis l’avènement de Trump, elle est devenue laide à pleurer et s’enfonçant dans une bêtise dont personne ne connaît les limites, elle se comporte avec une vulgarité qui laisse pantois. Et d’une stupidité si tonitruante qu’elle se montre incapable d’endiguer la pandémie de Covid-19, laquelle a trouvé en Amérique sa véritable terre promise.

Longtemps nous nous demanderons comment une nation aussi éclairée, aussi sûre d’elle-même, aussi inventive, audacieuse, créatrice, a pu succomber aux appels d’un fanfaron qui à lui seul représente la quintessence du vide intersidéral, l’incarnation même de la négation de tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à l’intelligence humaine. Trump est au-delà de la bêtise ordinaire; il lévite aux confins de la connerie quand cette dernière s’affuble des oripeaux de l’intolérance, du sarcasme, de l’infantilisme, de la brutalité et du mensonge éhonté.

Même le chauve que je suis continue à s’arracher les cheveux quand Trump prend la parole. Surtout en ces temps de pandémie où il semble avoir atteint un point de non-retour, une sorte d’apogée de son génie intérieur qui confère à ses propos une teinte d’irréalité absolue comme si, dépassé par les événements, écrasé sous le poids des responsabilités, son esprit n’avait d’autre choix que de se perdre dans la grande nuit de l’ignorance où scintille une constellation de théories aussi foireuses que boiteuses. Trump ne pense pas, il affabule à longueur de temps.

Un voyageur n’ayant touché terre depuis trois longues années, l’écoutant pérorer, le tiendrait pour le plus grand des farceurs, un bonimenteur dont la place se situerait plus volontiers à l’entrée d’une fête commerciale, quand il s’agit d’aguicher le passant avec des promesses inconsidérées. On dirait que chez lui rien n’a jamais fonctionné, ni l’apprentissage des savoirs élémentaires, ni l’éclosion d’un semblant de rationalité. Comme s’il évoluait dans un monde totalement clos où, imperméable à l’univers de la connaissance, aux raisonnements de la science, il se suffisait à lui-même dans une sorte de raréfaction de la pensée, laquelle serait remplacée par l’apparition d’un orgueil démesuré.

Pire, il semble même dépourvu de bon sens, de cette qualité qui permet à certains de masquer, derrière la façade de discours convenus, empreints de sagesse populaire, la carence de toute capacité cognitive. Quiconque voudrait croire en la faculté de l’être humain à s’émanciper de sa médiocrité ordinaire comprendrait à la fréquentation de Donald Trump la totale impossibilité de sa prédiction. Trump parviendrait à désespérer le plus dévot des éducateurs qui, face à une telle propension à ne rien entendre aux choses de la vie, trouverait dans le suicide la seule échappatoire possible.

Et qu’un individu pareil soit parvenu à convaincre des millions et des millions d’individus de l’élire voire de le réélire à la plus haute des fonctions en dit long sur la déréliction d’un peuple qui, à force de tourner le dos à la culture et au raffinement de la pensée, a succombé sous le poids de sa monstrueuse obésité.

Les Allemands du siècle passé ont cru aux prophéties d’un peintre raté qui leur promettait une opulence de mille ans; les Américains d’aujourd’hui louent le génie d’un homme qui leur propose d’ingurgiter du liquide désinfectant pour combattre le Covid-19. Ou d’avaler des médicaments dont on connaît, en certaines circonstances, la parfaite dangerosité. Ou de nier l’existence même du virus pour continuer à vivre comme si de rien n’était, dans la recherche toujours effrénée du profit. Et au milieu de cadavres tous les jours plus nombreux.

L’Amérique a sombré dans le grand trou du c.. de l’histoire.

Reste à savoir si elle continuera à creuser.

Ou si, dans un ultime sursaut, elle s’accordera une dernière chance.

Laurent Sagalovitsch

Source : Slate

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