L’Afrique face à elle-même/ Par Mamadou Sakho

Les dictateurs africains adorent mourir en France, ce pays est leur cimetière des éléphants.

Le 8 juin 2009, en Espagne, Omar Bongo, président du Gabon, meurt. Ce jour- là est un jour de honte pour tout le continent africain. Mourir, il n’allait pas y manquer, mais mourir en Espagne a quelque chose d’inconcevable. Il est vrai que les dictateurs africains adorent mourir en France, ce pays est leur cimetière des éléphants.

Au moindre soupçon de maladie, ils y accourent. Alors que le seul bonheur dans la mort est de mourir chez soi, au milieu des siens. Oh !, je sais que cela ne dépend pas de l’homme et que c’est la raison pour laquelle il l’a appelé destin !

Mais Espagne ou France, cela ne change rien à l’affaire. C’est du pareil au même. Il aurait pu mourir au Cameroun, et on aurait dit qu’il est mort dans un pays africain dont le président a, lui, fait de la santé de ses concitoyens une priorité, et que son système de santé est tellement performant que c’est chez lui que ses pairs, et autres, viennent se soigner.

Mais j’ai mal choisi mon exemple. Le Cameroun, une autre honte ! On y reviendra. Omar Bongo arrive au pouvoir en 1967, il s’y accroche pendant 41 ans. Il est l’unique maitre de son pays. Le Gabon, petit pays, petite population et, scandale, des richesses aussi importantes que celles du Koweit à l’échelle proportionnelle. Et cet homme a eu le culot d’aller pousser son dernier son souffle à l’étranger.

Pendant un peu plus de 40 ans, il n’a même pas songer à construire des hôpitaux, à former des jeunes qui ne demandaient que ça et, surtout, à laisser un souvenir de prospérité aux gabonais. Qu’a t-il laissé ? Rien !

Aujourd’hui que le monde est en proie à quelque chose qui le dépasse, le Gabon, comme tous les pays africains, se retrouve démuni, obligé de compter sur la solidarité mondiale. Mais tout cela n’est pas de notre faute. Alors les responsables sont nombreux, nous dit-on.

Pour certains, c’est la faute des anciennes puissances coloniales qui continuent à gérer malicieusement leurs anciennes colonies. Pour d’autres, ce sont les familles des présidents. La première permet, à peu de frais, de se déresponsabiliser. Et dans cette hypothèse, ils endossent juste le costume de sous- préfet français. Qui n’a pas vu Bokassa pleurer au obsèques du général de Gaulle, sanglotant un « papa » ridicule, mais qui voulait tout dire. La deuxième est là, et les africains la vivent chaque jour.

Disons- le, rares sont les chefs d’état africains qui le sont pour leur pays. Ils le sont d’abord pour leur famille, ensuite pour leur tribu, et puis pour leur ethnie et ainsi de suite. Le pays vient après, mais ça c’est pour les miettes !

Face au coronavirus, nous sommes plus désarmés que les autres. Et pourquoi ? pour la simple raison que l’argent qui doit nous revenir et aider au développement se trouve dans des comptes bancaires à l’étranger, au nom non pas du pays mais de personnes s’appelant Bongo, N’Guesso, Obiang Guéma et autres.

Le Cameroun, autre pays riche, n’a pas de président. Il y a un homme qui, à l’autre versant de sa vie, continue de le gérer. Il parait qu’il s’appelle Paul Bya. Je dis il parait. Car je préfère le penser en retraite dans son village, quelque part dans ce beau Cameroun, relisant Mongo Beti et Ferdinand Oyono tout en faisant bonne vieillesse. Non, c’est le dernier Mohican, qui connait plus la Suisse que son pays. Pauvre Afrique ! Nous sommes les seuls responsables de nos malheurs.

Nous ne pouvons, après 60 ans d’indépendance, continuer à fermer les yeux sur nos propres insuffisances. Qu’une ancienne puissance coloniale, ou quelque autre nation, continue à défendre ses intérêts n’est que normal, et pour les crétins qui l’auraient pas compris, ça s’appelle la politique. Il y’ a un meurtre dans la famille, commençons l’enquête dans la famille avant de l’étendre aux voisins.

Aujourd’hui, nous sommes tous prisonniers, toutes les frontières sont fermées. Président ou pas, vous êtes pris en charge chez vous. Pas de Pitié Salpétrière, l’hôpital préféré de nos présidents.

Le coronavirus, dans le malheur, va aider à ouvrir les yeux de la jeunesse africaine. Et surtout à se poser les deux questions qu’elle devait se poser depuis très longtemps.

Pourquoi sommes- nous le continent le plus riche du monde, et, surtout, pourquoi sommes les plus affamés du monde ?

Mamadou Sakho

Facebook – Le 29 mars 2020

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