« Sécuriser des stocks de nourriture pour trois mois » : l’urgence du Programme alimentaire mondial

Gêné dans son travail par la fermeture des frontières, le PAM estime que ses grandes priorités se trouvent en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et au Moyen-Orient.

 

La fermeture des frontières et les restrictions à la circulation, des marchandises et des hommes, décidées pour endiguer la progression du Covid-19, mettent en danger les opérations humanitaires en Afrique. Ces dernières dépendent directement des capacités d’action des agences onusiennes, dont le siège se trouve à Rome ou Genève.

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Le Programme alimentaire mondial (PAM) qui intervient dans près de 80 pays pour fournir une assistance aux populations souffrant de faim et de malnutrition, est dans cette situation. Son directeur des opérations, Amer Daoudi, est aujourd’hui en première ligne pour relever le défi de garantir la continuité des interventions. Le PAM assiste également l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la distribution de matériel médical. Depuis le début de la crise du coronavirus, il est déjà intervenu en Chine.

Comment la pandémie due au coronavirus impacte-t-elle l’activité du PAM ?

 

Amer Daoudi Le PAM fournit une assistance alimentaire à 87 millions de personnes à travers le monde, mais son rôle est aussi d’appuyer la communauté humanitaire et sanitaire dans la réponse à la crise globale qui est en train de s’installer. Ce rôle est moins connu, mais le PAM gère la logistique des opérations humanitaires, dispose d’une flotte de transport, de services aériens et assure les infrastructures de télécommunications. Nous travaillons très étroitement avec l’OMS à travers notamment la cellule de coordination interagence basée à Genève. Le PAM livre des équipements de protection et du matériel de santé pour l’OMS à travers ses dépôts de réponse humanitaire et nous sommes en train de concevoir avec eux des centres de traitement contre le Covid-19 qu’il sera possible d’installer sur le terrain.

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Pour assurer l’assistance alimentaire, en particulier dans les pays où l’épidémie peut le plus perturber les chaînes d’approvisionnement, nous sommes en train de sécuriser des stocks de nourriture pour trois mois. Des discussions ont aussi lieu sur les instruments nationaux ou régionaux qui pourraient être utilisés pour limiter l’impact de la crise sur ces chaînes d’approvisionnement. Et nous nous assurons que, dans ces pays, nos programmes de distribution d’argent en cash soient garantis au cours des trois prochains mois.

Etes-vous financièrement en mesure de constituer ces stocks supplémentaires alors que la plupart des opérations du PAM sont déjà sous-financées ?

 

Le PAM ne demande pas à ses partenaires de lui donner davantage d’argent, mais d’accélérer les versements sur lesquels ils se sont engagés pour cette année, de façon à ce que, grâce à ces stocks prépositionnés, nous soyons en mesure de réagir rapidement aux impacts éventuels de la pandémie. IL faut souligner que la distribution de cash et de bons d’achat constitue une part croissante du soutien que nous apportons aux ménages les plus fragiles.

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Les pays qui financent l’assistance humanitaire sont eux-mêmes, sanitairement et économiquement, mis à rude épreuve par la crise du Covid-19. Le risque de voir diminuer les fonds qui nous sont alloués existe. La compétition entre les différents acteurs de l’aide pour accéder aux ressources financières va s’intensifier. Nous allons devoir imaginer des moyens nouveaux de trouver de l’argent comme l’appel au secteur privé ou aux particuliers à travers le financement participatif.

Quel est l’impact de la fermeture des frontières sur vos capacités à acheminer l’aide ?

 

La fermeture des frontières, l’interruption des mouvements de marchandises et la circulation des hommes à travers la suspension du transport aérien et maritime, les mesures de quarantaine, les restrictions aux exportations vont avoir des conséquences significatives sur les opérations humanitaires. Nous sommes en train d’évaluer au niveau mondial l’impact de ces perturbations, mais, dans le même temps, nous discutons avec les gouvernements pour envisager, lorsque cela est possible, de soustraire les cargos humanitaires à ces restrictions. Nous étudions la possibilité de mettre en place des routes alternatives et d’autres portes d’entrée pour nos opérations d’urgence.

Le PAM a fourni des équipements médicaux à la Chine pour l’aider à endiguer l’épidémie de Covid-19, cette assistance va-t-elle être apportée à d’autres pays, y compris européens ?

 

Le PAM est prêt à accompagner la communauté humanitaire partout où la pandémie de Covid-19 menace. Nous allons déployer des plateformes internationales à travers le monde, y compris en Europe à Copenhague, à Liège et ailleurs si c’est souhaitable. Nous disposons déjà d’un réseau stratégique de dépôts de réponse humanitaire − Brindisi, Dubai, Accra, Panama, Kuala Lumpur et Las Palmas − à partir desquels il est d’ores et déjà possible de fournir du matériel médical contre la pandémie.

Le PAM intervient dans les pays les plus pauvres, souvent en conflit, ou touchés par des catastrophes naturelles ou climatiques. Etes-vous inquiet pour ces populations qui font déjà partie des plus vulnérables ?

 

Même en l’absence d’épidémie à large échelle dans les pays où nous intervenons, la crise actuelle aura un impact sur le prix de la nourriture, des biens essentiels et potentiellement sur les priorités de dépense des gouvernements dont les moyens sont très limités. Les populations les plus vulnérables seront les premières affectées, c’est-à-dire celles qui ont déjà le moins d’accès aux services de santé, celles qui dépendent de l’assistance internationale et en particulier tous ceux qui vivent dans des camps.

Dans ce nouveau contexte, quels sont, selon vous, les pays les plus exposés ?

Le PAM conduit des analyses en prenant en compte une série d’indicateurs, y compris notre propre capacité de réponse. Nous examinons la solidité des systèmes de santé, la dépendance aux importations alimentaires, et plusieurs indices de développement. Ces analyses nous conduisent à dire que les plus grandes priorités se trouvent aujourd’hui en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et au Moyen-Orient.

Laurence Caramel

Source : Le Monde

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