MBS consolide sa place dans la maison des Saoud

Quatre membres de la famille royale, dont le propre frère du roi Salmane et son neveu, Mohammad ben Nayef, ont été arrêtés vendredi.

Nouveau charivari dans la maison des Saoud. Selon différents médias, dont le Wall Street Journal et le New York Times, les autorités saoudiennes auraient arrêté vendredi quatre princes, dont le frère et le neveu du roi Salmane, accusés d’avoir comploté pour renverser le puissant prince héritier. Ce dernier épisode reflète une nouvelle fois l’emprise du dauphin, Mohammad ben Salmane dit MBS, sur le pouvoir et sa détermination à « couper la tête » de tout rival potentiel.

« Ce n’est pas très surprenant quand on connaît la trajectoire du personnage, ça ne fait que prolonger un certain nombre de campagnes d’arrestations précédentes qui avaient vocation à éliminer tous ceux qui pouvaient lui faire de l’ombre », rappelle Stéphane Lacroix, docteur en sciences politiques (Sciences Po) et chercheur au Centre de recherches internationales (CERI). Parmi les membres de la famille royale incarcérés depuis vendredi dernier, se trouvent le prince Ahmad ben Abdelaziz al-Saoud, frère du roi, ainsi que son neveu Mohammad ben Nayef, dit MBN, ancien prétendant au trône et ancien ministre de l’Intérieur. Selon des sources proches de la famille royale, interrogées par plusieurs médias, le frère cadet de MBN, Nawaf ben Nayef, a lui aussi été appréhendé, tout comme l’un des fils du prince Ahmad, Nayef ben Ahmad, ancien chef des renseignements de l’armée, selon le New York Times.

« Il n’y a pas eu de confirmation de la part des Saoudiens, mais ce silence total veut très probablement dire qu’ils ont été arrêtés », estime Bernard Haykel, professeur d’études proche-orientales à l’université de Princeton. « La première théorie sur ces arrestations est que ces personnes auraient comploté avec des journalistes et des services de renseignements, surtout aux États-Unis, contre MBS et contre la volonté du roi Salmane pour contourner la succession. C’est quelque chose que ces personnes essaieraient de faire depuis très longtemps et MBS et son père en auraient eu assez », poursuit Bernard Haykel. Selon le Wall Street Journal, les princes seraient accusés de trahison et risquent la perpétuité, voire la peine de mort. « MBN et le prince Ahmad n’aiment pas MBS, et il n’est pas impossible qu’une partie de l’establishment saoudien ait cherché à se regrouper autour de l’un de ces deux personnages afin de tenter d’inverser la vapeur avant qu’il ne soit trop tard », interroge Stéphane Lacroix.

L’ambition sans limites de MBS est, depuis son entrée fracassante en 2015 sur la scène du pouvoir, perçue d’un mauvais œil par une partie de la famille royale. En juin 2017, il était parvenu à éloigner sans ménagement le grand favori à la succession, son cousin Mohammad ben Nayef, ancien chef du contre-terrorisme saoudien, connu pour être l’homme de confiance des Américains. Humilié, ce dernier s’était alors retiré de la scène publique. Cinq mois plus tard, le dauphin fait arrêter une centaine de personnes, dont des émirs et des gouverneurs, parmi les hommes les plus puissants et les plus riches du pays, à commencer par le multimilliardaire al-Walid ben Talal, et le chef de la puissante garde nationale, fils du roi défunt Abdallah, le prince Metab, dans un vaste mouvement de purges sous prétexte de lutter contre la corruption. Sa mainmise sur les principaux leviers du gouvernement, de la défense à l’économie, mais aussi son aventurisme dans une guerre au Yémen dans laquelle Riyad est enlisé depuis cinq ans lui ont également valu de nombreuses critiques. Le meurtre du journaliste saoudien critique du pouvoir Jamal Khashoggi, au sein du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en octobre 2018, avait fini de ternir l’image du prince héritier.

(Lire aussi : « Personne ne connaît vraiment l’étendue de l’influence du roi Salmane sur le prince héritier »)

Maladie d’Alzheimer


Difficile de savoir précisément, pour le moment, si ces dernières arrestations résultent d’une tentative de coup d’État ratée ou d’un nouveau coup de sang de MBS, connu pour son impulsivité, sachant que son père est mal en point. « La seconde théorie est que le roi est en mauvaise santé et ils ont peut-être eu peur qu’il décède bientôt. Donc MBS voulait gérer la question de la succession et ne pas avoir de rivalités dans la famille », explique Bernard Haykel. Comme pour faire taire les rumeurs sur son état défaillant, les médias saoudiens ont publié hier des photos du roi Salmane recevant plusieurs ambassadeurs saoudiens prêtant serment devant lui. « On n’a pas la certitude que les photos datent bien d’aujourd’hui (dimanche), ça ne confirme ou n’infirme rien, ça prolonge le flou », estime toutefois Stéphane Lacroix.

Âgé de 84 ans, le roi Salmane est atteint de la maladie d’Alzheimer depuis de nombreuses années. Que sa mort soit proche ou qu’il soit sur le point d’abdiquer, il est hors de question pour le fils de voir son statut contesté le moment venu. Cette nouvelle vague d’arrestations montre l’influence sans limites de MBS sur son père qui, selon le NYT, serait allé jusqu’à signer l’ordre d’arrestation du prince Ahmad, son frère cadet, né de la même mère. « Ahmad est quand même un intouchable. J’ai du mal à imaginer qu’un roi Salmane en pleine conscience autorise son fils à arrêter son frère, dont il est très proche », estime Stéphane Lacroix. Le septuagénaire, critique déclaré de MBS, n’avait jusque-là pas été inquiété, notamment en raison de son rang. En octobre 2018, il était rentré au royaume depuis Londres après l’éclatement du scandale Khashoggi, une décision qui avait été interprétée par certains comme une volonté de montrer son soutien à la monarchie. Un mois avant son retour, le prince Ahmad avait lancé, selon une vidéo largement diffusée sur internet, à des protestataires qui scandaient contre l’implication de l’Arabie saoudite dans le conflit au Yémen : « Qu’est-ce que la famille a à voir avec ça ? Certains individus sont responsables (…), le roi et le prince héritier. » L’intéressé avait alors déclaré avoir été mal compris.

Caroline HAYEK | OLJ

Source : L’Orient Le Jour (Liban)

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